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Se mesurer quand on est un enfant... c'est souvent un amusement.

Taille des individus : comment expliquer les différences entre pays ? 

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Où est-on le plus grand ; où est-on le plus petit ou plus précisément dans quel pays est-on le plus grand ou le plus petit en taille ? Une étude publiée dans la revue « The Lancet » a pointé un différence de taille allant jusqu'à 20 cm à 19 ans, en fonction des pays. Explications.

Se mesurer quand on est un enfant... c'est souvent un amusement.
Se mesurer quand on est un enfant... c'est souvent un amusement. Crédits : RichVintage - Getty

Où est-on le plus grand ; où est-on le plus petit ? Une étude publiée le 7 novembre 2020 dans la revue médicale « The Lancet » et menée par des chercheurs de l’Imperial College de Londres a analysé les courbes de croissance d’enfants et adolescents âgés de 5 à 19 ans sur ces 35 dernières années. L’analyse a porté sur les évolutions enregistrées dans 200 pays. D’un bout à l’autre du globe, la différence de taille entre adolescents de même âge peut aller jusqu’à 20 cm. Comment interpréter ce type d’écart ? L’aspect génétique n’explique pas tout. Quels enseignements en tirer ?

Guillaume Erner reçoit Barbara Heude, chargée de recherche en épidémiologie à l’Inserm.

Quelles différences d'un pays à l'autre ? 

Barbara Heude : "Cette étude très intéressante et informative, décrit les inégalités géographiques qui existent entre les pays concernant la taille moyenne des enfants de 5 à 19 ans. On sait que la taille des populations, et notamment des enfants, est considérée par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) comme le reflet de la bonne santé des populations."

On sait que la taille des populations, et notamment des enfants, est considérée par l'OMS comme le reflet de la bonne santé des populations. Barbara Heude

Barbara Heude : "Les premiers résultats montrent ce qu'on savait déjà : c'est-à-dire que la taille des populations diffère en fonction de l'indice de développement des pays. On parle par exemple de différences de taille de 20/21 cm pour les filles et autour de 24 cm pour les garçons entre les pays à bas revenus et les pays à hauts revenus (à un même âge, 19 ans)."

Les extrémités peuvent aller d’1,83 m aux Pays-Bas et 1,60 m au Timor oriental pour les garçons, par exemple, à 19 ans.

Barbara Heude : "Ce qui est aussi très original dans cette étude (et plus informatif qu’une simple photographie à un moment donné), c'est vraiment l'étude des trajectoires, de l'évolution de la moyenne de la taille de ces enfants depuis les années 1980. C'est très important, car là, on est vraiment certain que les différences observées entre deux pays ne peuvent pas être attribuables à des différences de facteurs génétiques ou ethniques. On sait que ces facteurs sont très impliqués dans les inégalités de croissance de la taille entre les individus, mais sur une échelle de temps de quelques dizaines d'années, ce n’est évidemment pas les évolutions de nos patrimoines génétiques qui sont en cause."

L'évolution en France 

Barbara Heude : "Le constat actuel de la France est que l'on se situe un petit peu au-dessus de la moyenne de la médiane des distributions de taille en 2019. Nous avons travaillé dans notre centre de recherche à décrire quelle a été l'évolution au cours des 50 dernières années, de la taille des enfants français, en regardant comment les enfants actuels se positionnaient sur les anciennes courbes de croissance de référence du carnet de santé. Ces courbes décrivaient la croissance d’enfants nés dans les années 50. Donc c’était assez ancien et on a constaté des différences vraiment importantes. C'est ce qui nous a amenés, en collaboration avec le ministère de la Santé, à construire et proposer de nouvelles références dans les nouveaux carnets de santé distribués depuis 2018."

A 19 ans, on observe une moyenne d’1,76 m pour les Français, 1,64 m pour les Françaises. 

Barbara Heude : "Lesdonnées que nous avons soulignent que les évolutions ont certainement eu lieu plutôt entre les années 50 et les années 80 plutôt qu'entre les années 80 et aujourd'hui. Cet article (du Lancet) montre (d'autres études également) un infléchissement de ce qu'on appelle cette « tendance séculaire », un ralentissement dans certains pays. "

Barbara Heude poursuit : "Quand on observe cette évolution importante, on est amenés à se demander si ces évolutions vont continuer dans le temps. Quelle taille feront nos arrière arrière petits-enfants ? Y a-t-il une limite à la croissance ? C'est une question pour des anthropologues, mais on peut quand même raisonnablement penser que nous allons nous rapprocher de notre potentiel génétique de croissance, une sorte de taille optimale, à un moment donné, si les conditions environnementales le permettent et donc que ce phénomène va ralentir. Ce phénomène ralentit déjà dans les pays à hauts revenus qui ont connu leur transition nutritionnelle et de société avant le début des années 80, où commencent les résultats de cette étude."

On peut raisonnablement penser que nous allons nous rapprocher de notre potentiel génétique de croissance, une sorte de taille optimale, à un moment donné, si les conditions environnementales le permettent. Barbara Heude.

Les facteurs nutritionnels impliqués dans une forte croissance

Barbara Heude : "Quels sont les facteurs qui influencent à ce point l'évolution de la taille moyenne des populations et donc quels sont les facteurs sur lesquels on pourrait intervenir pour améliorer la santé des populations ? La question est importante. Enormément de facteurs entrent en ligne de compte et interagissent pour moduler la croissance d'un individu. Mais, quand on regarde à l'échelle des populations de façon aussi globale que ce qui est fait dans cette étude, on peut en souligner deux : avant le facteur nutritionnel, il faut quand même souligner les facteurs sanitaires, le fait que les conditions d'hygiène, les politiques de prévention de vaccination ont vraiment réduit drastiquement les infections au niveau mondial. Or, les maladies infectieuses graves ou des infections à répétition de l'enfant sont responsables de retards de croissance importants."

Comme l'explique Barbara Heude : "Vient, également, évidemment, la question de la nutrition. La malnutrition est un problème majeur dans le monde et elle est responsable de retards de croissance importants tout au long du développement. Mais la recherche en nutrition a, ces dernières décennies, vraiment décrit précisément ce qu’est une alimentation optimale pour l'enfant. Je ne peux pas répondre précisément car elle dépend vraiment des différentes phases de développement de l'enfant, depuis la naissance jusqu'à l'adolescence."

La malnutrition est un problème majeur dans le monde et elle est responsable de retards de croissance importants tout au long du développement. Barbara Heude.

Pourquoi peut-on constater une différence dans les tailles par exemple entrela France et les Pays-Bas ? Les Pays-Bas sont dans le haut de la fourchette en matière de taille des individus et il n'y a pas véritablement de différences notables en matière d'alimentation. Comment expliquer, dans ces conditions, qu'il y ait quasiment 10 cm d'écart entre la taille des hommes en France et aux Pays-Bas à 19 ans ? 

Barbara Heude : "On arrive plus facilement à expliquer les différences entre la Chine et la France, qu’entre la France et les Pays-Bas, d'un point de vue nutritionnel. Quand des pays sont proches, on peut « incriminer » des facteurs plus génétiques. Mais peut-être qu'on peut aussi aller chercher, quand on a des zones géographiques plus resserrées, d’autres types d’inégalités. Au sein d'un même pays, on peut bien sûr penser qu'il y a de fortes inégalités. En Chine, par exemple, il y a une différence très forte entre les zones rurales et urbaines, mais c’est aussi le cas en France, où il existe des inégalités régionales et sociales importantes. Il faut rappeler que, en France, un enfant de moins de 3 ans sur cinq vit sous le seuil de pauvreté et que les arbitrages budgétaires des familles en situation de précarité se font très souvent au détriment de l'alimentation. L'insécurité alimentaire des familles est une réalité en France, une réalité à laquelle il faut lutter. Peut-être que ces inégalités françaises, font qu’on observe encore des différences aussi au niveaueuropéen."

L'étude du Lancet

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • chargée de recherche en épidémiologie à l’Inserm.
L'équipe
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