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Pubis rainuré et chevaux finement gravés (ceux-ci sont soulignés pour la lisibilité).

Une origine du monde préhistorique : à quoi pensaient les hommes et les femmes du paléolithique ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Trois sillons creusés dans la roche dessinent l'équivalent préhistorique de l’origine du monde.

Pubis rainuré et chevaux finement gravés (ceux-ci sont soulignés pour la lisibilité).
Pubis rainuré et chevaux finement gravés (ceux-ci sont soulignés pour la lisibilité). Crédits : Emilie Lesvignes

Dans un abri en grès de Fontainebleau au milieu de gravures abstraites, on distingue une vulve gravée au paléolithique par la main de l’homme. Une vision qui nous transporte parmi les femmes et les hommes qui peuplaient ce lieu il y a près de 20 000 ans. A quoi pensaient les hommes et les femmes du paléolithique ?

Avec Emmanuel Guy, Historien d’art paléolithique. Auteur de “Ce que l’art préhistorique dit de nos origines” (Flammarion, 2017)

Guillaume Erner : "Emmanuel Guy pouvez-vous Il faut d'abord nous décrire cette gravure ?"

Emmanuel Guy : "Vous avez effectivement trois fissures naturelles qui décrivent un pubis. Et puis, de part et d'autre, de manière symétrique, vous avez deux chevaux en profil droit qui sont situés de chaque côté de cette vulve, qui est qui est une représentation naturelle à l'origine, qui semble avoir été par ailleurs soulignée ou aménagée un petit peu pour pouvoir renforcer encore cette représentation."

Guillaume Erner : "Et donc, tout cela se trouve dans une grotte à Fontainebleau ?"

Emmanuel Guy : "Les gens qui ont l'habitude de faire de l'escalade ou de la randonnée connaissent bien le coin, puisqu'en fait, on est dans les chaos gréseux de Fontainebleau, là où les gens font de la varappe. Et ces cahots constituent des petits abris. Ce ne sont pas des grottes au sens des grandes cavités qu'on peut avoir dans le Sud-Ouest, mais ça correspond à des petits abris dans lesquels on peut rentrer, souvent en rampant, en se glissant, parce que c'est quand même tout de même très étroit. Et donc, ce chaos, en l'occurrence, cet abri plutôt, abrite cette gravure qui est très singulière  par rapport au paysage ambiant puisque, comme vous l'avez dit, on est dans un site qui a été largement occupé au Mésolithique, c'est à dire à la fin, à l'extrême fin du Paléolithique supérieur. On peut dire à la fin de la période qui fait la transition entre le Paléolithique supérieur et les premières sociétés d'agriculteurs. Donc, on est vraiment chez les derniers chasseurs cueilleurs. Or, cette gravure est bien plus ancienne. Elle a été réalisée à peu près 10.000 ans plus tôt par les chasseurs cueilleurs du Paléolithique, à une époque qui correspond tout à fait à la période de Lascaux si vous voulez. Autour du vingtième millénaire."

Guillaumer Erner : "C'est une découverte récente à la fois cette grotte et ses sculptures qui renvoient évidemment à l'origine du monde ?"

Emmanuel Guy : "Oui, c'est une découverte à la fois récente... La découverte elle-même remonte au début des années 80. Il faut imaginer sans doute que l'on a affaire à un résidu de l'art paléolithique et que l'abri n'était sans doute pas le seul abri gravé. C'est ça aussi qui a rajouté à la singularité des choses. C'est que, en fait, on a ce panneau extrêmement spectaculaire qui est très isolé dans un environnement mésolithique et qui se traduit par des gravures d'un style très différent, qui sont  presque totalement abstraites, disons avec eux, qui représentent quelques petits animaux. Mais essentiellement, ce sont des entailles très profondes qui décrivent des quadrillages, etc. Et puis, au milieu de tout ça, vous avez cette représentation qui, par ses propriétés à la fois thématiques et stylistiques, je dirais même presque scénographiques, renvoie tout à fait à ce qu'on connaît de l'art paléolithique en général."

Guillaume Erner : Que peut nous dire cette œuvre de nos ancêtres du Paléolithique avaient dans leur esprit respectif ?

Emmanuel Guy : "Nos capacités d'interprétation demeurent très limitées puisqu'on a les images. Mais on n'a pas n'a pas les textes. Il y a quand même des données qu'on peut extraire et qui sont intéressantes. Le fait qu'on ait cet art très septentrional par rapport à une tradition qui est plutôt localisée dans le sud-ouest de la France, qui montre encore le fait que cet art n'est pas du tout un art de l'improvisation ou de la spontanéité. On a à faire à des _images extrêmement codifiées__, des symboles qui se sont diffusés sur des distances très spectaculaires. P_arfois beaucoup plus spectaculaires encore que le cas présent ici. Puisque si on parle du style de Lascaux, on a des exemples jusque dans le centre de la péninsule ibérique ou jusque dans les Pouilles, donc vous voyez que ça fait quand même très loin. Mais on a là encore un exemple de cette capacité du style et des symboles à voyager très loin dans le temps, qui quand même ose question. Et aussi, je dirais, l'incroyable élégance de ce dessin et la qualité de dessin très, très, très spécifiques à ces artistes du Paléolithique qui posent la question de leur statut social. Le fait même de parler d'artiste n'est pas totalement anachronique. Donc ça pose des questions d'ordre sociologique puisqu'on a tendance à voir ces sociétés comme nécessairement très égalitaires, avec des savoirs très interchangeables. Or, là, la maîtrise de la qualité de dessin pose quand même question sur la possibilité que des individus étaient spécialement si vous voulez désigner, pour s'occuper de cette activité."

Guillaume Erner : "La manière dont ces peintures, à la même époque, renvoient à des manières de faire qui sont semblables en apparence. Comment l'expliquez vous ?"

Emmanuel Guy : "Il est très probable que ces images étaient quand même en résonnance, en relation directe avec les échanges sociaux que ces groupes nomades ou supposés nomades pouvaient entretenir les uns avec les autres. Du coup, effectivement, les distances qui concernent Lascaux et Fontainebleau n'ont rien de d'invraisemblable. Mais il est certain que y avait vraiment quelque chose sans doute dans la transmission, dans les échanges sociaux qui ont permis le fait que des images stylistiquement absolument identiques, puissent se retrouver sur des distances aussi importantes."

Guillaume Erner : "Est-ce que cette scène originelle est déjà quelque chose qui concourt au sacré ou à l'érotisme chez les hommes des cavernes ?"

Emmanuel Guy : "On peut penser que la dimension sexuelle, érotique, n'est pas absente de tout ça. Il faut savoir que les représentations de ce type, c'est à dire _les représentations de sexes féminins apparaissent très tôt dans l'art paléolithique_.  Parfois sous forme de pur signe, comme un pubis qui se promène sur la paroi d'une grotte, mais aussi sous forme de ce qu'on appelé des Vénus, c'est à dire des petites statuettes de femmes avec des attributs sexuels très hypertrophiés. On voit bien que cette question-là est centrale puisqu'elle va perdurer pendant 25 millénaires. C'est à dire pendant toute la durée du paléolithique supérieur. [...] La notion d'érotisme n'est sans doute pas absente. On peut penser qu'il y a une symbolique plus complexe que ça. Mais il est évidemment très difficile d'aller au-delà."

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