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Photo de tickets de Loto, Euromillions, Joker édités par la Française des Jeux, prise le 27 mars 2018 à Paris.

Privatisation de la FDJ : jackpot pour les Français ?

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La Française Des Jeux va faire son entrée en bourse. Cette privation peut-elle séduire les épargnants ?

Photo de tickets de Loto, Euromillions, Joker édités par la Française des Jeux, prise le 27 mars 2018 à Paris.
Photo de tickets de Loto, Euromillions, Joker édités par la Française des Jeux, prise le 27 mars 2018 à Paris. Crédits : JOEL SAGET - AFP

L’Etat français est en passe de céder l’un de ses bijoux de famille : la Française Des Jeux. L’entrée de la FDJ à la bourse de Paris est fixée au 21 novembre 2019 mais dès le 7 novembre, ceux qui le souhaitent vont pouvoir souscrire des actions de la FDJ. Alors faut-il ou non se hasarder à investir dans la Française Des Jeux ? Cette privatisation est-elle une bonne affaire pour les Français, qu’ils soient investisseurs, ou non… ?

Guillaume Erner reçoit Pierre-Charles Pradier, économiste, professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du LabEx ReFi (laboratoire de recherche dédié à l'évaluation des politiques de régulation).

Cette privatisation est-elle une bonne chose pour les finances publiques ? 

Cette privatisation, pour les finances publiques, c'est un moyen d'échanger des revenus futurs contre de l'argent frais. C'est une bonne affaire, ça ça va dépendre du prix auquel on vend. Ce prix de vente n'est pas encore connu. Ce qu'on a annoncé, c'était la cession. C'était une cession pour un prix de l'ordre d'un milliard d'euros... on attend quand même de connaître le prix définitif. 

La Française Des Jeux, en 2018, a fait 170 millions d'euros de bénéfice net après impôt. Pierre-Charles Pradier

Ce que la Française Des Jeux génère comme revenus pour l'Etat, ce n'est pas seulement le dividende de l'Etat actionnaire, c'est aussi l'impôt sur les bénéfices. Et puis, c'est surtout le prélèvement sur les mises qui est de l'ordre de 3,3 milliards ; c'est 20 fois plus important que le bénéfice net. 

Il y a une législation spécifique sur les jeux... Aujourd'hui la FDJ n'est pas complètement publique, elle est déjà un peu privée, et elle l'est depuis le début. Pierre-Charles Pradier

Le monopole de la FDJ - un investissement relativement sécurisé ? 

Un monopole qui n'est pas complet parce que le monopole de la Française Des Jeux n'a pas le monopole des paris sportifs en ligne par exemple.

Si on parle du monopole des Jeux, ce monopole des Jeux, il n'est que pour 25 ans. Ça paraît très long 25 ans, mais d'un certain côté, on peut penser que les parts de marché de la Française Des Jeux pourraient s'éroder et pendant ces 25 ans et à l'issue de ce monopole. Ensuite, c'est un monopole qui n'est pas complet parce que le monopole de la Française Des Jeux n'a pas le monopole des paris sportifs en ligne, par exemple. Donc, elle est soumise à la concurrence sur un certain nombre de fronts et elle le sera de plus en plus avec la fin du monopole. Il ne faut pas non plus penser que c'est la poule aux œufs d'or. 

Ce qui est étrange, c'est que en faisant baisser sa part au capital, l'Etat va quand même continuer à toucher l'essentiel des revenus qu'il touche puisque c'est le prélèvement sur les mises. Le prélèvement sur les mises, c'est pratiquement 95% de ce que l'Etat retire de la Française Des Jeux. Le dividende, c'est seulement moins de 3%. C'est entre 2 et 3%. L'astuce, c'est de se dire qu'on va céder une toute petite partie du revenu qu'on va toucher en échange d'un pactole important.  Pierre-Charles Pradier

Ce qui est certain, c'est que d'une certaine façon, une privatisation, ça oppose les Français qui vont devenir actionnaires aux Français en tant qu'ils sont contribuables. Et a priori, il devrait y avoir moins de Français actionnaires que de Français contribuables.

Ça va oppose les intérêts, sauf si on trouve un juste prix, c'est à dire un prix qui égaliserait en quelque sorte la valeur présente avec les paiements futurs... Et là, comme on connait pas le prix, on ne sait pas exactement ce qu'il en est. 

Ce que l'on peut penser quand même, c'est que si on parle d'appel à l'actionnariat populaire, c'est à la fois qu'on veut étendre les acheteurs potentiels parce que les fonds étrangers ne seront pas très intéressés ou ne seront pas les seuls intéressés. Ce qui veut dire qu'on va probablement vendre à un prix qui serait supérieur à ceux auxquels on vendrait à des purs privés, à des purs capitalistes. Et d'un autre côté, on ne peut pas non plus complètement voler ceux à qui on va vendre, car ils ne seraient probablement pas très contents si les cours baissent. Donc, on peut penser que l'idée du gouvernement, c'est quand même de vendre assez cher un revenu qui est effectivement assez sûr dans les 20 années à venir, mais assez incertain sur la suite.  Pierre-Charles Pradier

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page ou consulter la vidéo ci-dessus.

Intervenants
  • Economiste et maître de conférences en Sciences économiques à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
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