LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Photo d’un résident dans un EHPAD à Bergheim en France, prise le 14 avril 2020, lors du premier confinement.

Vaccination en EHPAD : comment établir le consentement chez les personnes vulnérables ?

9 min
À retrouver dans l'émission

Les établissements d’hébergement et résidences pour personnes âgées seront prioritaires dans la stratégie vaccinale contre le covid. Mais certains résidents sont dans l'incapacité de formuler leur consentement. Comment procéder ?

Photo d’un résident dans un EHPAD à Bergheim en France, prise le 14 avril 2020, lors du premier confinement.
Photo d’un résident dans un EHPAD à Bergheim en France, prise le 14 avril 2020, lors du premier confinement. Crédits : SEBASTIEN BOZON - AFP

Le gouvernement doit présenter sa stratégie vaccinale, mercredi 16 décembre 2020 à l’Assemblée Nationale, jeudi 17 décembre 2020, au Sénat. Les établissements d’hébergement et résidences pour personnes âgées seront prioritaires. Particulièrement touchés par la pandémie, les EHPAD dénombrent plus de 24 000 morts dus au covid. La vaccination devrait y démarrer en janvier 2021. Une vaccination non obligatoire mais néanmoins primordiale pour des personnes vulnérables, qui ne sont pas toujours en mesure de donner leur consentement.

Guillaume Erner reçoit Michèle Lévy-Soussan, médecin responsable de l’unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs, co-animatrice de la cellule de support éthique, sur le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Sorbonne Université.

Le recueil du consentement 

Les résidents d’EHPAD représentent plus de 40% des décès dus au covid. Certains sont séniles, atteints d'une maladie neurodégénérative. Comment établir leur consentement à la vaccination ? 

Le consentement est la pierre angulaire de l'éthique médicale. Michèle Levy-Soussan

Michèle Levy-Soussan : "La population des personnes âgées en résidence, en EHPAD, concentre le problème principal du recueil du consentement - et c'est avec eux que nous allons commencer à penser cette stratégie vaccinale. Une personne sur deux est atteinte de troubles cognitifs sévères. Or, le consentement est la pierre angulaire de l'éthique médicale. Pour mémoire, c'est avec Nuremberg que la notion de consentement aux soins apparaît avec force, pour rappeler que le malade est une personne humaine et que le recueil du consentement consacre sa liberté. Or, là, on se retrouve comme avec beaucoup d'autres patients en EHPAD et ailleurs, face à la question du recueil. Il faut savoir que le consentement est devenu aujourd'hui central dans bon nombre de lois, de règlements. Or on ne soigne pas avec des lois. On soigne dans une clinique, dans une présence responsable, à l'écoute du patient, à recueillir ce qu'il peut manifester, bien sûr, après l'avoir informé de la visée du soin, des risques du soin. Et c'est avec tout ça que l'on va chercher à recueillir son consentement. " 

Michèle Levy-Soussan poursuit : "Je pense que ce ne sont pas des mesures de recueil de consentement par écrit qui vont nous garantir quoi que ce soit. L'expression du consentement de la personne : il faut être attentif à tout ce qu'elle peut manifester et les cliniciens, l'aide soignante et toutes les personnes qui travaillent auprès du patient, sont là pour recueillir ce consentement."

Des problèmes d'ordre juridique, des risques de poursuites devant la justice ? 

Michèle Levy-Soussan : "C’est justement en faisant un pas de côté vis-à-vis de cette inquiétude de la judiciarisation que l’on sera au plus proche de ce qui est bon, souhaitable pour et avec la personne vulnérable. C'est-à-dire que cette inquiétude aujourd'hui très présente vis-à-vis du risque judiciaire, ne doit pas commander notre attitude clinique. Elle doit toujours être dictée par le respect de la personne humaine, du malade comme personne humaine, à la recherche de son consentement."

Comment s’y prendre concrètement ?  

Michèle Levy-Soussan : "C’est toute la complexité de l'humain. Autant le droit connaît des catégories binaires (on est en mesure ou on n'est pas en mesure de se déterminer) mais on sait bien que la complexité humaine est beaucoup plus nuancée. Dans une même journée, on peut passer par différents états de oui, de non, d’approbation, de refus, d'opposition. Et donc, c'est bien là, dans cette réalité de l'humain, qu'il nous faut inscrire le soin.  Comment ? Bien sûr en essayant déjà d'inscrire ça dans une relation de confiance. Une relation de confiance qui s'inscrit dans une histoire. Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, parfois, avec des équipes qui changent toujours, c'est très important d'avoir des transmissions, d'avoir vraiment un récit de la personne pour pouvoir s'appuyer et bien sûr, dans la confiance avec les familles, pour pouvoir appuyer ce consentement au plus près de la personne. Mais ça peut être oui un jour, non un autre jour, ou dans le même jour. Il faut aussi qu'on soit imaginatif, créatif aussi dans la façon de communiquer, d'essayer de représenter ce que peut être cette vaccination. Le souci principal de ces personnes peut être déjà premier : c'est-à-dire vis-à-vis d'une agression physique, tout simplement d'avoir une nouvelle injection, plus que le risque immunologique, le risque du devenir de l’ARN messager, etc. Donc, on peut passr par différentes formes aussi de médiation, des petits films, tout ce qui va permettre à la personne âgée, vulnérable, de se représenter aussi. Mais surtout, au plus près, ce sont les aides soignantes, les infirmières qui vont être le mieux placées pour apporter cela à la personne vulnérable."

Le consentement est devenu aujourd'hui central dans bon nombre de lois, de règlements. Or on ne soigne pas avec des lois. Michèle Levy-Soussan

Cette inquiétude aujourd'hui très présente vis-à-vis du risque judiciaire, ne doit pas commander notre attitude clinique. Michèle Levy-Soussan

La responsabilité individuelle et collective propre aux EHPAD

Michèle Levy-Soussan : "C’est là où la question éthique de la tension entre la protection de l'individu et la collectivité est centrale. Mais on sait bien qu'on ne peut pas protéger la collectivité sans l'engagement de la personne. Donc, nous sommes en permanence dans cette épidémie à différents niveaux, du plus intime au plus collectif et politique, et au plus haut niveau de responsabilité dans cette tension entre le respect de l'individu et la protection de la collectivité. On ne pourra pas protéger les autres résidents de l'Ehpad si la personne concernée, même par son langage corporel, refuse cette injection. Et on continuera à faire petit à petit comme on l'a fait jusque là."

On sait bien qu'on ne peut pas protéger la collectivité sans l'engagement de la personne. Michèle Levy-Soussan

La période des fêtes 

On sait déjà que le temps a été extrêmement long puisque la pandémie a exigé des mesures qui sont des mesures particulièrement cruelles, des mesures d'isolement. 

Michèle Levy-Soussan : "La présence dans ces moments de fête me paraît essentielle et nous devons la favoriser par un accompagnement. Il faut des volontaires pour accompagner les familles. Il faut aller voir les aînés. Surtout, je pense que cette épidémie a ce côté tragique et extraordinaire d'interroger chacun sur son rapport au risque, à l'intime, aux liens. Et donc, évidemment que cette question des Fêtes va venir aussi cristalliser le rapport que chacun de nous entretient à ses plus proches, ses aînés, la façon dont on manifeste sa présence. Certains vont le faire par la distance, par l'inquiétude, par une forme de protection, en se tenant à distance. Il faut pouvoir  accompagner les familles, je pense, en mettant des moyens, pour qu'elles puissent se protéger et protéger leurs aînés et l'ensemble de la collectivité des résidents en EHPAD, il faut favoriser leur présence lorsqu'elles le souhaitent. On sait bien que l'isolement en EHPAD a été le premier pourvoyeur des victimes des résidents en EHPAD qui ne se levaient plus, qui mouraient parfois d’escarres, d'isolement, de solitude, de chute, de ne plus avoir ces espaces de socialisation tout à fait essentiels."

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

Intervenants
  • médecin responsable de l’unité mobile d’accompagnement et de soins palliatifs, co-animatrice de la cellule de support éthique, sur le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Sorbonne Université.
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......