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Les tests pour mesurer la précocité des enfants ne prennent pas toujours en compte la maturité sociale et émotionnelle des enfants.

Surdoués, précoces : a-t-on tendance à surdiagnostiquer les enfants ?

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Un élève est distrait en classe ? Il a des difficultés à suivre ses cours ? Après consultation, la réponse du psychologue est sans appel : il est précoce !

Les tests pour mesurer la précocité des enfants ne prennent pas toujours en compte la maturité sociale et émotionnelle des enfants.
Les tests pour mesurer la précocité des enfants ne prennent pas toujours en compte la maturité sociale et émotionnelle des enfants. Crédits : Ailbhe O'Donnell - Getty

Ce diagnostic rassurant pour les parents permet d’expliquer pourquoi leur enfant n’est pas aussi performant que ses camarades. Avec pour risque de passer à côté d’autres troubles comme l'autisme, la dyslexie ou des troubles de l’attention. Surdoués, précoces : a-t-on tendance à sur-diagnostiquer les enfants ?

Franck Ramus est directeur de recherches au CNRS, professeur de psychologie à l’École normale supérieure.

Un élève est distrait en classe. Il a des difficultés à suivre ses cours. Après consultation, la réponse du psychologue est sans appel : il est précoce. Un diagnostic rassurant pour les parents qui permet d'expliquer pourquoi leur enfant n'est pas aussi performant que ses camarades, avec pour risque de passer à côté d'autres troubles comme l'autisme, la dyslexie ou les troubles de l'attention. Une professeure interrogée dans Le Figaro disait, "Je n'en peux plus. La moitié des parents sont convaincus que leur enfant est surdoué".  Franck Ramus est directeur de recherche au CNRS et professeur de psychologie à l’École normale supérieure. 

Selon vous, d'où vient cette prolifération d'enfants surdoués ou présentés comme tels ? 

Je ne suis pas sûr qu'il y ait une vraie prolifération. Il peut y avoir des diagnostics un peu abusifs, mais comme il y en a aussi pour d'autres catégories, pour la dyslexie, pour l'autisme. Il y a aussi des diagnostics qui sont un petit peu abusifs, de même qu'il y a aussi des diagnostics qui ne sont pas faits pour des enfants qui ont vraiment le trouble. Concernant les enfants surdoués, la question qui se pose, c'est quelle est la cause des problèmes à l'école ? Il y a évidemment de multiples causes possibles. Il y a différents troubles : troubles des apprentissages, l'autisme, des troubles du comportement, etc. Et puis, il y a l'enfant surdoué, plus intelligent que les enfants du même âge. La plupart vont très bien. La plupart réussissent très bien à l'école et ça se passe bien pour eux. Mais il se peut que certains se sentent tellement en décalage par rapport aux autres, s'ennuient tellement à l'école parce que l'école n'arrive pas à répondre à leur curiosité et à leur niveau, que ça engendre des troubles, ça peut les rendre perturbateurs en classe. Ils peuvent développer une phobie scolaire parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'ils font à l'école, etc.

Mais alors, comment justement réussir à les appréhender sans trop de risques d'avoir de "faux positifs", comme on dit ? 

C'est toute la question, mais c'est là que les bons professionnels savent faire la part des choses. Ils font passer non seulement une batterie de tests d'intelligence qui va permettre de déterminer le quotient intellectuel. Si celui-ci est très élevé, au-delà de deux écarts types de la moyenne de la population, donc cela veut dire seulement 2% de la population. Dans ce cas, l'enfant peut être déclaré surdoué, mais en plus de ça, normalement, le psychologue ou le psychiatre, s'il y a un véritable problème qui s'est déclaré à l'école, ne va pas faire le test de QI. Il va aussi faire passer tout un tas de tests qui peuvent révéler des troubles plus importants. Par exemple, ça va dépendre un peu des symptômes de l'enfant, si l'enfant n'arrive pas à lire, évidemment, la première suspicion peut être une dyslexie. S'il y a un problème avec le langage oral, ça peut être une dysphasie. Il est très maladroit, ça peut être une victime d'une dyspraxie. Si ce sont des problèmes de comportement, il y a toute une gamme de troubles du comportement comme l'autisme, etc. Tout cela va nécessiter des outils diagnostiques particuliers. Donc, normalement, le psychologue ou le médecin a à sa disposition une batterie de tests à l'issue de laquelle il va faire une hypothèse sur un diagnostic. En général, la précocité intellectuelle va très rarement être détectée. Ce n'est pas la cause principale des difficultés à l'école.

Il y a eu de nombreux débats sur le fait de savoir ce que mesurer le QI recouvre. Qu'est ce qu'il est possible de dire sur ce que mesurent réellement le QI ?

Les batterie de tests d'intelligence se présentent comme une série de tests. Il y en a entre six et dix. Ils essayent de solliciter les différentes fonctions intellectuelles qu'on a : verbale, non verbale, le raisonnement, la motricité, la perception, etc. Normalement, un test d'intelligence essaye de couvrir toutes ou au moins une grande partie des fonctions intellectuelles. Et après, on ramasse ça dans un seul score qui est le score de QI, une espèce de moyenne générale de toutes nos fonctions intellectuelles. 

Mais est-ce que c'est fiable ? 

Oui, c'est fiable comme tout instrument de mesure. C'est comme un thermomètre pour mesurer la température. Évidemment, comme tout instrument de mesure, il a ses limites. Il a ses conditions d'application. Il a une certaine fiabilité qui n'est pas infinie, évidemment. Mais quand on connaît bien ses limites et ses conditions d'application, on arrive à mesurer de manière fiable l'intelligence des individus. 

Un enfant qui a un QI élevé peut-il tout faire ou bien rencontre-t-il des limites ? 

Un enfant qui a un QI élevé est avant tout un enfant qui a de la chance parce que quand même, l'intelligence, ça sert dans la vie. Ça sert avant tout à l'école mais aussi dans tous les métiers en l'occurrence. De manière générale, les gens qui ont une intelligence plus élevée ont de meilleures chances dans la vie pour tout. Pour les études, pour la vie professionnelle et dans plein d'autres domaines. Après, le fait d'avoir une très haute intelligence ne vaccine pas contre les problèmes et ne vaccine pas non plus contre des troubles. On peut être à la fois surdoué et dyslexique. On peut être à la fois surdoué et autiste. On peut être surdoué, etc. Il arrive que dans certains cas, il y ait cette concurrence entre la très haute intelligence et un vrai trouble à côté. 

L'origine sociale de l'enfant joue-t-elle justement un rôle dans ce diagnostic ? 

Faire passer un test de QI à un enfant se fait chez un psychologue qui n'est pas remboursé par la sécurité sociale, et donc ça coûte 200 à 300 euros. Ce n'est pas à la portée de toutes les bourses. On imagine bien que les familles favorisées vont avoir plus tendance à faire cette démarche lorsque ça semble nécessaire que les autres. Malgré tout, il est possible aussi d'obtenir un tel test par les psychologues de l’Éducation nationale si ça vient d'une demande d'un membre de l'école.

Est-ce qu'on est certain que le calcul du QI neutralise la dimension sociale de cette chose, si, bien entendu, elle existe, selon vous ? 

Non, ça ne neutralise pas la dimension sociale. Ça la reflète aussi et ça, c'est normal finalement. Ce qu'on veut mesurer, c'est l'intelligence de la personne. Quand on mesure l'intelligence de la personne, on n'est pas en train de répondre à la question comment cet enfant est devenu intelligent ? Dans quelle mesure est-ce que c'est grâce à ces gènes ? Dans quelle mesure c'est grâce à son environnement familial ? Les deux, bien entendu. Et donc, évidemment, ceux qui grandissent dans un environnement très défavorable, ils ont moins de chances de développer leurs capacités intellectuelles et ça va se voir dans l'espoir de QI. 

En conclusion, que conseiller aux parents qui ont l'impression d'avoir affaire à un enfant précoce ?

Si c'est leur seule impression, ce n'est pas un problème. Pas besoin de se ruer chez le psychologue. On va voir un psychologue ou un professionnel de santé quand il y a un vrai problème et qu'il y a besoin d'un diagnostic médical.

Intervenants
  • directeur de recherches au CNRS, professeur au laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique à l'Ecole Normale Supérieure, membre du Conseil scientifique de l'Education nationale.
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