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Photo prise le 1er août 1944 montrant les ruines du village martyr d’Oradour-Sur-Glane dans la Haute-Vienne, où 642 habitants ont été tués dans une église par une division SS le 10 juin 1944.

Oradour-Sur-Glane : quelle mémoire pour ce massacre ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Vendredi 21 août 2020, des inscriptions négationnistes étaient découvertes sur les murs du centre de la mémoire d'Oradour-sur-Glane dans la Haute-Vienne. Un centre dédié à la mémoire du massacre survenu dans le village le 10 juin 1944, où 642 habitants avaient été tués par une division SS.

Photo prise le 1er août 1944 montrant les ruines du village martyr d’Oradour-Sur-Glane dans la Haute-Vienne, où 642 habitants ont été tués dans une église par une division SS le 10 juin 1944.
Photo prise le 1er août 1944 montrant les ruines du village martyr d’Oradour-Sur-Glane dans la Haute-Vienne, où 642 habitants ont été tués dans une église par une division SS le 10 juin 1944. Crédits : AFP - AFP

Plus de 70 ans après les faits, comment faire perdurer la trace de ce tragique événement survenu à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 et plus largement de cette période ? Que nous enseigne l'histoire sur le travail de mémoire ? 

Guillaume Erner reçoit Fabrice Grenard, historien, directeur scientifique de la Fondation de la Résistance, auteur notamment de “Tulle. Enquête sur un massacre 9 juin 1944.”, ed. Tallandier.

Que s’est-il passé le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane ?  

Dans un bourg tout à fait paisible, Oradour-sur-Glane, qui avait vécu un petit peu en dehors du temps entre 1940 et 1944 - il n'y avait eu ni résistance, pas l'ombre d'un soldat allemand depuis l'occupation de la zone sud - le 10 juin 1944, en début d'après-midi, 150 à 200 soldats de la division SS Das Reich ont encerclé le village, rassemblé les habitants et procédé à leur exécution. Les hommes sont rassemblés dans des granges et sont fusillés. Les femmes et les enfants sont rassemblés dans l'église où les Allemands vont mettre le feu et ils vont les mitrailler. Le bilan sera de 642 victimes. 

Avec cette spécificité très forte : la majorité des victimes sont des femmes et des enfants. Fabrice Grenard

Pourquoi ce massacre? 

De nombreuses théories ont été avancées. Les Allemands, pour essayer parfois de trouver des excuses, ont parlé de dérapage, etc. En réalité, ce massacre a été planifié. Ce n'est pas du tout un dérapage. La division Das Reich était dans le Limousin depuis plusieurs jours pour procéder à une opération anti maquis pour éviter que le Limousin ne se libère de lui-même. Cette division avait repris le contrôle d'un certain nombre de villes qui étaient sur le point de se libérer Tulle, par exemple, Guéret. Et elle venait de recevoir, le 9 juin, l'ordre de rejoindre le front de Normandie, où se jouait la bataille décisive et avant de quitter le Limousin, les chefs de la division ont décidé de procéder à je cite « une action immédiate et brutale destinée à terroriser la population » en fait à lancer le message suivant aux Français : 

« Si vous continuez à soutenir la résistance, si vous aidez les résistants, mais aussi les alliés qui vont arriver en France, voici ce qui risque de vous arriver. Il y aura peut-être d'autres Oradour. » Fabrice Grenard

Les responsables de ce massacre ont-ils été jugés? 

Ils n'ont pas été jugés puisque le commandant le major Diekmann, qui dirige les opérations à Oradour le 10 juin 1944, sera tué quelques semaines plus tard sur le front de Normandie. Et le général Lammerding, qui dirige la division Das Reich, malgré de nombreuses demandes d'extradition après la guerre, finira ses jours en Allemagne sans jamais rendre compte de ses actes ni du massacre de Tulle qui a eu lieu le 9 juin, ni de celui d'Oradour le 10 juin. Il y a bien eu un procès en 1953 avec une vingtaine d'inculpés, mais qui étaient, pour la majorité, des Alsaciens "malgré-nous", qui avaient été enrôlés de force dans la division Das Reich. On ne comptera parmi ces inculpés que deux sous-officiers qui n'étaient pas parmi les responsables de la division Das Reich. 

On a jugé les exécutants quelque part. Surtout, ces exécutants, bien qu'ils seront condamnés par la justice, seront ensuite graciés en 1953, dans un contexte de réconciliation franco allemande. Fabrice Grenard

Des Français ont participé à cette épouvantable tuerie à Oradour-sur-Glane

La division Das Reich était une division SS d'élite qui a combattu sur le front de l'Est en 1942-1943. Et d'ailleurs, elle va importer en France les méthodes qui étaient utilisées sur le front de l'Est dans le cadre de la guerre anti-partisans - sur le front de l'est d’Oradour-sur-Glane, il y en avait presque tous les jours en 1943. Cette division avait été lourdement touchée, notamment lors de la bataille de Koursk. Il avait fallu la reconstruire, mais pour cela, il avait fallu mobiliser à la fois de très jeunes Allemands en Allemagne et surtout des Alsaciens puisque l'Alsace étant rattachée au Reich. On avait mobilisé la population locale et on les appelait les « malgré-nous », puisqu'ils ne voulaient pas forcément combattre pour le Reich, mais la loi du Reich les obligeait à s’enrôler dans l'armée allemande. 

Acte symbolique d'un regain négationniste 

Ce qui est terrible à Oradour-sur-Glane, c'est que Oradour-sur-Glane est la preuve à ciel ouvert, puisqu'on a gardé ce village martyr dans ses ruines tel qu'il était le 11 juin 1944, lorsqu'on a découvert l'ampleur des atrocités allemandes. 

On a donc une preuve à ciel ouvert de ce qu’a été le plus grand massacre de civils sur le front de l'Ouest par une unité allemande sur le terrain et 642 victimes. Avec cette spécificité, en plus, que la majorité des victimes soient des femmes et des enfants. On n'a pas d'autre équivalent ailleurs en France.  Fabrice Grenard

S'attaquer à ce site s’inscrit dans une volonté de nier l'histoire même. On ne peut pas penser qu'il s'agit juste d’une bêtise de jeunes un peu éméchés qui auraient voulu faire un coup. Il y a quelques sites comme ça en France très symboliques. C'est vraiment une action qui est pensée et qui s'inscrit dans le cadre - même si je crois que l'enquête n'a pas encore délivré tout ce qu'on peut savoir - mais clairement, qui a été pensée dans le cadre de réseaux négationnistes.

Vous pouvez (ré)écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • historien, directeur scientifique de la Fondation de la Résistance, auteur notamment “Tulle. Enquête sur un massacre 9 juin 1944.”, ed. Tallandier.
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