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Radiographie du coronavirus : faut-il s’inquiéter des réinfections ?

8 min
À retrouver dans l'émission

Est-il possible d'être réinfecté par le covid ? Plusieurs cas ont été constatés, dont deux préoccupants. Comment expliquer ces réinfections s'il est possible de le faire ?

Photo prise à Montargis, Centre-Val-de-Loire.
Photo prise à Montargis, Centre-Val-de-Loire. Crédits : Etienne Jeanneret - Getty

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, 23 octobre 2020, retour sur les réinfections au covid 19 : pourquoi peut-on être touché plusieurs fois par la maladie ? Comment interpréter les cas de rechute du covid 19 ? Faut-il s'en inquiéter ? 

Nicolas Martin fait le point. Comme il explique : "En tout et pour tout, cinq cas de réinfections étaient (jusque là) identifiés de façon formelle. Mais récemment, il y a deux cas qui ont été publiés coup sur coup, ce qui fait qu'on se repose la question de ces infections."

Quels sont ces cas ? 

Nicolas Martin : "Le premier cas est celui d'une Néerlandaise de 89 ans qui a été publié dans Clinical Infectious Diseases le 9 octobre (2020) et qui est décédée suite à cette infection. Ce qui rend évidemment le cas encore plus préoccupant. On sait que lors de sa primo infection, elle a été admise à l'hôpital avec de la fièvre, de la toux, un test PCR positif. Elle est restée cinq jours à l'hôpital sans réanimation et en est ressortie. 59 jours plus tard, quasiment deux mois après, elle souffre à nouveau de fièvre, de toux, d'une dyspnée (difficulté à respirer). Elle est réadmise. Son test PCR est positif. Et elle va décéder huit jours plus tard. Mais ce qu'il faut préciser sur ce cas, c'est que cette patiente souffrait d'un cancer, précisément d'une maladie de Waldenström. Elle était donc sous chimiothérapie, donc évidemment immunodéprimés, ce qui est un critère évidemment important pour comprendre ce cas, même si cette immuno dépression n'explique pas tout. L'autre élément, c'est qu’elle n'a pas eu de test PCR négatif entre les deux hospitalisations, ce qui pourrait laisser penser qu'il ne s'agit pas d'une réinfection, mais d'une rechute. Or, et là, c'est important, on a testé le génome viral qui l'avait infectée entre la première et la deuxième infection et ce génome viral différait de 10 nucléotides, c'est-à-dire 10 bases (le sars cov2 en compte 30 000). Ce qui veut dire qu'elle a été infectée par deux clades, deux variants différents. Bien que l’on soit en présence manifestement d'une réinfection, on est tout de même dans un cas particulier lié à cette comorbidité qui était liée à son cancer et était donc très importante."

Nicolas Martin : "Le deuxième cas, il s'agit d'un patient américain de 25 ans. L'étude a été publiée dans The Lancet en date du 13 octobre (2020). Lui a été testé positif 48 jours après sa primo infection. Lui a subi un test PCR négatif entre les deux infections. Donc, a priori, il a été guéri de la première. Mais pareil quand on teste le matériel génétique des deux virus en infection 1 et en infection 2, il y a deux variants. Donc, comme pour la patiente néerlandaise - par ailleurs, sa deuxième infection est plus sévère que la première, même si lui, heureusement, a pu guérir. En tout, donc, 5 cas avérés reconnus par la littérature scientifique, avec ceux-là, on est à 7, mais vraisemblablement une cinquantaine de cas suspects en plus."

Les hypothèses pouvant expliquer ces réinfections

Nicolas Martin : "Il faut préciser que ce sont à l'heure actuelle des hypothèses. Ce ne sont pas les conclusions d'études qui auraient été publiées dans des revues à comité de lecture, mais des hypothèses partagées par l'ensemble des infectiologue."

"La première chose, c'est que ce sont précisément ces mutations virales, des clades, des variants (on ne parle pas de souches différentes). Ce sont des légères mutations. Le virus mute, on le sait, on en avait parlé ici, c'est-à-dire que des nucléotides changeant (lors de la réplication, il y a ces petits nucléotides qui peuvent varier - on estime que ces toutes petites mutations ne changent pas, ni l’infectiosité ni la virulence du virus) - on estime que ces mutations ont lieu en moyenne deux fois par mois. Il faut bien préciser que ces mutations-là, même si elles ne changent pas la nature du virus ou sa façon de nous infecter, elles peuvent néanmoins peut-être tromper le système immunitaire et modifier légèrement sa capacité à reconnaître le deuxième virus qui va se présenter dans le corps du patient réinfecté."

"La deuxième hypothèse, c'est celle de l’inoculum (la quantité de virus qu'il faut ingérer pour déclarer la maladie). On peut supposer que dans ces cas de réinfection, la deuxième infection est liée au fait d'avoir ingéré un inoculum plus important qui déborderait ce qui déborderait en quelque sorte le système immunitaire."

"Et la troisième, qui est la plus probable de ces hypothèses, c'est la susceptibilité individuelle. Nous avons interrogé Morgane Bomsel, qui est immunologue, directrice de recherche CNRS à l'Institut Cochin. Selon elle, compte tenu du tout petit nombre de cas (on parle de sept cas, d'une cinquantaine de cas suspects) si on voit large et qu'on dit qu'on rate pas mal de cas de réinfection, mettons 100 à 200, même 1000, et bien sur 40 millions de personnes infectées, c'est un événement rarissime et c'est vraiment important de le souligner. Ce qui plaide donc pour des cas particuliers qui pourraient être liés à une susceptibilité génétique particulière. Mais il manque aujourd'hui d'études pour qualifier et quantifier exactement ces réinfections.

Qu’en est-il alors de la durée de l’immunité ?

Nicolas Martin : "C'est une vaste question qui va pour beaucoup déterminer l'efficacité de la couverture vaccinale. Qu’en sait-on de façon certaine ? C'est qu’on déclenche, quand on est infecté, quelle que soit la nature et la puissance des symptômes, une réponse immunitaire, c'est-à-dire des anticorps qui nous protègent contre le Sarscov2. On a un pic d'anticorps qui arrive au bout de trois semaines. Et ces anticorps sont stables dans le corps jusqu'à quatre mois après le diagnostic. L'activité neutralisant des anticorps fonctionne, elle est attestée, puis elle va se mettre à diminuer et elle diminue a priori très fortement au bout du cinquième mois, nous confirme Morgane Bomsel."

"On sait aussi que l’immunité est plus forte a priori, quand les symptômes sont plus sévères par rapport aux personnes qui sont asymptomatiques. Les études montrent également une grande variabilité en fonction des patients. Il y a des patients qui vont produire plus d'anticorps que d'autres et là aussi, on pense que c'est une question de susceptibilité individuelle et de configuration génétique, en quelque sorte."

On sait aussi que l’immunité est plus forte a priori, quand les symptômes sont plus sévères par rapport aux personnes qui sont asymptomatiques. Nicolas Martin.

"Mais ce n'est pas parce que la quantité d'anticorps dans le corps chute qu'on n'a plus aucune immunité et qu'on se retrouve complètement nu face au virus : parce qu'il y a un autre type d'immunité qui s'appelle l'immunité cellulaire (les lymphocytes T mémoires) qui peut prendre le relais et protéger lorsque l'on a plus d'anticorps en circulation dans le sang. Mais le problème, c'est que sa durée et l'ampleur de la réponse qu'elle suscite sont encore assez mal connues. Et là aussi, on demande plus d'études. 

Vous pouvez écouter l’interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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