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Phénomène d'aérosolisation

Radiographie du coronavirus : la contamination par aérosol a-t-elle été sous-estimée ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Quelle place occupe le phénomène de l'aérosolisation dans la transmission du virus ? Chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin fait le point sur un aspect de l'épidémie de covid 19 au micro de Guillaume Erner.

Phénomène d'aérosolisation
Phénomène d'aérosolisation Crédits : John M Lund Photography Inc / Collection DigitalVision - Getty

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, 16 octobre 2020, retour sur le phénomène de l'aérosolisation. Quelle est l'incidence des microgouttelettes qui circulent l'air dans la diffusion et la propagation du covid 19 ?

Nicolas Martin fait le point :

La contagion par aérosol : jusqu'à 70% des contaminations ?

Nicolas Martin : "C'est une info qui a été relayée, notamment le week-end dernier par le « JDD » et 62% par aérosol, c'est évidemment une quantité très, très importante. On a donc voulu comprendre d'où venait cette information. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il n'y a pas derrière une étude publiée dans une revue à comité de lecture. C'est une série de tweets, des tweets de pas n'importe qui, d'Antoine Flahaut, qui est un de nos interlocuteurs réguliers pour la radiographie du coronavirus. Antoine Flahaut est épidémiologiste et professeur de santé publique à l'Université de Genève."

"Que dit Antoine Flahaut dans ses tweets ? Il émet une hypothèse (c'est très important, il émet une hypothèse et il le précise, c'est une hypothèse, rien de plus). Il fait un rapide calcul."

Il y a trois voies de transmission, aujourd'hui du coronavirus, avérées : il y a les gouttelettes (les gros postillons), la voie qu'on appelle manuportée (quand on met les mains dans la bouche ou dans le nez), et les petits postillons flottants (donc les aérosols). Nicolas Martin.

"Antoine Flahaut se base sur une étude britannique qui dit que lorsqu'on se lave les mains, il y a une réduction de la transmission de 16%. Il arrondit ça à 20 en disant donc que 20%, c'est la transmission manuportée. Il postule - et c'est un postulat - que les gros postillons, les gouttelettes, retombent tout de suite à moins d'un mètre cinquante de l'émission. Et donc que pour se contaminer, Antoine Flahaut postule qu'il faudrait se faire littéralement tousser dans le nez ou dans la bouche. Il estime donc que ça ne peut pas être plus de 10% des cas. Et il conclut de cela 20% 10%, ça fait 30%. Donc le reste, 70%, ça serait les aérosols. C'est l'hypothèse qu'il émet tout en précisant qu'il ne peut pas y avoir de transmission par aérosol à l'extérieur. Ce calcul n'est qu'une hypothèse, un calcul au doigt mouillé. Il n'y a rien d'une étude scientifique qui serait sourcée avec un protocole d'étude solide."

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Qu’établissent les recherches sur les aérosols ? 

Nicolas Martin : "Il faut refaire la distinction entre les aérosols et les gouttelettes, les gros postillons. Les gouttelettes, ce serait supérieur à 5 micromètres et en dessous, ce sont les aérosols. Mais comme souvent en science, tout n'est pas blanc ou noir. Il y a un gradient entre les petites et les grosses gouttelettes, ça n'est pas aussi clair que ça, il n'y a pas une sorte de barrière qui s'établirait à 5 micromètres les gouttelettes. C'est ce qu'on émet par la toux. C'est pour ça qu'on porte des masques."

"Mais il y a une étude de « Nature » en 2019 qui montre par exemple que 2 à 3 minutes de conversation pourraient produire autant de gouttelettes qu'une quinte de toux. Donc, on voit que tout ça n'est pas aussi simple."

"Aujourd'hui, il est attesté effectivement que les aérosols sont une des trois voies de contamination. On a des cas de ce qu'on appelle les super contaminateurs, où une seule personne, dans un espace clos et mal ventilé, a conduit à la contamination d'autres personnes situées à plus de 2 mètres. Il est évident que, a priori, les aérosols sont une voie de contamination."

La question qui se pose, c'est donc quelle proportion de contamination par ces aérosols ? 

Nicolas Martin : "Nous avons interrogé Elisabeth Bouvet, qui est infectiologue à l'hôpital Bichat et qui nous dit, comme beaucoup d'autres scientifiques, qu'il est impossible et strictement impossible, dans l'état actuel de nos connaissances, de dire avec précision, par exemple que sur X millions de personnes qui ont été contaminées, il y en a tant qui l’ont été par les gouttelettes et tant par les aérosols."

"Pourquoi est-ce impossible de le dire ? D’abord, parce qu’il y a un continuum entre les gouttelettes et les aérosols. On ne peut pas dire exactement ça c'est les gouttelettes, ça c’est les aérosols, parce qu'on ne peut pas juste exactement mesurer la taille de chacun des postillons qui sortent de la bouche de quelqu'un simplement. Deuxièmement, parce qu’en laboratoire, reproduire des conditions expérimentales, c'est toujours très difficile. Et ça ressemble en général très rarement à ce qui se passe dans la réalité d'une situation de contamination. Ensuite, et c’est peut-être le plus important, se pose la question de l’inoculum, c'est-à-dire la quantité de virus qu'il faut ingérer pour déclencher la maladie. Ce n’est pas parce qu’une particule virale va rentrer dans votre organisme que vous allez tomber malade. Il en faut un certain nombre et ça, on ne connaît pas aujourd'hui la quantité d’inoculum nécessaire pour tomber malade. Ce qu'on sait de façon certaine, c'est qu'une personne en phase de multiplication virale maximale, c'est-à-dire 24 heures à 48 heures avant l'apparition des symptômes, dans un espace clos, mal ventilé, peut conduire, en toussant, en parlant, à une contamination via des aérosols. Mais les modèles qu'on a en termes de virologie des virus qui sont aéroportés, qui ont attesté une contamination par aérosol, c'est la tuberculose ou la varicelle. Or, ces virus là, leur taux de reproduction (c’est-à-dire combien de personnes une personne va contaminer quand elle est malade) ; leur taux de reproduction est supérieur à 10. Or, on sait aujourd'hui que le taux de reproduction du Sars cov2 est de 3 seulement. Donc, ça plaide contre la transmission par aérosol. Mais si le virus était transmissible par aérosol, il traverserait les masques chirurgicaux parce que les particules sont trop petites pour être retenues par les masques chirurgicaux. Or, on sait que, dans toutes circonstances, y compris dans des circonstances de soins dans les hôpitaux, les masques chirurgicaux réussissent à contenir une partie de la contamination."

"Comme le précise aujourd'hui plusieurs sociétés savantes, le mode principal de transmission du Sars cov2 que nous connaissons, ce sont les gouttelettes. Il faut ajouter que les gouttelettes les plus légères peuvent rester en suspension. Elles ne tombent pas à un mètre cinquante. Elles peuvent rester en suspension plusieurs minutes, voire plusieurs heures dans l'air. Et là, il y a plein d'études qui l'ont attesté sur d'autres virus et notamment sur le virus de la grippe. 

Le virus peut-il survivre jusqu'à 28 jours sur les téléphones et les billets ? 

Nicolas Martin : "L_’_étude à ce propos a été mal comprise et surtout mal reprise par les médias, avec des tas de diagrammes alarmistes, etc. C'est une publication dans une revue qui s'appelle « Le Virology journal » du 7 octobre 2020, qui est un protocole assez sérieux établi par une équipe australienne, qui a projeté des particules virales mélangées à un mucus (comme en situation réelle, ce qui nous sort du nez de la bouche) sur un certain nombre de surfaces. Mais ce qu'il faut préciser, c'est que cette étude a été faite dans le noir. Or, on sait aujourd'hui que la lumière, et notamment les rayons UV, sont le principal facteur de destruction du virus à l'air libre. 

"Autre chose, la question de l’inoculum. Ce n'est pas parce qu'il y a 10 cellules infectées sur un billet que vous allez tomber malade parce que déjà, d'une, il faut que le virus soit manuporté (que du billet, vous preniez vos doigts et vous les mettiez à l'intérieur de votre nez, par exemple) et encore, il faudrait que l’inoculum soit suffisant pour que vous tombiez malade.L’une des co-autrices  l'étude précise elle-même : « il faut garder à l'esprit que les quantités détectées à ce moment-là ne suffiraient sans doute pas à infecter quelqu'un. »"

"Il faut prendre beaucoup de précautions sur ces 28 jours. Ce sont des seuils théoriques dans des environnements de laboratoire contrôlés et pas dans la réalité. A moins que vous ayez une passion pour lécher les billets de banque ou les surfaces de téléphone..."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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