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Photo prise lors d’une manifestation à Hong Kong le 19 janvier 2020.

Les troubles sociaux ont-ils une incidence sur la santé mentale ?

6 min
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D’après une étude publiée dans « The Lancet », début janvier 2020, depuis le début de la contestation à Hong Kong il y a 8 mois, 32% des Hong Kongais ont présenté des signes de troubles de stress post-traumatique contre 5% en 2014 et 11% des symptômes de dépression contre 2% en 2014.

Photo prise lors d’une manifestation à Hong Kong le 19 janvier 2020.
Photo prise lors d’une manifestation à Hong Kong le 19 janvier 2020. Crédits : PHILIP FONG - AFP

À Hong Kong, depuis juin 2019, les manifestations pro-démocratie pour lutter contre le pouvoir de Pékin se succèdent. Des manifestations qui ont donné lieu à de violents affrontements avec la police. D’après une étude menée par l’université de Hong Kong, publiée dans la prestigieuse revue britannique « The Lancet » début janvier 2020, cette contestation, qui dure depuis huit mois maintenant, a fortement affecté la santé mentale des Hongkongais. 

Que révèle précisément cette étude ? Ses résultats sont-ils transposables à d’autres pays eux aussi en crise ?

Guillaume Erner reçoit Antoine Pelissolo, psychiatre et chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, professeur de médecine à l’université Paris-Est-Créteil, co-président du collectif inter-hôpitaux.

Quel lien de causalité est-il possible d’établir ? 

Quand on est scientifique, on est toujours un peu prudent sur les liens de cause à effet. Mais là, cette étude, qui a été une très grosse étude, qui permet de faire un lien au moins temporaire entre l'aggravation des troubles de santé mentale de cette population et les événements récents. 

Il y a vraiment un lien temporel. Donc, on peut penser qu'avec les événements, notamment violents, qu'a vécus Hong Kong cette année, -comparativement à des événements antérieurs ou qui étaient moins violents (à la fameuse révolution des parapluies, par exemple, dans lesquels il y avait moins de troubles psychiques, moins de dépressions, moins d'états de stress post-traumatique) - on obtient vraiment des chiffres élevés de ces pathologies qui sont des pathologies anxieuses et dépressives jusqu'à à peu près 12% de diagnostiques établis. Ce sont vraiment des personnes qui souffrent, qui sont en souffrance à la suite de ces événements violents. 

L’impact de la violence et des réseaux sociaux 

Si vous avez vous même participé à des manifestations dans lesquelles vous avez été soumis à la violence, le stress post-traumatique est vraiment la conséquence d'un choc émotionnel qui va laisser des traces durables. Antoine Pelissolo

Forcément, il y a une vulnérabilisation des personnes.

L’étude permet aussi de voir que les personnes exposées, ne serait-ce que par les médias - c'est à dire qui consultent beaucoup, notamment les réseaux sociaux ou qui sont impliquées dans les réseaux sociaux - ont un risque plus élevé que le reste de la population. Antoine Pelissolo

Ceci montre bien que la « contamination » est liée aussi à ce climat, à cette exposition, à des troubles qui remettent en cause probablement la sécurité de chacun, le sentiment de sécurité, notamment chez les jeunes. Ceci fait le lien assez clairement qu'on connaît maintenant entre la santé mentale et la société et la politique même au sens large. 

L’augmentation du stress à Hong Kong 

A Hong Kong, c'est du stress un peu particulier. Evidemment on connaît des populations stressées, au travail notamment, mais là à Hong Kong, on est vraiment face à des enjeux majeurs, quasiment de survie de population, de son identité. 

On sait que c'est une population qui, évidemment, peut se poser des questions sur son propre avenir.

Il y a une étape de lutte, et puis après, il y a le résultat de la lutte… ce combat contre Pékin n'est pas simple pour cette population. 

Est-il possible d’établir un parallèle avec la situation française qui connaît des troubles sociaux depuis un an et demi si l'on prend en compte le début du mouvement des Gilets Jaunes ? 

On ne peut pas le mesurer de manière aussi précise que cette étude parce que ça demande vraiment une méthode très, très, très complète. Mais ce qui est certain, c'est que ce niveau de stress, de perturbation, en partie de dépression plus ou moins forte a, semble-t-il, tendance à s'amplifier parmi les personnes que nous rencontrons (en consultation). C’est le cas pour les personnes peut-être les plus vulnérables pour lesquelles ces sujets-là sont des sujets d'angoisse supplémentaires, comme beaucoup de sujets sociaux, des sujets d'avenir (l’avenir climatique notamment, en fait partie). 

Ce sont des questions qui imprègnent les personnes qui ont une sensibilité à l'anxiété à l'incertitude. On est dans un climat d'incertitude, c'est ce qui est le plus fort. Antoine Pelissolo

Heureusement, on n'est pas au niveau de violence de Hong Kong.

Les plus jeunes sont exposés, au travers des médias, à des images de violence. 

Même s'ils ne sont pas eux-mêmes dans les violences, c'est quelque chose qui, évidemment inquiète. Je crois que ça, c'est assez net, surtout que depuis plus d'un an maintenant, les choses ne se terminent pas. 

Il y a toujours la question de savoir combien de temps ça va durer ? Comment ça va se terminer ? Antoine Pelissolo

Quelles comparaisons possibles dans le temps ? 

Les comparaisons, c'est vraiment avec les périodes les plus troubles, notamment de guerre. On sait que, évidemment, les séquelles sous forme de stress post-traumatique sont les plus élevées dans les guerres, les attentats. 

Les périodes, par exemple, d'attentats répétés, telles qu'on les a connues, je crois que c'est plutôt ça le parallèle que l’on peut faire. Ce sont des périodes qui s'accompagnent d'une angoisse très forte. Dans ces cas-là, il y a un effet aussi collectif de peurs collectives, de peurs de groupes que l'on retrouve assez régulièrement. Antoine Pelissolo

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page ou consulter la vidéo ci-dessous.

Intervenants
  • psychiatre et chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil, professeur de médecine à l’université Paris-Est-Créteil, co-président du collectif inter-hôpitaux.
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