LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Photo du tribunal de Nîmes.

Magistrats, greffiers… d’où vient le malaise des professionnels de la justice ?

12 min
À retrouver dans l'émission

Rationalisation des coûts et du temps. C'est ce que dénoncent quelques milliers de professionnels de la justice dans une tribune parue dans "Le Monde" le 23 novembre 2021. Une tribune qui depuis, continue de recueillir de nombreuses signatures. Pourquoi un tel écho ?

Photo du tribunal de Nîmes.
Photo du tribunal de Nîmes. Crédits : Yann Guichaoua - Getty

Les professionnels du monde judiciaire sont en colère. Magistrats, greffiers… ils sont des milliers à avoir publiquement fait part de leur profond malaise dans une tribune publiée dans le journal Le Monde le 23 novembre 2021. Une tribune qui, depuis sa parution, continue d’engranger les signatures. Le malaise de ces professionnels porte sur les conditions dans lesquelles ils sont aujourd’hui contraints d’exercer leur métier : « Nous ne voulons plus d’une justice qui n’écoute pas et qui chronomètre tout » disent-ils.

Guillaume Erner reçoit Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature et cosignataire de la tribune.

Une tribune très importante

Quand la tribune est parue dans Le Monde, il y avait 3 000 signataires. Aujourd'hui, combien de personnes l'ont signée ?

Il y a plus de 5 000 magistrats, 450 magistrats en formation et plus de 1 000 greffiers. C'est très impressionnant, car en France, il y a 9 000 magistrats, donc plus de la moitié ont signé la tribune.

Ce qui est visé par la tribune, c'est la rationalisation des coûts qui a atteint un seuil qui va désormais au-delà du raisonnable et du supportable.

La tribune a été écrite par des magistrats qui sont en juridiction. C'est l'expression libre de magistrats de terrain, qui a rencontré un écho phénoménal en seulement quelques heures. Elle montre la force de la souffrance des magistrats, non seulement au regard de leurs conditions de travail, mais aussi et principalement à la perte de sens de leur fonction : ils ont l'impression de ne plus rendre aux justiciables la justice qu'ils méritent.

Un quotidien devenu insupportable

Mais ce n'est pas complètement nouveau. Qu'est-ce qui est devenu particulièrement insupportable dans votre quotidien de magistrate ?

Ce qui est insupportable, c'est que les magistrats n'ont pas le temps qu'ils voudraient pour écouter les personnes. La justice est là pour pacifier les rapports sociaux. Si l'on n'a pas le temps d'écouter, on ne peut pas prendre les bonnes décisions, on ne peut pas donner aux justiciables le sentiment qu'ils ont été écoutés et que la justice a été bien rendue.

On n'a plus le temps non plus de délibérer : des audiences que l'on devrait prendre à trois, notamment dans les litiges entre personnes, sont prises tout seul. Cela veut dire qu'on a une charge plus lourde sur les épaules, et que les conditions dans lesquelles on prend nos décisions offrent beaucoup moins de garanties. Aujourd'hui, toutes les réformes en cours tendent à abréger le temps d'audience.

L'accélération d'un processus

Ce processus avait-il commencé avec les précédents gouvernements ?

Il y a eu une accélération ces dernières années, avec une loi votée en 2019 contre laquelle tous les professionnels de justice se sont dressés. Il y a eu de nombreuses manifestations, peu relayées, car ces questions n'intéressent pas au premier chef.

Le problème, c'est qu'on a un hiatus de plus en plus profond entre les diagnostics posés par les professionnels de terrain, et de l'autre côté, le gouvernement et le Ministère de la Justice qui évoluent manifestement dans une réalité parallèle. C'est aussi une source d'exaspération des magistrats, des greffiers et des avocats : entendre le ministre dire depuis trois mois que la justice est réparée, qu'elle a maintenant les moyens de fonctionner et qu'on va pouvoir continuer à rationaliser son fonctionnement. Un peu comme dans l'hôpital public, et on voit bien les effets.

Des efforts en trompe-l'œil 

L'actuel gouvernement répond qu'il a débloqué plus de 30% pour la justice en cinq ans, qu'il a recruté 850 greffiers. Est-ce que ce n'est pas un effort louable, insuffisant mais un effort tout de même ?

La présentation des chiffres par le ministre est fallacieuse : il prend en compte des chiffres décidés par des gouvernements précédents, qu'il met à son actif. La réalité, c'est que depuis deux ans, les recrutements se sont taris. Les promotions prévues à l'Ecole Nationale de Magistrature diminuent drastiquement. Donc en réalité, on assiste aujourd'hui surtout à un recrutement de contractuels. Comme dans l'hôpital, on assiste à une privatisation de l'institution publique.

Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......