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Nature, premier débat, action

Ecologie et nature

59 min
À retrouver dans l'émission

Et si l'écologie était une véritable révolution ? Un nouveau regard radical sur le monde et sur l'humain. Si elle proposait d'autres manières d'agir et de penser nos sociétés, d'autres choix et d'autres partage.

Nature, premier débat, action
Nature, premier débat, action Crédits : krisanapong detraphiphat - Getty

Dans cette émission introductive est question de la définition même de nature. Qu'est-ce que la nature ? La question est compliquée, historique et philosophique, mais la réponse pourrait être la première piste pour une révolution écologique.

L'Homme pense pouvoir s'affranchir de la nature, il pense même que c'est un gage de son intelligence que de s'affranchir de la nature. Rostand disait que la science a fait de nous des dieux avant de faire de nous des hommes. L'objectif est de revenir à notre condition humaine, on s'est délié de la nature. C'est ce que je considère comme le désarroi tragique de l'Homme moderne, c'est qu'il n'est plus relié à rien. Et c'est bien pour cela qu'il faut nous relier de nouveau à la nature, puisque nous somme la partie consciente de la nature.      
Nicolas Hulot  

Il est donc d'importance de délimiter ce qu'est la nature, si, comme l'exprime Nicolas Hulot, l'Homme doit pouvoir s'y rattacher. 

Le terme de nature est polysémique et signifie à la fois le principe interne d'une chose et l'extériorité dans lequel se déploient les choses. Il signifie à la fois la permanence, dans l'acception de l'ordre naturel des choses, et le changement. Tout ce qu'on reproche au terme de nature d'être descriptif et d'être normatif.      
Ca n'implique pas qu'on abandonne le terme, c'est plus une richesse qu'un problème. Mais j'aime me référer à John Stuart Mills puisqu'il donne deux définitions de la nature : pour lui elle est tout ce qui est et donc elle ne va s'opposer qu'à la sur-nature, au divin. D'autres part, il dit que la nature c'est tout ce qui se fait sans l'Homme.      
Et avec ça on fait un peu le tour de l'usage du terme nature dans les sociétés Occidentales.      
Catherine Larrère

Pourtant, le concept a clairement ses limites, comme Philippe Descola le souligne.

Quelque chose qu'il faut souligner sur le concept de nature en Occident, c'est qu'il prend vraiment sa fonction en tant qu'il s'oppose à d'autres concepts. Il est très efficace en ce sens-là : on l'oppose à l'histoire, à l'art, à la société, à la culture bien sûr. Il sert à souligner les concepts auxquels il s'oppose, la nature devient une sorte de concept non marqué qui donne une ampleur à des concepts. Il me semble que Heidegger disait qu'il s'agissait du socle fondamentale de la métaphysique européenne.      
Philippe Descola

Philippe Descola ; Catherine Larrère
Philippe Descola ; Catherine Larrère Crédits : D. Rousset - Radio France

Ce qu'on peut reprocher à une certaine problématique écologique, qui est de remettre en cause le rapport de l'Homme à la nature, de s'interroger sur ce qui fait que ces rapports se sont détérioré, c'est de considérer l'Homme dans sa généralité et de ne pas voir qu'il y a DES Hommes. Si on prend la diversité des Hommes, on se rend compte qu'ils sont diversement affectés par les problèmes environnementaux, mais aussi qu'ils contribuent différemment à la mise en péril de l'environnement. Donc on se trouve devant des inégalités qu'on appellera "environnementale".      
Catherine Larrère  

Le débat soulève les nombreux problèmes que pose l'idée de nature, mais s'accroche vite sur la question de la nécessité, ou non, de maintenir le concept. 

La situation présente nous invite tous les jours à nous interroger sur le caractère pertinent, qui est à mon sens complètement caduc, de cette opposition entre nature et culture. Tous les jours nous avons des exemples que cette distinction n'existe pas, qu'il n'y a pas de distinction entre nature et culture, entre nature et société, entre nature et conventions. La notion de nature est peut-être utile d'un point de vue philosophique, mais la maintenir retarde d'autant la réflexion et les révolutions conceptuelles que nous avons à faire pour comprendre le temps présent.      
Philippe Descola 

Intervenants
  • Philosophe, professeure émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies
  • Anthropologue, professeur au Collège de France.
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