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Visons. Collection : Universal Images Group

Radiographie du coronavirus : le virus des visons est-il plus dangereux pour l'homme ?

12 min
À retrouver dans l'émission

Après les Pays Bas, le Danemark, la France a elle aussi décidé de tuer des visons après des signes de contamination au covid 19 dans un élevage. Quelle forme ce virus a-t-il chez les visions ? Est-il plus dangereux pour l'homme ?

Visons. Collection : Universal Images Group
Visons. Collection : Universal Images Group Crédits : Arterra / Contributeur - Getty

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, retour sur ces millions de visons abattus, de peur d’une nouvelle souche épidémique... Après les Pays Bas, le Danemark, la France a elle aussi décidé d'en tuer 1000 après des signes de contamination dans un élevage. De quelle mutation du covid 19 ces visons sont-ils porteurs ? Est-ce dangereux pour l'homme ? 

Nicolas Martin : "Après les Pays-Bas, cet été, qui ont abattu un million de visons d'élevage sur leur territoire, le Danemark cet automne, qui a abattu pour le coup la totalité de ses 17 millions de visons d'élevage, c'est arrivé en France, où nous avons tué 1 000 visons sur l'un des quatre élevages français après des signes de contamination. Évidemment, est née une sorte de paranoïa d'un virus de vison mutant qui nous affecterait tous et nous rendrait encore plus malades que nous ne le sommes déjà. Cette paranoïa est venue après l'identification d'un cluster particulier au Danemark lié à ses élevages de visons. Le 5 novembre (2020) (on l'a appelé le cluster 5) 12 personnes ont été contaminées avec une souche du Sars cov 2 qui était issue de ces visons. Il a été dit de cette souche qu'elle serait plus résistante et qu'elle pourrait mettre en péril la stratégie vaccinale. Alors quelle est la réalité de ces mutations et quels sont les risques réels ?"

Le virus a-t-il vraiment muté chez ces visons ?

Nicolas Martin : "Oui il a muté et pour bien comprendre, il faut refaire un point sur ce qu'on appelle le saut d'espèce. On en a parlé avec Sophie Le Poder, qui est professeure de virologie à l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort et chercheuse en virologie. Elle nous a expliqué que le saut d'espèce, c'est quand le même virus passe d'une espèce à une autre : par exemple, de la chauve souris à l'humain, ce n'est pas un saut d'espèce parce que chez la chauve souris, ce n'est pas le même virus, ce n'est pas le Sars cov 2, c'était un virus distinct. D'où la nécessité de ce fameux hôte intermédiaire dont je vous parlais il n'y a pas longtemps. On a pensé que c'était le pangolin, mais a priori, on sait aujourd'hui, que ça n'est pas vraiment le pangolin qui a modifié le virus de la chauve souris pour que, in fine, il puisse contaminer l'être humain. Chez le vison, c'est bien le Sars cov2, ce n'est pas un virus distinct."

Nicolas Martin poursuit : "Ce qui se passe, en termes de virologie, c'est que pour s'adapter à un nouvel hôte, le virus va muter par la sélection naturelle : d’un seul coup, il y a un virus qui change un petit peu et qui devient plus adapté à une espèce qu'à une autre. Parce qu'entre certaines espèces, par le strict hasard de l'évolution, il y a une très grande proximité entre les récepteurs aux virus (les récepteurs sont la cellule d'entrée) qui font que en passant d'une espèce à l'autre, ces mutations peuvent donner au virus, pour la nouvelle espèce, une sorte d'avantage évolutif : cela veut dire qu'il va pouvoir se reproduire un peu mieux par hasard dans la nouvelle espèce."

"On a trouvé précisément des mutations communes du Sars cov2 du vison chez plusieurs cas humains. Il y a deux types de mutations : une mutation, en l'occurrence, qui a été retrouvée chez 300 personnes, ce qui n'est pas complètement rien ; mais chez les 12 personnes (le fameux Cluster 5), c’est carrément 5 mutations communes qui ont été retrouvées."

"Ces mutations s'effectuent sur la protéine S. La protéine S, c'est la clé de la fameuse serrure ACE2. D'où l'inquiétude des virologues puisque comme c'est à cette protéine de surface, la protéine S, que se lient les anticorps pour neutraliser le virus, eh bien, s'il y a des mutations qui ont lieu sur cette protéine, les anticorps pourraient devenir un peu moins efficaces parce que la clé aurait changé un petit peu. Si les anticorps sont moins efficaces, alors évidemment, en bout de course, la vaccination qui joue exactement sur la réponse immunitaire acquise et donc sur le développement d'anticorps, pourrait elle aussi devenir moins efficace."

Ces mutations chez le vison rendent-elles le coronavirus plus dangereux ? 

Nicolas Martin : "Théoriquement. Ce que l'on a constaté, c'est que dans ce cluster 5, le virus présente (je cite les autorités sanitaires danoises) : « une sensibilité modérément réduite aux anticorps neutralisants ». Modérément réduite, ça ne veut pas dire que le virus va devenir d'un seul coup totalement létal."

"Autre élément essentiel de ces autorités sanitaires danoises, c'est qu’aucun autre cas de cette mutation cluster 5 avec les 5 modifications du virus (les 5 mutations), n'a été détecté depuis le 15 septembre (2020) chez les humains. L'Institut en charge des maladies infectieuses au Danemark estime que la mutation du cluster 5 est très probablement éteinte. Il reste du coup les 300 échantillons qui contiennent une seule de ces mutations du cluster 5. Mais 300 cas sur la population d'un pays, c’est une faible prévalence, c’est très peu de cas."

"Une étude à ce sujet conclut que cette faible prévalence suggère du coup que cette mutation n'augmente a priori pas la transmissibilité du virus. Parce que si ça donnait un avantage évolutif, ce ne serait pas 300 cas mais des milliers de cas qui le constateraient. Il n'y a donc aucun élément aujourd'hui qui n'indique que cette mutation cluster 5 mette en péril ni la vaccination à venir, ni une relance, une nouvelle vague épidémique qui serait plus résistante sur le territoire européen." 

Pourquoi alors tuer des millions de visons ?  

Nicolas Martin : "Pour une raison très simple : la crainte que le vison ne devienne un nouveau réservoir viral animal incontrôlé. Il s'avère que le Danemark, c'est le plus gros exportateur de visons au monde. Et si on laisse filer un variant qui touche, qui plus est, cette fameuse protéine S, même si a priori, ça ne change pas beaucoup la létalité ou l'infection du virus, eh bien, on prend le risque de laisser filer et de laisser se diffuser le virus à l'international avec l'exportation des visons. Et donc, ça risque de créer un réservoir animal qui pourrait régulièrement relancer la circulation du virus, alors que nous, de notre côté, on s'acharne à la réduire chez l'être humain." 

"Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le vison n'est pas le seul animal qui peut être infecté par le sars cov2. On en revient aux sauts d'espèces expliqué précédemment : une étude publiée en août dernier, faite sur la base des similarités de ce fameux récepteur S2, de cette fameuse serrure d'entrée du virus chez différentes espèces permet de constater que certains animaux sont plus à risque non seulement d'être récepteurs (c’est-à-dire de pouvoir accueillir le virus) mais également d'être infectés, les deux n'étant pas liés. Certains animaux peuvent juste être des récepteurs de virus sans développer l'infection. On apprend sans grande surprise que les grands singes sont évidemment les plus à risque parce qu'ils sont très proches de nous, alors que les rongeurs ou les oiseaux sont très peu à risque de développer une infection au sars cov2. Il y a plus de chance qu'un dauphin ou qu'un fourmilier développe le covid qu'un alligator."

Nicolas Martin précise : "Il est important, vraiment essentiel, de ne pas créer d'autres réservoirs animaux, surtout en captivité. On pense évidemment à l'élevage. Chez le cochon, par exemple, le cochon peut recevoir le virus. Il peut y avoir une multiplication virale, mais pas d'infection." 

"La responsabilité dans cette histoire, c'est une responsabilité, évidemment, des élevages intensifs de ces pauvres visons puisque pour l'heure, dans l'état actuel de nos connaissances (et jusqu'à preuve du contraire), depuis le début de la propagation épidémique, le Sars cov2 est un virus à transmission interhumaine et les cas de contamination animale viennent presque toujours de l'homme vers l'animal et non l'inverse."

Avec la collaboration d'Alexandra Delbot.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" et des "Idées claires" sur France Culture
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