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Pédocriminalité : comment expliquer que l’église ait pu commettre et taire les abus sexuels ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Le rapport de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l'Eglise a été rendu public mardi 5 octobre 2021. Cette commission a estimé à plus de 200 000 le nombre de mineurs victimes de prêtres et environ 3 000 le nombre d’agresseurs au sein de l’Institution, depuis 1950 en France.

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Croix. Crédits : Pascal Deloche / Godong - Getty

Jeudi 7 octobre 2021, on apprenait que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, devrait s’entretenir dans quelques jours avec le président de la Conférence des évêques de France, Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort. Ce dernier sera amené à s’expliquer sur sa position concernant le secret de la confession, « plus fort que les lois de la République », selon lui. Ces propos font suite à la publication du rapport Sauvé sur les abus sexuels dans l'Eglise. Comment l’Eglise catholique a-t-elle pu commettre et taire ces abus ? L’histoire de la construction de la morale sexuelle dans le catholicisme peut-elle nous éclairer ?

Guillaume Erner reçoit, en direct des Rendez-vous de l'Histoire de Blois, Isabelle Heullant-Donat, professeure d'Histoire médiévale à l'Université de Reims-Champagne-Ardenne, spécialiste d’histoire religieuse et culturelle du Moyen-Age.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

La construction d'une morale sexuelle

Comment s'est construite, à la période médiévale, la morale sexuelle de l'Eglise ?

Elle se construit sur la base de réglementations qui sont produites à partir du XIIIe siècle quant au statut du prêtre. Le prêtre devient à ce moment-là, en 1204 avec le concile de Latrant, un être à part qui est amené à conduire la vie des fidèles. Il est donc censé se distinguer par des signes physiques qu'on perçoit réellement, il doit avoir un pouvoir assez considérable (excommunier, absoudre...), et enfin, il doit écouter l'aveu des fidèles : toujours en 1204, la confession devient obligatoire une fois par an.

A partir de là, la morale sexuelle est aussi le fruit de son époque, et cette construction de la figure du prêtre et de ses pouvoirs va de pair avec un certain nombre d'exigences. Là, c'est la réforme grégorienne (XIe-XIIe siècles) qui est en cause ; c'est le moment où le mode de vie des prêtres s'aligne sur celui des moines, c'est-à-dire un modèle de perfection signifiant abstinence et continence. 

Métamorphoses du regard sur les violences sexuelles

A partir du Moyen Âge, quel regard porte-t-on sur l'enfant ? Y a-t-il une vision très différente de ce que l'on appelle aujourd'hui un pédocriminel ?

Le regard sur l'enfant a considérablement changé depuis, ne serait-ce que par exemple, en termes de nubilité, on considère au Moyen Âge qu'une fille peut se marier à 12 ans, un garçon à 14. L'enfant, un peu comme la femme, est sous autorité du père, du prêtre éventuellement. L'idée d'une pédocriminalité considérée avec les critères d'aujourd'hui ne semble donc pas tout à fait pertinente. On a très peu de sources, voire quasiment pas, sur des violences sexuelles contre les enfants.

Et l'idée du viol ?

Le viol est condamné, mais pas non plus pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui : ce n'était pas une atteinte à la femme comme telle, dans sa personne, mais plutôt à la réputation de la femme, à sa famille.

La confession et le pouvoir temporel

On a entendu récemment les propos du président de la Conférence des évêques de France, pour qui le secret de la confession est "plus fort que les lois de la République". Si l'on hiérarchise le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, lequel était le plus fort au Moyen Âge, notamment par rapport au secret de la confession ?

Le secret de la confession est extrêmement fort au Moyen Âge, et il n'y a pas de concurrence possible avec un autre type de droit. Le droit canonique et le droit civil sont complémentaires, bien sûr, mais il ne s'agit pas d'aller briser le secret de la confession et ce qui conduit à le construire, c'est-à-dire l'aveu des péchés dans le secret de la confession.

Intervenants
  • historienne, professeur en histoire du Moyen Âge à l'Université de Reims-Champagne Ardenne
L'équipe
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