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Elèves dans une cour de lycée à Paris. Photo prise le 7 juillet 2020.

Radiographie du coronavirus : les jeunes sont-ils plus touchés ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Les jeunes sont-ils plus touchés par le Sars Cov2 ? Sont-ils plus contagieux ? La multiplication de clusters dans les écoles et universités interroge sur la manière dont la jeunesse fait face à l'épidémie.

Elèves dans une cour de lycée à Paris. Photo prise le 7 juillet 2020.
Elèves dans une cour de lycée à Paris. Photo prise le 7 juillet 2020. Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, 2 octobre 2020, la jeunesse face au covid. Entre la réapparition de cas graves chez des enfants et la multiplication des cas dans les écoles et les universités, où en est l'épidémie chez les plus jeunes ? Sont-ils plus touchés ? Sont-ils plus contagieux ?

Nicolas Martin fait le point :

"Il y a deux actu qui nous ont alertés et qui vous ont certainement vous aussi alertés cette semaine. La première : celle selon laquelle la première collectivité de clusters devant les entreprises, ce sont les écoles, les collèges et les universités. La deuxième, très préoccupante, parle de huit enfants de moins de 9 ans qui seraient en réanimation."

La contagiosité réelle et la contagiosité des enfants 

"Les chiffres en date du 21 septembre (2020) disent effectivement que la première collectivité de circulation du virus, ce sont les écoles et les universités. Les deux ensembles - donc, ça va des tout petits jusqu'à ceux qui sont relativement grands - représentent 899 clusters. C'est-à-dire 32% des clusters en France - un score élevé, en tout cas, qui peut être préoccupant, mais il faut apporter plusieurs précisions. "

"La première précision, c'est que dans cette cartographie des clusters ne sont pas intégrés les EPHAD d'une part, et le milieu familial d'autre part. Les deux sont exclus des chiffres, ce qui change beaucoup de choses. C’est un biais évident. "

"L'autre chose, précision, c'est qu'on parle des clusters qui sont en cours d'investigation. Si on élargit à l'ensemble des clusters (ceux qui sont soit maîtrisés, soit clôturés) on arrive à toute autre chose : c'est toujours l'entreprise qui est la première collectivité la plus touchée avec 26% des contaminations - loin devant les écoles et les universités qui sont à 16%. On peut relativiser avec d'autres chiffres de l'Education nationale qui disent qu’aux mêmes dates, 19 structures scolaires et 1 152 classes sont fermées, contre 90 et 2 000 la semaine précédente. Donc, on est plutôt en diminution, ce qui laisserait penser que ces clusters concernent principalement les universités plutôt que les écoles et les collèges."

"Si vous ajoutez à cela que de très nombreuses études pointent aujourd'hui que l'infection se fait plutôt dans le sens adulte-enfant que dans le sens enfant-adulte, à l'heure actuelle, la plupart (en tout cas la large majorité) des données scientifiques pointent vers le fait que l'école, en tout cas, est plutôt sûre pour les enfants. Il vaut mieux, en tout cas pour le moment, garder les enfants à l'école que de les ramener chez eux. C'est ce que me disait Alain Fischer, médecin à l'hôpital Necker, des enfants malades et professeur honoraire au Collège de France. Pour lui, aujourd'hui, les données scientifiques permettent de maintenir les enfants à l'école sans que cela représente un risque accru de transmission de la maladie. Pour les adultes et pour les enfants."

Les cas graves d'enfants aujourd'hui en réanimation 

"C'est évidemment très préoccupant. Des enfants en réanimation, c'est une image très forte qui est très anxiogène. Mais il s'agit d'un effet statistique. Ça ne change rien aux chiffres. Évidemment, plus il y a de gens contaminés, plus ce genre de cas extrêmement rare va apparaître.En faire les gros titres, c'est évidemment quelque chose qu'on peut questionner. Néanmoins, ce qu'on a comme chiffres sûrs, c'est qu'aujourd'hui, du 1er mars jusqu'au 21 septembre (2020), en France, on ne comptabilise qu'un seul décès d'un enfant de moins de 14 ans. Il avait 6 ans, il avait beaucoup de comorbidité et c'est un décès qui est imputé au covid - sans pour autant que l’on soit complètement sûr qu'il s'agisse exactement de la maladie et pas d'autres types de comorbidités. Le taux de létalité qu'on connaît pour les enfants est de 0,0 18% chez les 5 - 17 ans. C'est une étude du CDC américain. On sait qu'il y a une progressivité, c'est-à-dire que chez les enfants, plus on est jeune, moins on est malade. C'est un tiers des 5 - 11 ans et deux tiers des 12 - 17 ans."

Ce qui signifierait qu’il y a une sorte de progressivité dans la sensibilité à l'infection, des plus jeunes aux plus âgés. Nicolas Martin.

Comment expliquer la moindre sensibilité des jeunes à la maladie ? 

"On a essentiellement des hypothèses. Sur la question de la charge virale, à priori, la majeure partie des études indiquent que la charge virale est égale, identique, chez les adultes et chez les enfants. A part une étude de JAMA Pediatrics (une revue japonaise) qui dit que la quantité de Sars cov2 prélevée dans le PCR d'enfants de moins de 5 ans est 10 à 100 fois supérieure à celle des adultes. Mais c'est une étude unique. Donc, a priori, pour le moment, elle ne fait pas le poids par rapport aux autres études qui sont plus consensuelles sur le fait que la quantité de virus est a priori identique."

"Le temps de portage du virus est plus court chez les enfants." 

Les enfants réussissent à se débarrasser du virus plus rapidement que les adultes et les enfants transmettent moins le virus, mais de plus en plus à mesure qu'ils grandissent. Nicolas Martin.

"C'est-à-dire que plus les enfants sont jeunes, moins ils sont contagieux pour les adultes, etc. jusqu'à ce qu'on arrive à l'adolescence et à l'âge adulte. Ce qu'on peut constater c'est que le covid n'est pas la seule maladie où les enfants ne sont pas contagieux ou, en tout cas, qui est très bénigne pour les enfants et peut devenir beaucoup plus grave chez les adultes. On peut penser à la varicelle, par exemple, qui est une forme totalement bénigne pour les petits et qui peut devenir très grave à l'âge adulte, ou le virus d’Epstein-Barr qui donne la mononucléose."

"Il y a plusieurs types d'hypothèses (explicatives) - pour le moment, aucune n’est privilégiée. La première, c'est que les enfants expriment moins les fameux récepteurs cellulaires (S2 ACE2) et donc, du coup, seraient moins contaminés puisque le virus pourrait moins rentrer à l'intérieur de l'organisme. Il y a l'hypothèse de l'immunité entrainée : chez les enfants, à chaque fois, tout virus est un nouveau virus et donc leur immunité est tout le temps stimulée - du coup, ils auraient un meilleur rempart contre le coronavirus. On pense aussi que le système immunitaire des enfants peut être légèrement différent pour les mêmes raisons, et notamment une cytokine, c'est-à-dire une protéine pro-inflammatoires, qui s'appelle l'interféron gamma, dont on sait qu'elle est importante pour réagir dès le début de l'infection chez l'adulte. Et enfin, une raison sociologique qui est qu'en fait les enfants sont entre eux, se contaminent peu entre eux, mais ils ont moins de contacts avec les adultes. A part les gens de leur famille et leurs professeurs, ils sont moins en contact avec les adultes. Donc on en revient à cette question : effectivement a priori, les données scientifiques nous indiquent que les écoles ne sont pas un lieu de propagation massif de la maladie. En revanche, les universités, c'est effectivement plus problématique. Et là, on peut dire que la question de savoir si les étudiants se contaminent dans les amphithéâtres ou dans les soirées universitaires, ce sont des propos de la ministre qui n'ont pas vraiment de fondement scientifique."

Porter un masque diminue-t-il la virulence de la maladie ?

"Est-ce que ça pourrait fonctionner comme de la variolisation ? La variolisation, c'est quand on ingère finalement moins de virus, quand on prend un tout petit peu de virus et que, du coup, on développe moins de maladies. C’est ce qu'on appelle l’inoculum. Et ça pose la question du rapport entre la dose et la maladie : savoir si la maladie est « dose dépendante ». Par exemple, on sait que pour le VIH, ça n'est pas le cas : on peut être infecté avec très peu de virus, si on en a plus, on ne sera pas plus malade alors que, par exemple, depuis peu, on se dit que pour la grippe, c'est le cas."

"Qu’en est-il du Sars cov2 ? C'est difficile à dire pour l'heure, mais il y a un contexte expérimental qui est assez intéressant, qui est celui d'un bateau : vous vous souvenez certainement du Diamond Princess, ce bateau infecté au tout début (de l'épidémie), qui était un cluster étudié dans tous les sens. Et bien il y a un autre bateau qui s'appelle le Greg Mortimer, qui est parti de Ushuaïa en Argentine pour aller en Australie. Tout le monde avait été testé à bord, mais malgré tout, il y a un cas qui a été repéré qui s'est déclaré pendant la croisière. Du coup, mesures de confinement strict, masques pour tout le monde. Et qu'est-ce qu'on a à l'arrivée en Australie ? A l’arrivée en Australie, on a 60% des passagers infectés, exactement comme sur le Diamond Princess, mais 80% d’asymptomatiques et zéro cas grave et zéro décès. C’est l'exact inverse du Diamond Princess qui n'avait pas pris les mêmes mesures. Ce qui voudrait dire que quand on porte un masque, quand on respecte ces mesures-là, on pourrait être infecté, mais un peu moins, donc tomber moins malade. Ça demande à être confirmé par des études in situ et des études qui ne soient pas juste observationnelles, mais néanmoins, porter un masque, non seulement ça vous protège, mais en plus, si vous tombez malade, a priori, vous avez des chances d'être moins malade."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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