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Donald Trump s'est rendu dans l'Etat conservateur du Nebraska où les voix pourraient être décisives en cas de scrutin serré.

Trump peut-il encore gagner ?

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Donald Trump assure qu’il a toutes ses chances aux prochaines élections américaines.

Donald Trump s'est rendu dans l'Etat conservateur du Nebraska où les voix pourraient être décisives en cas de scrutin serré.
Donald Trump s'est rendu dans l'Etat conservateur du Nebraska où les voix pourraient être décisives en cas de scrutin serré. Crédits : Brendan Smialowski - AFP

Le président sortant espère en effet une répétition du scénario de 2016 où il avait remporté la victoire sans que personne ou presque ne l’envisage vraiment. Alors que le scrutin final approche, les sondages donnent à nouveau son adversaire démocrate largement favori. Joe Biden compte en effet sur une participation qui s’annonce importante. Sauf que cette fois-ci, qui ose jurer qu’il n’y aura pas de surprise ? Maintenant qu’on sait qu’on ne peut pas savoir, la question se pose plus sérieusement qu’il y a quatre ans : Trump peut-il encore gagner ?

Avec Anne Deysine, juriste, spécialiste des Etats-Unis, autrice de “Les Etats-Unis et la démocratie” (L’Harmattan, 2019).

Guillaume Erner :  "Il y a différents scénarios qui pourraient donner une victoire à Donald Trump. Tout d'abord, il y a bien évidemment le fait que même si il est donné perdant dans les sondages, il y a une marge d'erreur. Aussi le fait qu'il y a un mode de scrutin particulier aux Etats-Unis. "

Anne Deysine : "Oui, bien sûr, nous avons tous le choc de 2016. Et donc on se dit qu'il va peut être gagner puisqu'il l'a fait en 2016. Pourquoi a-t-il pu le faire ? Parce qu'il y a un collège électoral. Donc, il ne suffit pas d'avoir la majorité du suffrage populaire. Il faut faire basculer grâce au système uninominal à un tour les petits États ou les États qui comptent, et en particulier la Pennsylvanie avec 20 grands électeurs."

Guillaume Erner : "Faites-nous le détail de ces Etats qui vont être particulièrement cruciaux pour le scrutin à venir ?"

Anne Deysine : "Les trois États qui ont donné la présidence à Trump la fois dernière sont la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. 20, plus le Wisconsin 16 plus le Michigan : 10 grands électeurs . Donc, la grande question, si on se met du côté de Biden, c'est : peut-il remporter la présidentielle s'il perd la Pennsylvanie ? Parce que il est bien en avance, au delà de la marge d'erreur à priori dans le Wisconsin et dans le Michigan. Parce que ce qui a posé problème en 2016, c'est que d'abord, les sondeurs avaient trop considéré que les électeurs avaient fait des études supérieures et donc, dans ce cas là, ils les ont fait voter dans les prévisions de vote pour Clinton. Et en fait il y avait beaucoup de ces Blancs, de ces États, qui n'avaient pas fait d'études supérieures et qui se sont prononcés pour Trump. Donc ceci a été rectifié dans la procédure de sondage cette fois-ci."

Guillaume Erner : "Oui, c'est ce qu'on appelle les redressements. C'est à dire la cuisine sondagière une fois que le sondage a été fait... parce que ça peut surprendre que les sondeurs bricolent comme ça les chiffres..."

Anne Deysine : "Oui et non. C'est une bonne chose. Ils essaient de coller à la réalité du terrain, si j'ose dire. Et l'autre chose qui a changé, c'est que Biden est régulièrement au dessus de 50. Alors que Hillary Clitnont avait à peu près le même écart avec 30, mais elle était en dessous de 50. Et Trump était encore plus bas. Donc, il y a des éléments qui font penser que Biden devait emporter aussi la Pennsylvanie. Mais ça, c'est pas sûr. 

La question c'est ; peut-il gagner sans la Pennsylvanie? Alors dans ce cas là, il y a un plan B. Et si certains se demandent ce qu'il va faire en Arizona, l'Arizona, qui était traditionnellement très républicain, est hantera. Et c'est en partie dû à beaucoup d'Hispaniques qui sont installés et qui sont très, très fâchés par la politique anti-immigration de Trump et la façon dont ils traitent les familles, les enfants, etc. Cet État d'Arizona est en train de devenir bleu, de devenir un peu démocrate. Dans ce cas là, ça lui fera un plan B. Il obtiendrait les fatidiques 270 grands électeurs grâce à l'Arizona et a une petite voix un peu compliquée du Nebraska. Et donc, il arriverait à 270. Cela étant, si on veut être un peu plus optimiste, les sondages laisserait penser que Biden aurait beaucoup plus. Parce que si on fait le raisonnement à l'envers, je pense que Trump ne peut pas gagner s'il perd la Floride. Aujourd'hui Biden est un peu en avance. Mais il est à 49 contre Trump 45, c'est à dire en dessous du seuil de 50 dont je parlais à l'instant."

Guillaume Erner : "On voit aussi qu'il y a traditionnellement ce que l'on appelle un gender gap. Autrement dit, une différence entre le vote des hommes et le vote des femmes. Particulièrement pour les républicains où généralement, il y a plus un vote masculin qu'un vote féminin. Comment ça se passe aujourd'hui dans les prévisions pour le vote Trump ?

Anne Deysine : "Pour le vote Trump, ce n'est pas une bonne nouvelle parce que les femmes l'ont abandonné massivement et elles se prononcent à 60 / 63. Vous savez, selon les différents sondages pour Biden. Là aussi, elles sont très fâchés de son comportement, de son attitude lors du premier débat, etc. Et l'autre tranche d'âge qui avait fait élire Trump, ce sont les séniors. Et les séniors sont aussi furieux du fait que le président considère qu'ils sont une variable d'ajustement. Que la  priorité, c'est de réouvrir l'économie et que s'il meurt quelques milliers d'entre eux, comme il l'a dit à un moment, c'est la vie."

Guillaume Erner : "Mais qu'est ce que ça veut dire? Ça veut dire que le cœur de l'électorat de Donald Trump aujourd'hui, ce sont les hommes blancs ?"

Anne Deysine : "Complètement. Non seulement les hommes blancs, mais les hommes blancs qui n'ont pas fait d'études supérieures.Parce que les femmes blanches qui n'ont pas fait d'études supérieures qui avaient voté pour Trump, sont maintenant du côté de Biden. Il a grande majorité des femmes qui ont fait des études supérieures. Mais il est même bien placé avec ces femmes qui ne sont pas allés à l'université et les minorités."

Guillaume Erner : "Vous avez parlé des Latinos américains, ceux ci ont été heurté par la politique anti-migratoire de Donald Trump. Ils ne voteront pas majoritairement pour Trump. L'autre question, c'est la mobilisation de l'électorat noir contre Donald Trump."

Anne Deysine : "Oui, les Hispaniques. Je veux néanmoins y revenir. Parce que dans l'Arizona, ils vont voter pour Biden. Mais Biden n'est pas bien placée avec les Hispaniques. C'est la seule tranche de population pour laquelle il est moins bien placé que Hillary Hinton. Curieusement, malgré ses politiques anti-immigration, Trump est relativement bien placé chez certaines parties des Hispaniques. Parce que les Hispaniques, ce n'est pas un bloc monolithique. Si on regarde la Floride, il y a une position totalement opposée entre les Hispaniques qui viennent de Puerto Rico, qui penchent du côté de Biden, et ceux qui viennent de Cuba, qui sont instrumentalisés par trois hommes qui expliquent que ce que va mettre en place Biden, c'est le communisme. Or, quand on vient de Cuba, que l'on a quitté Cuba, on veut surtout échapper au communisme. "

Guillaume Erner : "C'est ce qui explique en fait cet apparent paradoxe. Pour les autres votes minoritaires, le vote noir notamment. Là, la question, c'est la mobilisation. Que sait-on à ce stade du vote de l'électorat noir ?"

Anne Deysine : "L'électorat noir est bien mobilisé, plus qu'en 2016. L'électorat noir est bien mobilisé, plus qu'en 2016. Obama a mis tout son poids dans la balance et Michelle Obama également. Simplement, il y a des campagnes de désinformation à destination des Noirs en leur disant que 'ça ne sert à rien de voter. Puis, vous savez, ces démocrates vous prennent pour acquis'. Et en fait, les seuls qui résistent bien à ces campagnes de désinformation sont les femmes. Les femmes noires se sont déplacées massivement, déjà en vote anticipé, en vote par correspondance et continuent de le faire. Elles représentent une part - je ne pas le chiffre exact - mais une part non négligeable de ces près de 70 millions d'électeurs qui se sont déplacées pour voter avant le jour de l'élection, pour être sûr que ils vont pouvoir voter et qu'avec un petit peu de chance, leur bulletin sera dépouillé et pas volé ou brûlé par les partisans de Trump."

Guillaumer Erner : "Puis il a été évoqué également le fait qu'un certain nombre de personnes soient découragées de voter..."

Anne Deysine : "Tout ceci fait partie d'un processus dont je parle dans mon livre sur la démocratie, qu'on appelle en anglais voter suppression. C'est une stratégie des républicains. Depuis une vingtaine d'années, ils ont compris que la démographie était contre eux, que la guerre culturelle allait contre eux. Donc qu'il s'agissait d'empêcher de voter le maximum de personnes qui auraient tendance à voter démocrate. Alors, on va exiger une pièce d'identité bien particulière qui fait peur aux Noirs, parce que les Noirs ont toujours cette crainte de l'autorité et qui, de toute façon, est difficile à obtenir, car il faut aller dans un bureau qui n'est ouvert que le mardi, de 13 heures à 14 heures, bien loin de tout transport en commun. On va purger des listes d'électeurs simplement parce qu'ils n'ont pas envoyé un petit papier disant qu'il habitait bien à la même adresse. On va supprimer des bureaux de vote. Et c'est ce qui explique par exemple cette année des queues de dix heures en Géorgie. Il faut quand même être très, très motivé. Et donc, les Noirs dont on parlait à l'instant ont attendu en ligne pendant une pandémie 10 heures parce que le gouverneur républicain a supprimé un nombre important de bureaux de vote et surtout, bien sûr, dans les comtés qui ont tendance à voter démocrate."

Guillaume Erner : "Donc, en conclusion d'Eysines, on voit qu'il y a un chemin pour Donald Trump. S'il y a donc un espace pour lui pour remporter cette élection. Mais c'est un chemin étroit."

Anne Deysine : "Cela étant, il y a très peu de présidents qui n'ont pas été réélus récemment. Simplement Carter et George Bush. Généralement, il y a une corrélation avec la Bourse. Hier, elle a chuté, mais elle n'était pas si mauvaise que cela. Et puis, quand on regarde les inscriptions sur les listes électorales dans deux États pivots, la Pennsylvanie et la Caroline du Nord, on se rend compte qu'il y aurait encore un réservoir de ces personnes qui trouvent que Trump est un génie. Bien sûr, j'ai des problèmes avec cela, mais ça veut dire qu'on ne peut absolument pas rayer Trump de la carte."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Bibliographie

Intervenants
  • professeure émérite de droit et de civilisation américaine à l’Université Paris-Nanterre
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