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Radiographie du coronavirus : comment lire les chiffres de l'épidémie ?

8 min
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Nouvelles contaminations, hospitalisations, mortalité : comment lire les chiffres de l'épidémie de coronavirus ?

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Collection : Corbis Lieu Crédits : Viaframe - Getty

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, 11 septembre 2020, retour sur les chiffres. Nouvelles contaminations, hospitalisations, mortalité : comment lire les chiffres de l'épidémie de coronavirus ? Comment comparer et comprendre ceux qui étaient diffusés en mars 2020 et ceux qui le sont au début de l'automne 2020 ? 

Nicolas Martin fait le point :

Les sources : 

Pour comprendre ces chiffres, on consulte, avec Alexandra Delbot, des spécialistes : en l'occurrence Samuel Alison, directeur de recherche CNRS au laboratoire Maladies infectieuses et Vecteurs à Montpellier et spécialiste de modélisation. 

Les chiffres que nous utilisons sont ceux de Santé publique France. Et donc, évidemment, ces chiffres, il y en a beaucoup : les chiffres de contaminations, des chiffres d'hospitalisations, des chiffres de réanimations, de décès. On parle de taux de reproduction, de temps de doublement. Tout cela est très compliqué et il est difficile de mettre les choses en regard. Comment comprendre ces chiffres ?

Quels chiffres retenir ? 

On ne peut pas comparer les chiffres de contaminations d'aujourd'hui et les chiffres de contaminations du mois de mars (2020). Pour quelles raisons ? Parce qu'en mars (2020), les gens qui étaient testés étaient quasiment essentiellement des gens qui entraient à l'hôpital, donc des gens plus âgés, avec des forts taux de comorbidités, des forts facteurs de comorbidité et donc des gens plus fragiles. 

Aujourd'hui, le taux d'échantillonnage des tests est beaucoup plus large puisque l’on teste toute la population. Donc les deux chiffres ne sont pas comparables. Aujourd'hui, on est à peu près à 10 000 tests positifs - chiffres datés du 10 septembre 2020 - alors qu'au plus haut de mars (2020), on était aux alentours de 7 500. Donc voilà, ne pas comparer mars et aujourd'hui, c'est la première chose : pas les mêmes populations testées, pas les mêmes circonstances épidémiologiques.

Deuxième chose. Ce qu'on peut comparer, en revanche, qui va être intéressant, c'est ce qu'on appelle le temps de doublement : combien de temps il faut pour que ce nombre de cas soit multiplié par deux. En mars, au plus fort de la crise, il était de trois jours. Aujourd'hui, depuis quelques semaines, on est sur un taux de doublement qui est environ de 15 jours. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'est pas dans une logique de progression exponentielle. C'est le cas, mais c'est une logique de progression exponentielle beaucoup plus longue. C'est-à-dire que l'épidémie n'avance pas avec la même force, avec la même vitesse qu'au mois de mars. 

On entend souvent dire qu'il y a plus de tests positifs parce qu'il y a plus de tests tout court. Ce qui pourrait être logique. Plus on teste, plus on trouve de cas. C'est partiellement vrai, mais c'est partiellement faux. Si on regarde par exemple, par rapport au mois de juillet (2020), le nombre de patients dépistés a été multiplié par deux, tandis que le nombre de cas positifs, lui, a été multiplié par 12. Donc, on est bien dans une augmentation du nombre de cas et donc dans une progression de la maladie. 

Une situation sous contrôle dans les hôpitaux pour le moment

Les derniers chiffres dont je dispose pour le moment sont ceux du 1er septembre 2020. On a 4604 cas hospitalisés et 424 personnes en réanimation. Là aussi, c'est en train de monter. On est, pour la semaine 35 qui était la dernière semaine d'août, à 1337 hospitalisations contre 604 en semaine 29. 

Si on regarde une fois de plus le taux de doublement, qui est parlant parce que ça dit à quelle vitesse ce taux d'hospitalisation est en train de monter et donc à quel moment on peut attendre une saturation à nouveau des services d'hospitalisation et de réanimation - le taux de doublement donc des hospitalisations, pour le moment, est de plus d'un mois. Il faut qu’un mois se passe pour que le nombre d'hospitalisations soit multiplié par deux. Ce qu'on regarde, c'est un temps de décalage. Il y a un décalage. Avec l'indicateur des taux de contaminations qui est au plus près de la maladie : on voit tout de suite qui est malade – on est quasiment en temps réel. Ensuite, il y a le taux d'hospitalisation qui vient, mais dans un deuxième temps, en général, dix à quinze jours après - le temps que les gens tombent malades et s'infectent. Et puis ensuite, il y a le passage en réanimation et in fine, les décès. Aujourd'hui, les décès sont d'une trentaine par semaine et sont très stables. Si vous regardez la courbe des décès, elle est complètement plate. Mais ce qu'on voit aujourd'hui, c’est que les gens qui meurent aujourd'hui, ce sont les gens qui ont été contaminés début août. Donc il y a plus d'un mois de retard. 

Ce qui change par rapport à mars 2020

La situation est vraiment tout à fait différente par rapport à mars. La première chose qui a changé, c'est nous. Nos comportements ont changé. On a pris l'habitude de vivre avec la maladie. On se rend compte aujourd'hui que, par exemple, les gens les plus fragiles, les gens qui ont des comorbidités, les gens les plus âgés, prennent beaucoup plus de précautions et sont beaucoup plus attentifs, donc sont moins contaminés. 

Les soins en réanimation ont nettement progressé. On sait que, par exemple, l'utilisation de corticostéroïdes réduit la mortalité de 20 à 30%. On voit aussi que comme on teste de plus en plus de monde, l'âge des contaminations a baissé : plus on baisse l’âge des contaminations, plus le taux de létalité de la maladie réduit. Ça le fait tomber aujourd'hui avec un échantillon suffisamment large pour être à peu près fin, à 0,7 (=le taux de létalité du covid).

L’effet retard

Le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a mis en garde sur ce qui allait se passer dans 8/10 jours. 

8/10 jours, c'est exactement les limites de la modélisation. On peut prévoir à 8/10 jours. Les modèles sont en général assez justes à 8/10 jours. Au-delà, on est complètement aveugle. Jean-François Delfraissy a absolument raison. Pourquoi est-ce qu'il dit 8 ou 10 jours ? A cause de cet effet retard dont je vous ai parlé, c'est à dire entre les contaminations, les hospitalisations, les entrées en réanimation et, in fine, les décès liés à cet effet retard. 

En fait, ce qu'on va voir dans 8/10 jours, c'est l'effet de la rentrée. Aujourd'hui, les sur contaminations que l'on voit, c'est la conséquence des vacances. Pour ce qui se passe à la rentrée, on le saura dans 8/10 jours. Il faut faire attention à cet effet retard et c'est ce qui fait que les chiffres ne sont pas lisibles tous sur le même plan. Donc oui, aujourd'hui, il y a des raisons d'être préoccupés compte tenu du nombre de contaminations. Donc il y a toujours cette nécessité vraiment de faire très attention aux gestes barrières, au port du masque. Parce que, rappelons-le, le port du masque aujourd'hui peut réduire de 90% la contamination, donc ça peut fonctionner. Ça peut vraiment avoir un effet barrière qui permet de réduire le nombre de contaminations. 

Le vaccin contre la grippe

On dit que le vaccin contre la grippe pourrait aider à lutter contre le coronavirus. Ça n'est pas vrai. En revanche, ce que les personnels soignants craignent, c'est une superposition des cas de grippes des cas de covid et donc un engorgement décuplé - ou en tout cas doublé - des urgences. Il va y avoir une campagne de vaccination contre la grippe qui va être lancée précocement dès le mois d'octobre pour essayer justement d'éviter qu'il y ait un effet doublon entre grippe et covid. Mais le vaccin contre la grippe ne protège pas du covid. On ne peut pas être immunisé contre le covid parce qu'on a attrapé la grippe, ou réciproquement.

Avec la collaboration d’Alexandra Delbot.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
L'équipe
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