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Photo prise dans une rue de Bordeaux le 15 août 2020.

Radiographie du coronavirus : l'immunité collective est-elle possible ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Combien de personnes sont immunisées dans la population ? Faut-il viser l'immunité collective pour pouvoir lutter définitivement contre le covid 19 ? Un rapport de l'agence de santé sud-coréenne met en doute cette hypothèse.

Photo prise dans une rue de Bordeaux le 15 août 2020.
Photo prise dans une rue de Bordeaux le 15 août 2020. Crédits : MEHDI FEDOUACH - AFP

Au micro de Guillaume Erner, chaque vendredi à 7h12, Nicolas Martin, producteur de l'émission "La méthode scientifique", du lundi au vendredi à 16h sur France Culture, vient éclairer certains aspects de l'épidémie de coronavirus.

Ce matin, 18 septembre 2020... retour sur un rapport de l’agence de santé sud-coréenne qui met un sérieux doute sur le scénario de l'immunité de groupe. De quoi s'agit-il ? Qu'est-ce que l'immunité dé groupe ? Est-il possible de l'atteindre ? 

Nicolas Martin fait le point :  

Des doutes sur l’immunité collective 

A propos de cette étude de l’agence de santé sud-coréenne : Des tests ont été effectués dans 13 régions et villes de Corée du Sud. C'était entre le 10 juin 2020 et le 14 août 2020. Il s'agit de tests sérologiques - les tests sérologiques sont ceux qui cherchent des anticorps, ce ne sont pas les tests PCR qui vont chercher des virus directement pour savoir si on est malade - ce sont des tests qui vont vérifier si on a été ou non contaminé, si on a développé une réponse immunitaire. 

Les résultats sont assez stupéfiants puisque seulement une personne sur 1.440, soit 0,07 % de la population, a été testée positive. Et donc, c'est évidemment un seuil d'immunité extrêmement bas. 

On retrouve des résultats similaires dans un autre test qui a été effectué en Chine à Wuhan, le foyer d'où est partie l'épidémie : l'étude a été publiée le 5 juin 2020 dans la revue « Nature ». Dans ce foyer épidémique (dans lequel on pourrait imaginer que l'immunité était relativement haute, en tout cas que le virus avait circulé suffisamment largement dans la population), les résultats prouvent que l'immunité ne concerne qu’entre 3,2 et 3,8 % de la population, donc seulement moins de 4 % de la population est immunisée. 

Deschiffres qui laissent penser que sans vaccin – vaccin qui accélérerait cette immunité de groupe - l’immunité de groupe est simplement totalement inatteignable vis-à-vis du Sars-CoV-2.

Qu’est-ce que l’immunité de groupe ?

On parle aussi d'immunité collective ou d'immunité grégaire. C'est en fait la part de la population qui doit être immunisée, donc qui doit avoir développé des anticorps pour que l'épidémie puisse être interrompue. Et cette part de la population, c'est un calcul assez logique qui correspond en fait au taux de reproduction initial : le R0, c'est-à-dire le nombre de personnes qui sont contaminées par une seule personne malade. 

Si on prend un R0 de 3 (c'est-à-dire qu'une personne malade va en contaminer 3 autres - entre 2,5 et 3, c'est le chiffre autour duquel la communauté scientifique s'accorde pour le Sars-CoV-2, notamment en France - cela peut varier d'un pays à l'autre), mais partons sur ce chiffre de 3 - donc, si on fait quelques calculs, sans aucune immunité (puisque personne n'a d'immunité précédente au Sars-CoV-2), si une personne en contamine 3 autres, 1000 personnes en contaminent 3000, 3000 en contaminent 9000 etc. C'est la logique ensuite épidémique exponentielle. 

Or, si dans la population, 50% des gens sont immunisés et bien 1000 personnes n’en contaminent plus 3000, mais 1000 personnes, en contaminent 1500. Et si on monte à 66 % et au delà de 70%, au-delà de deux tiers, 1000 personnes en contaminent un peu moins de 1000. Et donc, c'est la fin de l'épidémie puisque il n'y a plus de progression exponentielle. Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, selon les chercheurs, pour atteindre cette immunité de groupe, il faudrait bien que deux tiers de la population soit immunisée.

Quel est le taux d'immunisation de la population en France ? 

On une idée parce que des tests ont été réalisés à l'issue de la première vague, au début de l'été. Aujourd'hui, selon les chiffres dont on dispose en France, à l'issue de la première vague, au niveau national, 4,4 % de personnes ont développé une immunité. On est extrêmement loin des 66%, avec des variations relativement importantes. C'est une moyenne nationale, mais dans les centres urbains et dans les zones les plus touchées, on est aux alentours de 10%. Donc ça, c'était après la première vague. 

Aujourd'hui, selon les projections, on serait au niveau national autour de 5 % d’immunité et un peu plus de 10 % et éventuellement jusqu'à 15 % dans les grands centres urbains qui ont été les plus touchés certainement, notamment, en Ile-de-France. Ça reste très loin des deux tiers. 

Nous avons contacté Simon Cauchemez, qui est directeur de recherche et responsable de l'unité modélisation mathématique des maladies infectieuses à l'Institut Pasteur. Il a publié une note avec Arnaud Fontanet, un épidémiologiste qui travaille sur le Sars-CoV-2. Tous deux ont publié une note dans la revue « Nature Review Immunologie », la semaine dernière, et dans cette note à propos de l'immunité collective, ils disent que le bilan humain serait extrêmement lourd puisque pour atteindre ces 66%, il faudrait compter entre 100 000 et 450 000 décès liés à la maladie. 

L'immunité collective est-elle hors d'atteinte ?

Pour atteindre l’immunité de groupe, il faut et il va falloir en passer par la vaccination. La vaccination est indispensable pour deux raisons :

Tout d'abord parce qu'aujourd'hui, encore une fois, on ne sait pas combien de temps dure l'immunité au Sars-CoV-2. 

On sait que tout le monde développe à peu près une immunité - qu'on ait développé une forme légère ou une forme grave de la maladie - mais on ne sait pas pendant combien de temps ça va durer. Pour que toute la population soit immunisée, il faudrait que tout le monde développe l'immunité en même temps. Or, pour le moment, on ne sait pas s’il ne peut pas y avoir une immunité, puis une perte d'immunité, puis un retour d'immunité, etc. Un peu à la manière d'un rhume. 

L'autre problème, c'est que évidemment, si vaccination il y a, cette vaccination doit s'adresser au premier chef, aux gens les plus fragiles, c'est-à-dire aux personnes âgées et aux personnes en comorbidité. 

La bonne nouvelle, c'est qu'aujourd'hui, six vaccins sont en phase 3, c'est-à-dire en test à grande échelle. Mais il faut garder à l'idée, et peut-être avec un peu d'espoir, qu’il serait envisageable d'avoir peut-être un vaccin au premier trimestre 2021 si tout (va dans le bon sens) et si les essais cliniques vont dans le bon sens.

Avec la collaboration d'Alexandra Delbot.

Intervenants
  • Producteur de l'émission "La Méthode scientifique" sur France Culture
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