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Montage photo avec Donald Trump et Joe Biden datant du 23 octobre 2020.

Transition politique aux Etats-Unis : jusqu’où Trump peut-il aller ?

9 min
À retrouver dans l'émission

"Il a gagné parce que l'élection était truquée", a tweeté Donald Trump, dimanche 15 novembre (2020), avant d'écrire à nouveau "I WON THE ELECTION!". Le président américain n’a toujours pas reconnu sa défaite. Jusqu'où peut aller ce déni de réalité ?

Montage photo avec Donald Trump et Joe Biden datant du 23 octobre 2020.
Montage photo avec Donald Trump et Joe Biden datant du 23 octobre 2020. Crédits : JIM WATSON, MORRY GASH - AFP

Aux Etats-Unis, les résultats de tous les Etats américains sont désormais connus, dix jours après l'élection présidentielle du 3 novembre (2020) et donnent Joe Biden gagnant. Pourtant, Donald Trump se refuse toujours à reconnaître sa défaite, dénonçant des fraudes électorales. Ses partisans ont manifesté le week-end du 15 novembre (2020) pour contester eux aussi les résultats du scrutin. Vendredi (13 novembre 2020), un conseiller économique de Donald Trump laissait entendre que la maison blanche se préparait à travailler comme s’il y avait un second mandat de Donald Trump. Jusqu’où peut aller le déni des résultats ? Comment préparer la transition politique dans ces conditions ? 

Guillaume Erner reçoit Adam Nossiter, journaliste, chef de bureau du New York Times à Paris, a couvert la politique intérieure américaine pendant 20 ans pour divers journaux.

Quelle est la stratégie de Donald Trump ? 

Adam Nossiter : "L’essentiel, c'est que monsieur Trump résiste toujours à admettre sa défaite et il semble plus tranché que jamais dans sa position.  Tous ses conseillers les plus proches lui conseillent de résister. On est à la case départ."

"Difficile de dire quelle est la stratégie suivie par Donald Trump. La seule chose qu'on peut dire, c'est que, une fois de plus, il me semble que ce monsieur démontre son mépris pour la démocratie et pour les institutions. "

Adam Nossiter poursuit : "Ensuite, c'est vrai que Mr. Trump n'a jamais admis la possibilité de sa défaite tout au long de la campagne. C'est le pire mot de son lexique : la défaite. Il ne veut pas être qualifié de « looser ». C'est vrai aussi que pendant la campagne, ses conseillers lui cachaient les sondages qui montraient qu’il va perdre. Cette réalité là - il est toujours dans le déni - il ne l’a jamais admise, même connue".  

Pendant la campagne, ses conseillers lui cachaient les sondages qui montraient qu’il va perdre. Cette réalité là, il ne l’a jamais admise, même connue. Adam Nossiter

On s'interroge pour savoir s'il s'agit d'une réaction épidermique ou bien s'il y a une volonté, par exemple, de s'inscrire dans le paysage politique américain. Peut-être que ce qu’imagine Donald Trump, c'est de pouvoir revenir en 2024 ?

Adam Nossiter : "Oui, je crois que ça joue en partie. Il essaie, il me semble, de se légitimer auprès de ses supporteurs pour 2024. Il rameute la meute en quelque sorte. Il leur donne la force pour scander leur slogan « Arrêtez l'arnaque », et ça les encourage. Il ne faut pas oublier quand même que Donald Trump a reçu quelque 60 millions de voix. Ce n'est pas rien.  Donc, il voit dans ce soutien la possibilité d'une sorte de renaissance politique en 2024."

La position du parti républicain 

Pour le parti républicain, est-ce qu’envisager Trump comme candidat possible pour 2024 est une option ou bien au contraire, est-ce qu'il s'en désolidarise ?  

Adam Nossiter : "S’il s'avère que Donald Trump préserve son soutien, le parti républicain ne verrait aucun problème pour le soutenir une fois de plus. S'il semble que Trump va être gagnant, alors là, les jeux sont faits. Les républicains vont se ranger très sagement derrière lui."

Je crois que le parti républicain, en 2024, va l'accepter s'il s'avère que Trump peut être le gagnant. Adam Nossiter

Adam Nossiter rappelle ceci : "Déjà, on voit que les plus hauts responsables du parti républicain ne contestent pas le déni de Donald Trump qu'il a perdu l'élection. Les gens comme Mitch McConnell, leur leader au Sénat, dit en continu que Trump est dans son droit pour contester les résultats. Je crois que le parti républicain, en 2024, va l'accepter s'il s'avère que Trump peut être le gagnant."

Le 14 décembre : vote des grands électeurs 

Faut-il s’attendre à ce que Trump reconnaisse sa défaite je jour du vote des grands électeurs, le 14 décembre 2020 ? 

Adam Nossiter : "On ne peut que l'espérer. Mais une fois de plus, Trump est dans la projection de son déni de la réalité et ses théories du complot sur lesquelles il se nourrit. Donc, peut-être qu’ il va trouver, de nouveau, le 14 décembre, des arguments pour ne pas céder. En tout cas, c'est une situation extrêmement dangereuse pour les Etats-Unis. Trump refuse à Joe Biden, le gagnant, les briefings qui sont indispensables pour effectuer la transition."

Le refus du départ peut-il durer ? 

Si Trump refuse de quitter la Maison blanche, existe-t-il, par exemple, une procédure pour le faire partir ? 

Adam Nossiter : "Non, c'est complètement inédit. La seule chose qu'on peut dire c’est que Joe Biden, à sa manière, a expliqué très calmement que si Trump refuse, il n'y aurait aucun problème à l'escorter manu militari de la Maison Blanche le 20 janvier (2021), le jour de son inauguration (jour de la prise de fonction officielle de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis)."

Joe Biden a expliqué très calmement que si Trump refuse de partir, il n'y aurait aucun problème à l'escorter manu militari de la Maison Blanche le 20 janvier (2021). Adam Nossiter

Mais si Trump refuse de transmettre les informations, s'il y a des difficultés pour prévoir le mandat prochain, que faire ? 

Pour Adam Nossiter : "On ne peut que se fier à l'exemple que donne Joe Biden à l'heure actuelle : il procède calmement à organiser sa prochaine administration, il ignore les manigances de Trump et dit avec beaucoup de justice que c'est lui qui est élu président. Joe Biden n' en a cure des actions de Trump. Ce sont deux voies parallèles, en quelque sorte, l'un qui procède calmement, l'autre qui émet ses tweets et rameute sa base."

Les poursuites judiciaires 

Adam Nossiter : "On sait que Trump est poursuivi dans plusieurs endroits, dans des affaires très sérieuses. Il a tout à craindre une fois qu'il quitte le pouvoir d'être mis en justice. C'est exactement la même logique que j'ai personnellement vue quand j’ai couvert l'Afrique. Les chefs d'État africains se maintenaient au pouvoir par peur d'être mis en accusation. C'est la même logique chez Trump. Ça me rappelle beaucoup les procédures de Laurent Gbagbo, par exemple, en Côte d'Ivoire."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • journaliste américain, chef du bureau parisien du New-York Times
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