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Photo prise dans un bureau de vote à Nouméa lors du premier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie le 4 novembre 2018.

Nouvelle-Calédonie : quel avenir après le référendum ?

10 min
À retrouver dans l'émission

Dimanche 4 octobre 2020, les Néo-Calédoniens ont donc dit Non à l'indépendance, deux ans après un premier référendum qui avait déjà débouché sur un Non à l'indépendance de l'archipel. Quel destin se dessine désormais pour la Nouvelle-Calédonie après nette nouvelle concertation ?

Photo prise dans un bureau de vote à Nouméa lors du premier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie le 4 novembre 2018.
Photo prise dans un bureau de vote à Nouméa lors du premier référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie le 4 novembre 2018. Crédits : THEO ROUBY - AFP

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la souveraineté et devienne indépendante ? » A cette question, les Néo-Calédoniens ont donc choisi dimanche 4 octobre 2020 de répondre NON à un peu plus de 53% des voix. Il y a deux ans, ils avaient déjà été concertés sur cette même question. Résultat : 56,7% des voix s’étaient prononcées en faveur du non à l’indépendance. Avec cette nouvelle concertation en faveur du NON, le destin de cet archipel du Pacifique-Sud, français depuis 1853, est-il pour autant réglé ?

Guillaume Erner reçoit Benoît Trepied, anthropologue, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de la Nouvelle Calédonie.  Benoît Trepied a codirigé avec Christine Demmer « La coutume kanak dans l'Etat : perspectives coloniales et postcoloniales sur la Nouvelle-Calédonie », ed. L'Harmattan. 

Le vote du 4 octobre 2020

"Les écarts se resserrent (entre le oui et le non), donc le dossier est encore plus incertain qu'il ne l'était avant. Et de nouveau, comme il y a deux ans, ce qui est surprenant, quand on ne connaît pas le dossier, c'est de voir que les vaincus sont plutôt plus satisfaits que les vainqueurs, eux, font grise mine parce qu'ils s'attendaient, au départ, à un raz de marée contre l'indépendance et puis, au final, l'écart est très serré. Le pays se retrouve coupé quasiment deux, à parts égales. Et dans un sens ou dans un autre, c'est-à-dire quelle que soit l'issue du dernier référendum qui devrait avoir lieu dans deux ans, il va falloir trouver une solution de compromis qui satisfasse tout le monde. "

"Très majoritairement, comme la dernière fois, ceux qui ont voté oui, ce sont les Kanaks, très largement. Il va falloir regarder de plus près les résultats parce que ce 3,4% est apparemment surtout venu du Grand Nouméa et de la principale région urbaine où les Kanaks ne sont pas majoritaires. La question qui se pose, c'est est-ce que le pari des indépendantistes qui consiste à dire aux autres, aux non Kanaks « rejoignez-nous pour qu'on construise ensemble l'indépendance », est-ce que cette parole a porté ses fruits ? Les premiers résultats semblent, en tout cas, le suggérer, il va falloir regarder cela de plus près."

"Depuis l'accord de Nouméa, le projet qui est défendu par les indépendantistes n’est plus un projet d'indépendance strictement kanak, c'est un projet articulé à la notion de citoyenneté calédonienne, qui est une notion qui a été bâtie dans l'accord de Nouméa. Cette notion consiste à construire une société, en quelque sorte pluriculturelle, dans l'indépendance, où on renégocie les relations avec la France sans forcément tout couper, mais où on se réunit ensemble en disant « on fait partie de ce pays, la Nouvelle-Calédonie n'est pas un morceau de la France, c'est un tout. On est tous là, dans le même bateau. Peuples colonisés au départ et vagues d'autres populations qui sont venues au fil de l'histoire. Ensemble, on construit un lien de citoyenneté. »"

Pourquoi trois référendums ? 

"Ça a fait partie du deal de la négociation de 1998 où indépendantistes et anti-indépendantistes sont tombés d'accord pour mettre en place cet accord de Nouméa, donc un transfert progressif de compétences, un gouvernement collégial, des politiques de reconnaissance de l'identité kanak."

"A la fin, ils avaient explicitement prévu qu'il y ait trois référendums si jamais aux deux premiers, il y avait un non. Aujourd'hui qu’on y est, on peut se dire que c'est étrange mais de fait, on voit bien que ça a changé puisque là, il y a une dynamique qui a été enclenchée." 

Au final, on sait encore moins qu'avant, quelle sera l'issue du référendum. La grande question, c'est qu'est ce qui va se passer après le référendum ? Benoît Trepied

Quelle solution de compromis va être trouvée de part et d'autre parce que le pays sera coupé en deux. Donc, il va falloir qu'ils trouvent une autre solution.

La question du statut

"Le projet d'indépendance, désormais, est explicitement affiché comme un projet de ce qu'on appelle un Etat associé / Indépendance association. C'est-à-dire que la Nouvelle-Calédonie redevient entièrement souveraine et elle décide librement de confier certaines compétences à un autre Etat et a priori à la France. Par exemple, il n'est pas dit que demain, la Nouvelle-Calédonie, même si elle est indépendante, se crée sa propre armée, mais qu'elle fasse un lien de partenariat avec l'armée française, etc. "

"Le statut actuel de la Calédonie est extrêmement particulier (puisqu'il y a un gouvernement local). Ce statut n’est justifié que parce que c’est un statut transitoire. L'idée c’était de rentrer dans la Constitution française, à condition que, à la fin de la période, c'est à dire en 2022, on rebatte les cartes parce que sinon, à l'intérieur de ça, il y a des dispositions qui sont complètement contraires à l'esprit de la République française. Il y a une limitation du corps électoral, il y a des lois de protection de l'emploi local. Ça, ne peut être justifié que en tant que processus de décolonisation transitoire. Donc, si la Calédonie devait rester dans la République, ce système ne pourrait pas perdurer. Or, la limitation du corps électoral, par exemple, c'est une des conditions de compromis qui a permis de faire cesser les affrontements entre les deux camps."

"Le problème, c'est qu'il y a une équation un peu déséquilibrée."

Pour le mouvement kanak indépendantiste, la question de l'indépendance, c'est vraiment une question de décolonisation et de dignité. Benoît Trepied

"On l'a vu très massivement parce qu'on pouvait penser que depuis 30 ans, l'évolution des conditions socio-économiques aurait émoussé la revendication d'indépendance - parce que dans les années 70, les gens étaient tout à fait marginalisés, etc. C'est nettement moins le cas (aujourd'hui). Néanmoins, la revendication est toujours aussi forte, c'est-à-dire que c'est une revendication que les gens ont au fond de leurs tripes. Alors face à ça, la revendication anti-indépendantiste, c'est celle de dire « attention on risque de perdre notre niveau de vie, etc. »" 

Il faut articuler une revendication de dignité à une question socio-économique. C'est très difficile. Benoît Trepied

Quelle suite ? 

"Ce qui semble se dessiner suite aux déclarations des uns et des autres dimanche 4 octobre 2020, c'est que tout le monde va se réunir autour de la table. Les trois partenaires (dont le gouvernement français). Et puis tenter enfin d'expliciter véritablement ce qui se passerait en cas de victoire du non. Parce que on ne le sait pas encore très précisément. Il y a toute une série de non-dits autour de ces perspectives qui entretiennent aussi les peurs, les craintes ou les espoirs. Ils vont essayer de se mettre autour de la table, de mettre à plat et d'expliciter véritablement ce qui se joue derrière le oui et le non. Ils ont déjà tenté à plusieurs reprises de faire ça dans les dernières années, mais à chaque fois, il y a quelqu'un qui est sorti, etc. Donc c'est ce qu'ils vont essayer de faire. "

"Ce qui est aussi très important, je pense, c'est que le président français a fait référence à l'histoire coloniale en disant que ce qu'on est en train de faire, c'est d'essayer de dépasser l'histoire coloniale."

Si on veut comprendre le contexte calédonien, on ne peut pas ne pas revenir constamment à cette histoire coloniale très particulière dans laquelle les Kanaks non seulement étaient colonisés, mais ils ont été aussi marginalisés et ils sont devenus minoritaires dans leur propre pays. Et c'est là le nœud de tensions qui expliquent aussi cette ferveur indépendantiste aussi intacte. Benoît Trepied

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Anthropologue, chargé de recherche au CNRS, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie
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