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File d’attente devant un laboratoire pour des tests PCR à Paris le 4 septembre 2020.

Tests covid : quelle stratégie pour un dépistage massif ?

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Avec un million de tests de dépistage du covid par semaine, la cadence est difficile à suivre pour les laboratoires français. Comment dépister plus massivement et plus rapidement ? Quelles stratégies adopter ?

File d’attente devant un laboratoire pour des tests PCR à Paris le 4 septembre 2020.
File d’attente devant un laboratoire pour des tests PCR à Paris le 4 septembre 2020. Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Des files d’attente devant les laboratoires, plusieurs jours avant d’obtenir les résultats, le personnel de biologie médicale sous tensions… avec un million de tests de dépistage du covid par semaine, la cadence est difficile à suivre pour les laboratoires français. Alors que la situation épidémiologique se dégrade, le gouvernement a annoncé, vendredi 11 septembre 2020, un renforcement des circuits de dépistages pour pouvoir mieux contrôler la propagation du virus. Comment, sur le terrain, est-il possible d’accélérer la stratégie de dépistage ? Faut-il ouvrir la voie à de nouvelles techniques ? Comment prioriser ? 

Guillaume Erner reçoit François Blanchecotte, président national du Syndicat Des Biologistes.

L’organisation des filières d’accès

La situation des laboratoires, évidemment, est préoccupante puisque nous avons de plus en plus de Français qui souhaitent venir se faire dépister. On a essayé d'avoir une discussion constructive avec le ministère de la Santé et des Solidarités pour essayer de voir si on ne pouvait pas créer plusieurs filières d'accès.

La première étant une filière un peu diagnostique, très rapide, permettant de prendre en charge les malades avec des symptômes (ou quand vous êtes cas contacts) et de s'engager sur la durée de rendu du résultat - c'est-à-dire 48 heures maximum. 

Et puis, créer des filières de dépistage massif dans lesquelles nous pourrions avoir un petit peu plus de latitude pour rendre les résultats et pouvoir accueillir des Français dans des structures plutôt solides pour l'hiver qui les protègent et que l'on puisse récupérer les files d'attente - parce que l'hiver arrivant, ces files d'attente ne pourront pas rester dehors.

Comment expliquer les délais d’attente ?

Il y a plusieurs facteurs qui sont arrivés. D'abord, la croissance très rapide ces dernières semaines, de l'ordre de 20 % de tests en plus chaque semaine. Quand vous avez des machines qui sont limitées pour utiliser un certain nombre de tests par heure, vous devez augmenter votre parc matériel. Donc ça, c'est ce que nous sommes en train de faire pour se mettre en adéquation avec la demande. Et puis, d'autre part, pour les personnels, évidemment, nous avons dû embaucher : embaucher quelqu'un, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut le former aussi à des techniques particulières. Et donc là, les laboratoires ont recruté massivement des gens. Mais le temps que le système se mette en place, c'est vrai qu'on a deux ou trois ou quatre semaines qui vont être difficiles, où on voit bien les délais qui s'allongent, les files d'attente qui s'allongent. Je pense qu'on a eu la même chose que lorsqu'on a commencé ces diagnostics vers fin mars, début avril (2020). On a eu la difficulté de se mettre en route. Aujourd'hui, on a la difficulté de répondre à la demande. Certains laboratoires aujourd'hui prélèvent les covid et ensuite les transmettent à des plateformes. Aujourd'hui, les plateformes ont un certain nombre de dossiers en attente dans les frigos avant de rendre les résultats. 

Les situations sont toutes particulières pour les délais d’attente. Tout ce qui est SOS médecins ou autres urgences ou opérations, on essaie de les rendre dans la nuit ou le lendemain matin pour que les gens soient opérés rapidement. Évidemment, pour ne pas attendre particulièrement. Et puis sinon, le reste du temps, c'est aujourd'hui à peu près au moins une semaine avant d'avoir les résultats. 

Les conséquences de la politique de très grande ouverture des tests

Il fallait certainement prévoir les moyens et ensuite faire l'annonce. On a eu l'annonce d'abord. Et puis maintenant, les moyens, il faut les mettre en adéquation. Tout ça n'a pas été forcément pensé au départ. Maintenant, on travaille beaucoup plus avec les ARS - en général, on a des réunions toutes les semaines. On essaie de voir sur le terrain, localement, au plus près des problèmes et des soucis, comment on peut les résoudre avec tous les laboratoires privés et publics. C'est certainement plus compliqué. L'annonce nous a surpris comme tout le monde. Elle a été très rapide et en fait, on n'était pas forcément prêts à absorber le nombre de patients.

Qui devrait aller se faire tester ?

Les personnes qui ont été en contact avec quelqu'un d’avéré positif. Ça, c'est essentiel. Vous l'avez vu dans les maisons de retraite, vous l'avez vu chez les gens dans les Clusters qui naissent. C'est très important pour essayer de limiter le nombre de personnes à qui vous pouvez transmettre le virus. Ensuite, il y a plein de maladies qui commencent à arriver (respiratoires ou autres) et c'est vrai que pour les gens qui ont de la fièvre, des douleurs cervicales, des maux de tête, etc. il faut vraiment venir parce que ça, c'est du signe clinique. Il faut voir les médecins et reprendre cette filière médicale absolument.

Sans symptôme, sans être cas contact, faut-il se faire tester ? 

S'abstenir, c'est difficile parce que je pense qu'il y a effectivement beaucoup de Français qui ont une inquiétude. On le voit quand on fait des interrogations dans les files d'attente : on a à peu près un Français sur quatre qui vient pour voir, pour se rendre compte si oui ou non, il est porteur du virus. Mais comme tout le monde le rappelle, ce qui est important, c'est votre comportement. Est-ce que vous avez un comportement à risques ou pas ? Chaque Français le sait. Si vous êtes en contact (comme on a vu la liesse à Marseille) si vous êtes en contact avec des gens qui l'ont, dont vous ne savez pas (s'ils ont le virus ou non) ou que vous ne les connaissez pas, qu'ils peuvent être porteurs du virus, c'est évident que ce comportement-là est à risque et donc vous devez vous faire tester. Maintenant, si vous êtes chez vous, vous voyez très peu de gens, vous n'avez aucun signe clinique, vous faites attention, vous portez votre masque, vous vous lavez les mains quand vous allez partout, le comportement n'est pas à risque, donc ce n’est peut-être pas la peine, ce jour-là, de venir vous faire tester. 

Vers de nouveaux tests ?

Ce qui est dans le tuyau, c'est simple. C'est premièrement, on peut simplifier votre prélèvement nasopharyngé qui peut-être des fois douloureux, peut être d'ailleurs refusé (on peut faire peur à des gens qui ne viendraient pas). Et donc on va avoir l'autorisation dans les quelques semaines qui viennent, d'utiliser un prélèvement salivaire - ce qui est moins compliqué, moins difficile à faire à n'importe quel âge de la vie. Et donc, ce qui pourrait accélérer et ne faire pas peur aux gens. Deuxièmement, il existe des tests antigéniques, c'est-à-dire des tests où vous pourriez voir si vous avez le virus. Réponse, en 15 minutes maximum, vous pouvez avoir un résultat. Ce qui pourrait être intéressant lorsque vous prenez l'avion, de ne pas attendre, de pouvoir décoller ou pouvoir entrer dans un stage, dans une maison… si vous avez besoin d’une réponse très rapidement.

Il reste une dernière chose : ce sont des tests qui permettent de faire l'orientation vers le virus, qu'on appelle effectivement les fameux tests salivaires dans lesquels vous auriez la possibilité d'avoir ce résultat en moins d'une heure.

Les scientifiques se sont engagés à avoir des réponses très rapides avant fin septembre. Donc on est vraiment partis pour résoudre et essayer de résoudre ces problèmes au cours du mois de septembre. 

A propos des tests sérologiques : On s'est rendu compte dans les laboratoires qu'on en fait à peine 5 % de la masse de PCR - on a dépassé évidemment les 3 - 4 millions de PCR. On doit faire 150 000 - 200 000 tests sérologiques. Ça n’apporte pas de réponse suffisamment sérieuse. On voit que la sérologie évolue. C'est très fragile. On ne sait pas si les anticorps ont vraiment une notion de protection, s’ils restent longtemps chez un individu et s’ils repartent. Il y a vraiment beaucoup de sujets. C'est très intéressant d'ailleurs du point de vue scientifique, mais ça n'apporte pas une réponse suffisamment claire et ponctuelle pour pouvoir être sûr de ce qu'on fait.

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