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Chez certains malades du Covid 19, plusieurs mois après la déclaration de la maladie, fatigue, douleurs musculaires etc. persistent.

Radiographie du coronavirus : que sait-on des symptômes persistants ?

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De nombreux patients se plaignent de symptômes qui durent plusieurs semaines voire plusieurs mois après leur infection à la COVID. Que sait-on de ces cas de “longs” Covid ?

Chez certains malades du Covid 19, plusieurs mois après la déclaration de la maladie, fatigue, douleurs musculaires etc. persistent.
Chez certains malades du Covid 19, plusieurs mois après la déclaration de la maladie, fatigue, douleurs musculaires etc. persistent. Crédits : martin-dm - Getty

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Ce vendredi 6 novembre 2020, que sait on des symptômes persistants du virus ? De nombreux patients se plaignent de symptômes qui durent plusieurs semaines voire plusieurs mois après leur infection au Covid. Durant le premier confinement, plusieurs hashtags avaient vu le jour sur le réseau social Twitter, comme #apresJ20 ou #apresJ60, par le biais desquels des malades partageaient leurs symptômes. Depuis, des associations de patients ont été créées et réclament une meilleure prise en charge… alors que les scientifiques ont encore peu de recul sur les effets à long terme de cette maladie… Que sait-on de ces cas de “longs” Covid ?

Guillaume Erner reçoit Pierre Tattevin, infectiologue, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes et président de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française.

Qu'est ce qu'un cas de long Covid ?

Pierre Tattevin : "Il n'y a pas une définition internationale qui fait consensus, mais on a l'impression qu’il y a à peu près la moitié des patients qui vont totalement récupérer en un mois - ceux là ne seront pas concernés. Et ensuite, une partie des patients va garder des symptômes plus longtemps. C'est à partir du deuxième mois où on commence à se préoccuper de la possibilité d'un long covid."

Quels symptômes ? 

Est-ce que, par exemple, l’odorat, qui revient parfois après un mois, c'est considéré comme un symptôme long si on l'a perdu pour plusieurs semaines ? 

Pierre Tattevin : "C'est quand même assez rare (d'observer la perte de l'odorat sur le long terme). On avait observé que 10% des gens qui avaient initialement des troubles de l'odorat avaient encore ces troubles à 6 semaines, par exemple. L’odorat a l’air de se récupérer assez bien."

Fatigue et essoufflement sont les principaux symptômes d'un long covid. Pierre Tattevin

Pierre Tattevin : "Il y a des gens qui restent très fatigués longtemps après. Même des gens qui étaient très dynamiques avant et très actifs. Et puis il y a l'essoufflement".

"En France, on est à plus de six mois de la première vague et les équipes qui suivent encore des patients pour des covids longs ont l'impression que des gens restent encore fatigués ou essoufflés alors qu'on est à 7 ou 8 mois de la première vague. De moins en moins, c’est la bonne nouvelle, mais tout le monde n'a pas encore récupéré de la première vague."

Quelles explications ?

S’agit-il, par exemple, d'un virus qui demeurerait en permanence dans l'organisme ? Pour Pierre Tattevin : "Probablement pas. Ce virus n’est pas tellement équipé pour persister au long cours, comme les virus des hépatites ou du sida ou de la mononucléose infectieuse. La plupart des gens qui ont retesté le virus directement par PCR ou par des sérologies, n'ont pas retrouvé d'éléments qui suggèrent qu’il persiste ou continue à se multiplier pendant des mois."

Est-on certain qu'on a affaire à des gens qui ont été atteints par le virus et qui sont encore malades, alors même qu'il n'y a plus de trace virale ?

Comme l'explique Pierre Tattevin : "Pour une partie d'entre eux, on est certain ; pour d'autres, c'est des gens qui ont pensé l'avoir fait pour la première vague, mais comme il n’y avait pas beaucoup de tests à l'époque, ils ne l’ont pas testé et au décours, ils ont des symptômes évocateurs. Parmi ceux là, certains n'ont même pas la sérologie positive. Mais comme la sérologie a des défauts, ça ne veut pas dire que ce n’est pas ça. Quelques-uns n’ont pas d’anti-corps décelables. Certains pensent avoir des longs covid mais pour une partie, on n'a même pas la preuve d’un covid au mois de mars ou avril. Mais les symptômes au décours ressemblent et du coup, on les prend en charge comme tels. Pour autant, on ne parle pas de « rechute », parce qu’en général, ils n’ont pas de fièvre et pas de présence du virus dans les prélèvements."

Il n'y a pas de dégât objectivé quand on fait les différents examens. Pierre Tattevin

Pierre Tattevin : "Il faut faire preuve d'humilité. C'est quelque chose qu'on apprend progressivement avec ce virus. On a beaucoup de choses à découvrir encore. Par ailleurs, il n'y a pas de dégât objectivé quand on fait les différents examens. Beaucoup de choses ont été faites : d’abord, on a pensé que les poumons pouvaient avoir évolué vers une espèce de fibrose ou une altération des tissus. Tous les scanners sont normaux. On a pensé aussi qu'ils avaient pu faire des embolies pulmonaires qui bouchent les vaisseaux qui expliqueraient la fatigue et les difficultés respiratoires. Mais là encore, quand on regarde avec des moyens spécifiques, et c’est normal. On a pensé que le coeur peut-être, avait pu souffrir dans la bataille, mais les échographies du coeur, par exemple, qui est quelque chose d'assez précis pour voir si le muscle fonctionne bien, sont normaux. Il y a eu aussi pas mal de prises de sang réalisées pour voir s'il y avait des anti corps, un syndrome inflammatoire qui persiste et là aussi, c'est négatif. On a pensé aussi (comme les signes respiratoires sont au premier plan) que ça pouvait être un équivalent d’asthme, avec des bronches devenues réactives. Et là non plus, en général, on ne retrouve pas d’anomalie. Donc tous ces examens normaux, c'est rassurant, quelque part. Et en même temps, c'est un parcours difficile pour les patients d’enchaîner les examens normaux. Donc on les fait de moins en moins (ça ne nous a pas fait avancer beaucoup pour les hypothèses) et on essaie surtout d'accompagner les symptômes des patients et de les traiter. Le covid phase aigu et le covid long, ce sont vraiment deux maladies très différentes."

Le covid phase aigu et le covid long, ce sont vraiment deux maladies très différentes. Pierre Tattevin

La dimension psychologique a-t-elle une incidence ? 

Pierre Tattevin : "On peut penser que ça joue un rôle. On n'en a pas parlé, mais les gens avaient tendance à tousser aussi pendant plusieurs semaines : ils toussaient au mois d'avril, en France, quand les gens avaient un peu la phobie. C'était quelque chose de très difficile à vivre en groupe ou en famille. Le retentissement psychologique du covid est difficile. On essaie parfois d’accompagner cela, de faire voir les patients par un psychologue, par exemple, de discuter avec eux. Mais je pense qu'il ne faut pas non plus céder dans la sinistrose. C'est vraiment des symptômes qui s’améliorent. Par ailleurs, comme tous les examens sont normaux, on a vraiment de bonnes raisons de penser que les gens vont retrouver leur état de santé complet. La vérité, c'est qu'il y a beaucoup parmi ces patients, des gens qui sont très volontaires, essaient absolument de repartir et qui n'y arrivent pas - en tout cas pas immédiatement - parce que la maladie les a laissés un peu épuisés."

Par ailleurs, comme tous les examens sont normaux, on a vraiment de bonnes raisons de penser que les gens vont retrouver leur état de santé complet. Pierre Tattevin

Pierre Tattevin : "L’hypothèse la plus solide, sans doute, c'est que ce sont des gens qui se sont très bien défendus contre la maladie en général (n’ont pas eu besoin d'aller à l'hôpital, sont restés quelques jours au repos et c'est tout). Et c'est peut-être un peu tout ce qu'ils ont engagé pour lutter contre le virus, dont ils paient un peu les frais pendant quelques mois. C'est le temps de récupérer tous les efforts qu'ils ont dû faire pour s'en débarrasser."

Avec la collaboration d'Alexandra Delbot.

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