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Photo d’un homme dépressif.

Quelle incidence la crise sanitaire a-t-elle sur notre santé mentale ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Avec la pandémie, troubles dépressifs, anxieux, stress post traumatiques ont augmenté dans l’ensemble de la population. Quelles sont les personnes les plus à risques ? Tout à chacun peut-il être touché ?

Photo d’un homme dépressif.
Photo d’un homme dépressif. Crédits : Urbazon - Getty

"La santé mentale des Français s'est de nouveau dégradée entre fin septembre et début novembre" a précisé Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, mardi 17 novembre 2020, lors de son point d'information sur l'évolution de l'épidémie en France. Troubles dépressifs, anxieux, stress post traumatiques ont augmenté dans l’ensemble de la population. Dans le contexte actuel, quelles sont les personnes les plus à risques ? Tout à chacun peut-il être touché ? L’après-covid sera-t-il psychiatrique ? 

Guillaume Erner reçoit Marion Leboyer, responsable du pôle de psychiatrie des hôpitaux universitaires Henri Mondor de Créteil, directrice de la fondation FondaMental. 

Marion Leboyer est aussi co-auteure avec Pierre-Michel Llorca de « Psychiatrie : l’Etat d’urgence » ed. Fayard/Pluriel.

Qui est touché ?

Marion Leboyer : "Nous le disons depuis le début de la pandémie, le COVID a et aura des conséquences sur notre santé mentale et sur l'apparition des maladies psychiatriques : dépression, troubles anxieux, stress post-traumatique. Cette augmentation concerne la population générale. Santé publique France a signalé une augmentation de 20% des troubles anxieux, de 20% des idées suicidaires. Une étude américaine montre une augmentation de 30% des dépressions et en particulier des dépressions sévères. Ce sont des nouveaux patients, des personnes qui n'étaient pas malades auparavant, qui tombent malades. Dans ce contexte très anxiogène qu’est la pandémie. Ça touche toute la population, mais c'est vrai que ça touche plus particulièrement certaines parties de la population auxquelles il faut que nous apportions toute notre attention : d’abord les femmes, deuxièmement, les jeunes, troisièmement, les personnes qui sont en situation de précarité économique et de chômage. Et puis, ceux qui ont eu le covid, qui sont à risque d'avoir des séquelles cardiaques, des séquelles pulmonaires, mais aussi psychiatriques. On l'a vu dans les précédentes pandémies - c'est en train de se confirmer pour le covid - ils sont plus à risque que la population générale de développer des dépressions ou des troubles anxieux dans les suites de leur infection par le covid. "

Des troubles anxieux à la dépression 

Marion Leboyer : "Il y a plein d'explications assez intuitives. La première, c'est qu'on vit dans un contexte psychologique qui fait le lit de la dépression : le stress lié à la pandémie, la peur pour ses proches, la peur d'être malade, la peur de les voir hospitalisés, l'isolement social - surtout pour les jeunes - qui est extrêmement difficile à vivre, les conséquences sociétales, la peur de la précarité, le chômage, les difficultés économiques. Tout ça fait le lit, très clairement, de la dépression."

Il y a des liens très clairement démontrés entre inflammation et survenue de dépression. Marion Leboyer

"Et en plus, ce qu’il ne faut pas oublier - et c'est surtout le cas pour les personnes qui ont eu le covid - il y a des liens très clairement démontrés entre inflammation et survenue de dépression qui sont abondamment décrits dans la littérature. Et là aussi, cette tempête cytokinique qui est présente dès la deuxième semaine de l'infection par le covid, par la suite, chez certaines personnes, elle peut persister et déclencher des épisodes dépressifs."

Marion Leboyer : "Chez les personnes que nous suivons en psychiatrie, qui sont dans nos fils actifs (ce sont des pathologies très fréquentes) et sont dans ce contexte pandémique à risque, il y a aussi risque de rechute de leurs pathologies psychiatriques. On l'a évité pour un très grand nombre d'entre eux pendant le confinement, parce qu'on a développé très rapidement des téléconsultations qui ont permis de les prendre en charge. En tout cas en majorité, mais pas toutes les personnes : par exemple, celles qui sont précaires sur le plan économique n'ont pas les outils technologiques (téléphones portables, internet) pour pouvoir bénéficier de ces téléconsultations."

Ce sont des pathologies qui, encore aujourd'hui en France, sont très stigmatisées. On se sent coupable d'être déprimé, anxieux etc. Marion Leboyer

Marion Leboyer poursuit : "En plus des rechutes que nous avons vues augmenter depuis la fin du confinement, il y a aussi une aggravation des symptômes : anxiété, dépression mais aussi troubles du sommeil, addictions, qui font partie des pathologies qui augmentent. Et puis, ils sont aussi, ces usagers de la psychiatrie, plus à risque de faire des formes graves de covid parce qu'ils présentent, en association à leur pathologie psychiatrique, des pathologies médicales plus souvent que les autres, comme l'obésité, comme le diabète, comme les maladies cardiovasculaires, comme l'hypertension, qui font là aussi le risque d'une forme grave de covid."

L’après-crise

Les crises sont-elles nécessairement les moments où la santé mentale va le plus mal ?  L’après-crise est important...

Marion Leboyer l'explique _: "_Je pense que c'est extrêmement important, comme l'a dit notre ministre (Olivier Véran, ministre de la santé) hier soir (mercredi 18 novembre 2020) à la télévision : on est dans une troisième vague qui ne fait que commencer, qui est celle de la santé mentale et qui va durer probablement bien plus longtemps que la crise du covid elle-même. Surtout qu'on est en train de développer des vaccins, donc probablement qu'on voit la fin du tunnel sur le plan infectieux, mais derrière (et cette vague ne fait que commencer), on va voir surgir de nouveaux patients qui vont présenter ces troubles anxieux, ces troubles dépressifs, de façon beaucoup plus importante. C'est ce qu'on a vu après les précédentes pandémies. Ce n'est pas quelque chose qui est spécifique au covid, mais c'est quelque chose dont nous devons prendre conscience parce qu'il faut que le système de soins, de la santé mentale (dont nous avons dit à plusieurs reprises qu'il était en souffrance), soit capable de faire face à cette vague."

On est dans une troisième vague qui ne fait que commencer, qui est celle de la santé mentale et qui va durer probablement bien plus longtemps que la crise du covid. Marion Leboyer

"Les caractéristiques des maladies psychiatriques et la caractéristique de cette vague psychiatrique, c'est qu'elle s'inscrit sur un temps long. On est au début de cette vague et il y en a probablement pour des mois, voire des années, surtout si on ne prend pas en charge suffisamment vite les patients. Les troubles de l'humeur ou les troubles anxieux font partie de ce qu'on appelle les maladies chroniques, surtout si on ne les prend pas en charge rapidement. Donc, un message important à faire passer aujourd'hui, c'est d'être extrêmement conscient de faire attention à sa santé d'une façon générale, mais aussi à sa santé mentale. Si on a l'impression qu'on débute une dépression ou un trouble anxieux, il faut consulter parce que ce sont des maladies qui se diagnostiquent, ce sont des maladies qui se soignent et c'est important de pouvoir en parler parce que, très souvent, les gens attendent avant de consulter. Ce sont des pathologies qui, encore aujourd'hui en France, sont très stigmatisées et qui font qu'on se sent coupable d'être déprimé, qu'on se sent coupable d'être anxieux et qu'on ne pense pas forcément à en parler à son médecin traitant, à aller consulter un spécialiste de santé mentale, psychologue et psychiatre."

Il faut être extrêmement conscient de faire attention à sa santé d'une façon générale, mais aussi à sa santé mentale. Marion Leboyer

"Il faut aussi savoir que les crises sont des occasions de repenser les systèmes et de les optimiser. On se plaint depuis très longtemps que la psychiatrie va mal, elle allait mal avant le covid. Et il faut absolument aujourd'hui, face à cette vague, repenser la psychiatrie, faire de l'information comme nous le faisons ce matin, mais aussi homogénéiser les pratiques, rendre les parcours de soins plus lisibles et soutenir la recherche."

Les crises sont des occasions de repenser les systèmes de soins et de les optimiser. Marion Leboyer

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • psychiatre, directeur des départements universitaires de psychiatrie des hôpitaux Henri Mondor à Créteil, responsable des Centres Experts Autisme sans déficit intellectuel de la fondation FondaMental.
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