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Arrivée de Sophie Pétronin à l’aéroport de Villacoublay le 9 octobre 2020.

Sophie Pétronin : comment se négocie la libération d’otages ?

7 min
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Sophie Pétronin a été libérée jeudi 8 octobre 2020 avec deux otages italiens, et l'homme politique malien Soumaïla Cissé. Le premier ministre Jean Castex a déclaré que la France n'avait pas payé de rançon pour la libération de l'humanitaire franco-suisse. Comment se négocie ce type de dossier ?

Arrivée de Sophie Pétronin à l’aéroport de Villacoublay le 9 octobre 2020.
Arrivée de Sophie Pétronin à l’aéroport de Villacoublay le 9 octobre 2020. Crédits : GONZALO FUENTES - AFP

Lundi 12 octobre 2020, Jean Castex a déclaré que la France n’avait pas payé de rançon pour la libération de Sophie Pétronin. L’humanitaire franco-suisse, était retenue en otage par des djihadistes au Mali depuis décembre 2016. Elle a été libérée jeudi 8 octobre 2020 en même temps que deux otages italiens, et l'homme politique malien Soumaïla Cissé.  Lundi 12 octobre 2020, « Le Figaro » soulignait « le silence embarrassé » d’Emmanuel Macron face à cette libération. Comment se négocie la libération d’otages ?

Guillaume Erner reçoit Jean-Bernard Veron, ancien rédacteur en chef de la revue Afrique Contemporaine, ancien directeur de la cellule Crises et Conflits de l’Agence Française de Développement :

La libération de Sophie Pétronin 

Jean-Bernard Veron : "Premièrement, ce qui est assez étonnant, c'est que d'une part, cette dame a été libérée après avoir été détenue pendant quatre années comme otage alors que Soumaïla Cissé n’a été détenu (si j’ose dire) que pendant six mois. Deuxièmement, ce qui est intéressant à noter, c’est que cela se passe très peu de temps après ce coup d'État qui a renversé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Donc, le sentiment que l'on a, c’est que Sophie Pétronin a (pu) profiter de ce qui aurait été fait pour libérer Soumaïla Cissé." 

Pourquoi 4 ans de détention - qu’attendaient de la France les ravisseurs ? 

Jean-Bernard Veron : "Lorsqu'il y a des otages qui sont enlevés, bien souvent (pas toujours mais bien souvent - je pense notamment au cas d’Areva dans le nord du Niger) cela peut déboucher sur la fourniture d'une rançon. On libère l'otage contre une rançon. Peut-être que ceux qui avaient enlevé Sophie Pétronin étaient dans cet état d'esprit alors que vraisemblablement, dans le cas de Soumaïla Cissé, c'était une dimension un peu politique : Soumaïla Cissé est un opposant important dans la vie politique du Mali et en quelque sorte, je pense (mais je ne sais pas si c’est ce qu’il faut penser) qu’elle en a bénéficié de façon indirecte parce qu'il n'y avait pas de rançon qui avait été fournie pour la libérer elle, avant Soumaïla Cissé."

La France face aux rançons 

Soumaïla Cissé est un leader de l'opposition, il a un poids politique. Sophie Pétronin ,en tant que ressortissante française, avait aussi (indirectement) un poids géopolitique. Ceci étant, comme le précise Jean-Bernard Veron : "Officiellement, la France ne paie pas pour libérer des otages. Elle ne le fait pas. C'est la position, la décision qu'elle a prise. Elle ne paie pas pour libérer des otages - ce qui explique peut-être que Mme Sophie Pétronin a passé quatre ans entre les mains des djihadistes qui l’avaient enlevée."

La libération de près de 200 djihadistes en contrepartie de la libération de ces quatre otages est-elle habituelle ? Pour Jean-Bernard Veron : "Non, ce n’est habituel. Le souvenir que j'ai - mais cela n'a rien à voir avec l’Afrique - c’est en Afghanistan : il y a eu des libérations par les Talibans de militaires afghans et réciproquement, les autorités afghanes ont libéré plusieurs milliers de Talibans qui avaient été faits prisonniers."  

Peut-on parler d'un "business", concernant l'enlèvement d'otages ? Jean-Bernard Veron : "D'une part, il y a beaucoup de groupes djihadistes présents dans la région sahélienne, notamment au Mali. D'autre part, il y a des liaisons qui se passent entre les autorités locales (peut-être pas directement mais à travers des intermédiaires) et ces différents groupes djihadistes (qui ne sont pas tous unis les uns avec les autres). Donc, oui, il y a des personnes dont le travail, si je puis dire, est de nouer ces relations. Dans ce cas là, c’était pour obtenir la libération d'otages, mais cela peut être aussi pour essayer de mettre en place des situations permettant de faire réduire la conflictualité et d'arriver éventuellement à un accord qui mettra fin aux affrontements."  

Quel lien avec l’engagement de la France au Mali ?

Jean-Bernard Veron : "Dans un premier temps la France, en 2013, a déployé (l’opération militaire) Serval dans le cadre du Mali, en 2014 (l’opération militaire) Barkhane, sur l'ensemble de la région sahélienne." 

La France est impliquée dans les conflits qu'il y a là bas et donc confrontée à ces groupes djihadistes. Ceci vient en effet compliquer la problématique des otages libérés lorsqu'ils sont (en l'occurrence, c’est le cas de Mme Sophie Pétronin) de nationalité française. Je pense que ça complique sans doute la situation. Jean-Bernard Veron.

Concernant la lutte française contre les djihadistes au Mali, d’après Jean-Bernard Veron : "L’opération Barkhane a, à ce jour, échoué. Ou plus précisément, il faudrait dire qu'il y a un phénomène d'enlisement. Ça fait maintenant six ans que Barkhane est sur place et il n'y a pas eu, premièrement, de réduction des affrontements armés, de la violence dans la région sahélienne, tout particulièrement au Mali ; mais, qui plus est, ce qui est inquiétant, c'est que la violence s'est déplacée vers le sud, notamment dans la région qu'on appelle le Liptako Gourma, à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Donc la violence est descendue vers le sud et il y a même une crainte qu'elle aille plus bas encore vers les pays de la région côtière comme la Côte d'Ivoire, le Bénin ou le Togo. "

Jean-Bernard Veron : "Par définition, lorsqu'un pays fait de la communication pour défendre ses interventions armées, il dit que s'il n'était pas intervenu, eh bien ça aurait été pire. C'est normal qu'il le dise."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • ancien rédacteur en chef de la revue "Afrique Contemporaine", ancien directeur de la cellule Crises et Conflits de l’Agence Française de Développement.
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