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Photo de Jérome Salomon, directeur général de la Santé prise le 7 décembre 2020.

Pénurie de masques : que s’est-il passé ?

9 min
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Que s’est-il passé dans la gestion de crise du Covid-19 pour que les masques ne soient que tardivement considérés comme une priorité par les autorités sanitaires ? Jeudi 10 décembre 2020, paraissait le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de crise.

Photo de Jérome Salomon, directeur général de la Santé prise le 7 décembre 2020.
Photo de Jérome Salomon, directeur général de la Santé prise le 7 décembre 2020. Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Que s’est-il passé dans la gestion de crise du Covid-19 pour que les masques ne soient que tardivement considérés comme une priorité par les autorités sanitaires ? Depuis jeudi (10 décembre 2020), suite à la publication du rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la crise, la responsabilité de Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, est pointée du doigt. Pourquoi la France n’était-elle pas préparée à affronter la pandémie ? Pourquoi ne disposait-elle pas du stock stratégique de masques adéquat ? Quels choix auraient du ou pu être faits et à quel moment ? Retour sur la chronologie des prises de décisions.

Guillaume Erner reçoit Alain Milon, sénateur LR du Vaucluse, Vice-Président de la commission des affaires sociales, président de la commission d’enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19.

La décision de la mise en place de cette commission d’enquête sénatoriale a été prise dès le 19 mars 2020, juste après le début du premier confinement. Elle a été, dans les faits, mise en place fin juin 2020.

Alain Milon : "Nous n'avons pas eu le sentiment quand on a lu les différents articles concernant en particulier Santé Publique France et le Directeur Général de la Santé, qu'il y avait une bombe sous le lit. Cependant, c’est vrai que le fiasco des masques montre, de toute évidence, un manque complet d'anticipation lourd, avec évidemment des conséquences importantes sur la santé de nos concitoyens. La pénurie de masques et la pénurie d'autres matériels, d’ailleurs, parce que les masques font partie d’un ensemble dans la pénurie, resteront un triste symbole de l’état d'impréparation du pays, à la suite de décisions qui ont quand même été prises bien avant 2018 et bien avant 2019 - puisque les premières décisions prises sur les masques et les premiers rapports sur les masques datent de 2010."

Le fiasco des masques montre, de toute évidence, un manque complet d'anticipation lourd, avec évidemment des conséquences importantes sur la santé de nos concitoyens. Alain Milon.

L'OMS

Alain Milon : "L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), au départ, disait que les masques n'étaient pas utiles pour lutter contre la pandémie - c’est ce qu'a repris d'ailleurs le ministre de la Santé lors de son audition.  C'est vrai que l’OMS a été là aussi d'une affligeante stérilité dans sa communication, comme d'ailleurs beaucoup d'États. Les masques sont utiles, ils l'ont toujours été. Et si on revient, par exemple, à l'expérience de la grippe H1N1, il y a quelques années en arrière, du temps de Roselyne Bachelot (ancienne ministre de la Santé), les directives qui étaient données, c'était : port de masques, lavage de mains et distanciation. Ça n'a pas changé depuis. Lorsqu'on est face à un virus, en particulier un virus aérien, le port de masque est obligatoire, il permet justement d'éviter certaines crises importantes et certaines infections importantes."

L’OMS a été là aussi d'une affligeante stérilité dans sa communication, comme d'ailleurs beaucoup d'États. Alain Milon.

Les dirigeants de l'OMS étaient-ils incompétents ou ont-ils menti ? 

Alain Milon : "Je ne pense pas qu'ils aient menti. Je pense qu'ils n'ont pas pris l'ampleur de la crise. Tout comme d'ailleurs, la France et d'autres pays. On a oublié dans des pays comme les nôtres, hyper protégés, que des épidémies peuvent exister. Dans le Vaucluse, on a eu des épidémies importantes et nous pouvons encore visiter le mur de la peste. Donc les épidémies existent - on n'en a pas vu depuis longtemps - elles reviendront en force. Les mesures qu'il faut prendre, c'est le masque, la distanciation, le lavage des mains et évidemment, la vaccination lorsque celle ci sera en place."

Les épidémies existent, elles reviendront en force. Alain Milon.

Des stocks de masques périmés jetés 

Alain Milon : "On a éliminé des masques qui n'étaient plus utilisables parce qu'ils étaient périmés. Entre 2011 et 2016, le stock de masques (en particulier, les FFP2), est passé de 700 millions à 700 000, une diminution de près de 99%. La justification du stock s'appuie sur un avis de l'époque du Haut conseil de la santé publique de 2011 sur une doctrine qui a été élaborée à partir de 2013, donc une diminution des masques. Mais l’avis, c’’était que c’était aux employeurs et aux hôpitaux de faire le nécessaire pour les masques de leurs employés. Mais l’avis ne disait pas qu'il fallait par ailleurs diminuer les stocks au niveau national."

Alain Milon : "Comment un masque en papier peut-il être périmé ? C'est l'efficacité de l’inflitration par rapport au virus qui est remise en cause. D’après ce qui a été dit et ce qu’on a pu voir, certains masques étaient quand même avec des moisissures. Donc il y avait un danger à aller les récupérer, les utiliser. Le vrai problème, c'est la disparition de l’EPRUS (Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires), qui était un organisme qui était à l'époque chargé de collecter différents médicaments, différents produits pour protéger les populations.  L’EPRUS a été, dans les années 2013, supprimée au profit de Santé Publique France, avec d'ailleurs l'Institut national de veille sanitaire et l’ANSES. Ces trois organismes étant disparus dans un seul organisme, le contrôle par le Parlement des budgets n'a pas pu être fait comme nous le faisions auparavant. Et donc la diminution progressive de ces masques a été due à des mesures d'économie financière."

Certains masques étaient quand même avec des moisissures. Donc il y avait un danger à aller les récupérer, les utiliser. Alain Milon.

Le rôle de Jérôme Salomon 

Jérôme Salomon a-t-il demandé à Jean-Paul Stahl, professeur émérite d'infectiologie à l'Université de Grenoble, de modifier son rapport préconisant de constituer un stock d’un milliard de masques ? 

Alain Milon : "Dans le rapport de la Commission d’enquête au niveau des annexes, on trouve en particulier des échanges de mails qui ont eu lieu entre monsieur Bourdillon, le directeur de Santé publique France et le directeur général de la santé (Jérôme Salomon). Et c'est vrai qu'il y a eu des demandes faites par le DGS de modification du rapport pour essayer de justifier l'absence d'achat de 500/600 millions de masques. C'est vrai - monsieur le directeur général de la santé, ne peut pas dire le contraire - mais c’est vrai aussi que c'était un avis. Ce n’était pas un avis de Santé Publique France, mais un avis d'expert. Donc, lorsque la DGS se défend en disant que Santé Publique France est sous les ordres du ministère de la Santé, c’est faux puisque ce n'était pas Santé Publique France directement, mais un avis d'expert, donc, il y a eu une intention forte de modifier le rapport d'expert pour justifier une diminution du nombre d’achats de masques."

Ce n'est pas à nous de juger ces faits. Nous, nous constatons. Nous constatons qu’il y avait un rapport qui préconisait plusieurs centaines de millions de masques et en fait ce rapport n'a pas été suivi d'effets. Alain Milon.

Alain Milon : "Ce n’est pas à nous, les rapporteurs et le président de la commission d'enquête (sénatoriale), de juger ces faits. Nous, nous constatons. Nous constatons qu’il y avait un rapport qui préconisait plusieurs centaines de millions de masques et en fait ce rapport n'a pas été suivi d'effets. Voilà ce que nous constatons. Nous constatons aussi que le directeur général de la santé a fait des mails pour justifier ces achats réduits et pour demander que le rapport soit modifié en fonction des achats qu'il a fait. C'est tout ce que nous pouvons dire. Nous n'avons pas à juger de la situation. Les jugements seront faits par ailleurs dans le cadre d’actions qui sont actuellement mises en place en justice. Ce n’est pas à nous de dire ce qu'il peut se passer par la suite. Ce n'est pas notre rôle, nous sommes des politiques, pas des juges. Nous avons fait des constats importants. Il y a d'autres constats. Il n'y a pas que les masques dans cette affaire qui peuvent être pris au sérieux. Regardez par exemple, la cellule de crise interministérielle ne s’est réunie que le 17 mars, alors que la crise a commencé en janvier. Il y a eu donc un défaut de communication. Il y a eu une stratégie de communication qui s’est maintenue très longtemps dans ce sens là, alors qu'elle aurait pu changer en cours de temps. C’est ce que nous avons constaté, nous n'avons pas à juger."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • sénateur LR du Vaucluse, Vice-Président de la commission des affaires sociales, président de la commission d’enquête du Sénat sur la gestion du Covid-19.
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