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Vue aérienne de Saint-Martin-Vésubie. Photo prise le 3 octobre 2020.

Vallées de l’arrière-pays niçois : comment expliquer les crues exceptionnelles ?

7 min
À retrouver dans l'émission

Pluies torrentielles et crues impressionnantes ont engendré des dégâts considérables dans l’arrière-pays niçois début octobre 2020. Comment expliquer ces phénomènes météorologiques exceptionnels ? A quoi sont-ils dus ?

Vue aérienne de Saint-Martin-Vésubie. Photo prise le 3 octobre 2020.
Vue aérienne de Saint-Martin-Vésubie. Photo prise le 3 octobre 2020. Crédits : VALERY HACHE - AFP

Pluies torrentielles et crues impressionnantes ont engendré des dégâts considérables dans l’arrière-pays niçois début octobre 2020. L’intensité des précipitations a entraîné dans certaines zones des cumuls de pluies de 500 mm tombés en 24h. Comment se construisent ces phénomènes météorologiques exceptionnels ? Comment les expliquer ? 

Guillaume Erner reçoit Caroline Muller, climatologue, chercheuse au CNRS et au Laboratoire de Météorologie Dynamique, maître de conférence attachée à l’ENS.

Un épisode méditerranéen

"C'est un épisode pluvieux, intense. Le seuil est de 200 millimètres sur 24 heures. Cet épisode pluvieux a lieu sur le pourtour méditerranéen. Typiquement, cela a lieu autour de septembre, en tout cas en fin d'été, parce que c'est là où la Méditerranée a emmagasiné toute la chaleur de l'été et elle va rencontrer des masses d'air plus froides sur les terres. Donc, ça va créer des conditions favorables à la formation des pluies." 

C’est exactement comparable à un épisode cévenol, sauf que l’épisode cévenol a lieu dans les Cévennes : "Un événement cévenol, c’est un exemple d'épisode méditerranéen. C'est un événement fortement pluvieux qui arrive sur les Cévennes. C'est le même principe. Typiquement, la pluie va être orographique : elle est liée au relief, au massif des Cévennes. Pour un épisode méditerranéen, ça peut être donc un événement orographique, une pluie orographique ou ça peut être une pluie qui s'auto entretient par une dynamique interne, avec ce même seuil de 200 mm sur 24 heures."

L’incidence du relief 

Est-ce que plus on est dans des zones montagneuses, plus il pleut ? Pour Caroline Muller, "le relief va favoriser la formation des nuages et donc des gouttelettes de pluie : le relief va forcer l'air à monter en altitude. Si la masse d'air qui arrive de la Méditerranée (et qui est donc relativement chaude) rencontre un relief, elle est forcée de monter par dessus. Elle ne peut pas le contourner, en tout cas. Et en montant, cet air va se refroidir, ce qui va favoriser la condensation de la vapeur d'eau en gouttelettes. Donc d’abord en nuages, et puis, au cours du temps, si l'humidité s'accumule, cela va grossir en gouttelettes qui vont se mettre à pleuvoir. Ce sont vraiment ces systèmes stationnaires qui vont faire cette accumulation intense. Donc, on a des pluies qui sont parfois très fortes, instantanément ou pas nécessairement, mais qui s'accumulent sur le long terme." 

En plaine (dans la vallée du Rhône par exemple) c'est plus rare. "Mais on peut avoir des dynamiques non orographiques qui vont être liées à la pluie. Par exemple, un évènement pluvieux va générer des conditions plutôt froides. Quand il pleut, en général, il fait plus froid derrière et cette zone froide peut entraîner un soulèvement également d'une masse chaude qui arrive (parce que l'air chaud est plus léger) et il va repleuvoir. Donc, on peut avoir soit l’orographie, soit une dynamique interne liée aux conditions que crée la pluie elle-même, qui peut en tout cas la favoriser."

La tempête Alex et l’épisode méditerranéen 

La spécificité de ce qui s'est passé ce week end, c'est qu'on a eu un épisode méditerranéen (jusque-là, rien d'exceptionnel, ça arrive tous les ans, on en a plusieurs par an) mais ce qui a été exceptionnel, c'est qu'on a eu la tempête Alex en même temps sur la côte ouest, qui a ajouté une circulation, qui a amené plus d'air méditerranéen vers le sud de la France. Caroline Muller.

"Dans un événement méditerranéen, la masse d'air arrive de la Méditerranée parce qu'on a typiquement une circulation cyclonique (c’est-à-dire anti-horaire - dans le sens inverse des aiguilles d’une montre) sur l’Espagne. Donc ça, ça va amener de l'air de la mer Méditerranée directement vers le nord, vers nos côtes, dans le sud de la France." 

"La circulation associée à la tempête Alex a ajouté à cette circulation de l'épisode méditerranéen. C’est ce qui a fait que le flux d'air chaud et humide venant de la Méditerranée a été extrêmement, extrêmement intense. Mais c'est vraiment une concomitance qui est accidentelle - c’est rare." 

Un épisode méditerranéen, c'est quelque chose de standard à cette époque. Ce qui était exceptionnel, c'est qu’à cela, se sont ajoutées les rafales de la tempête Alex. Caroline Muller.

"Il se trouve que les épisodes méditerranéens ont plutôt lieu en fin d'été et les tempêtes de type Alex plutôt en hiver. Donc, on a une concomitance à la frontière entre les deux, mais ça reste assez exceptionnel."

"La tempête Alex est indépendante de la masse d’air chaud liée à l’épisode méditerranéen. C'est vraiment la concomitance des deux qui a fait l'importance de ces masses d'air chaud qui sont arrivées de Méditerranée."

Est-ce lié au réchauffement climatique ? 

"C'est une question très importante, sur laquelle on se penche énormément. Pour répondre à ce genre de questions, on fait des études d’attribution, c'est-à-dire qu'on va rejouer ce phénomène avec et sans gaz à effet de serre et on va voir quelles conséquences ont les gaz à effet de serre."

Pour le réchauffement climatique, plus que la fréquence des évènements cévenols, c'est leur intensité qu'on s'attend à voir augmenter. Il y a un consensus très fort là-dessus. Caroline Muller.

"Ça reste des prévisions. On a des tendances sur les données passées. Concernant les épisodes méditerranéens, on en a une dizaine par année, donc on n’a pas des statistiques très importantes. C'est difficile d'avoir du recul statistiquement et de faire des tendances, sachant qu'on a, au-delà de ce signal climatique, on a du bruit associé à la variabilité naturelle du climat. Donc, extraire le signal du réchauffement climatique, du bruit de la variabilité naturelle, ce n'est pas évident. En revanche, on a des bonnes connaissances physiques de l'intensité des pluies et logiquement, l'intensité des pluies extrêmes devrait augmenter avec le réchauffement parce qu'on a une contrainte physique sur la quantité d'humidité que l'air peut contenir en fonction de la température. Donc plus l’air est chaud, plus il peut contenir d'humidité et plus il va avoir de vapeur d'eau qui peut se condenser et devenir des gouttelettes de pluie.

Vous pouvez écouter l'interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.

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