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Des chiffres et des lettres

6 min
À retrouver dans l'émission

Des chiffres : ceux de la démographie française, en déclin et largement commentés, ainsi que ceux de la surpêche qui ont été dissimulés pendant plus de 60 ans. Et des lettres, ceux des livres-programmes politiques en préparation de la primaire à droite.
Ce matin j’ai choisi de vous parler de votre jeu télé favori… et on commence par les lettres… consonne…

Non ? Plus sérieusement… les lettres ce matin, c’est la voie de reconquête assez contre-intuitive, il faut bien l’avouer, du champ politique par l’ancien président de la République… lui qui semblait pourtant fâché avec toute forme de littérature – au même titre que l’actuel, soit dit en passant – tente de se refaire une santé en publiant, donc, un livre…

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy
Alain Juppé et Nicolas Sarkozy Crédits : Reuters

« A droite, la bataille de la primaire passe par les lettres, écrit ainsi Rémi GODEAU dans l’Opinion. Après François FILLON, Alain JUPPE, Jean-François COPE et avant Bruno LEMAIRE, Nicolas SARKOZY part à son tour à l’assaut des librairies. (…) En France, l’ouvrage de pré-campagne, un brin narcissique, tient du passage obligé. Avec ses figures de style imposées : mise à nu déclarée, devoir de vérité revendiqué, langue de bois bannie, vision pour le pays déployée, etc. »

« Avant que de se voler dans les plumes en novembre 2016, les candidats à la candidature les affutent, leurs plumes, écrit pour sa part Michel KLEKOWICKI dans le Républicain Lorrain. »

Mais ne vous attendez pas pour autant à une prose à la hauteur de la jadis honnie Madame de Lafayette… « Nicolas SARKOZY a déjà confié l’essentiel sur RTL en une phrase, relate encore Michel KLEKOWICKI : « ça va être un blast »… (un blast, c’est un effet d’explosion… pas une nouvelle figure de style inventée par l’ex-chef de l’Etat). Voilà qui en dit long sur l’intention littéraire.

Il faut bien dire que cette incursion dans les belles lettres ne déchaîne pas un enthousiasme forcené ce matin dans la presse… « A l’heure de la dictature du buzz, du règne de l’émotion instantanée et de la suprématie du tweet, l’exercice ne manque pas de panache, selon Rémi GODEAU. Car entre les lignes, parfois écrites par d’autres, perce l’offensive marketing. Et moins que de mea culpa , des plaidoyers pro domo et des ruptures ad hoc , ce sont des solutions trop longtemps repoussées que les citoyens réclament désormais. »

« La France pour la vie. Un titre en forme de slogan publicitaire qui ne fait pas dans la nuance », analyse également Philippe MARCACCI dans l’Est Républicain, pas non plus tout à fait passionné par les élucubrations intradiégétiques de l’ancien président. De toutes façons, « au jeu des petites phrases, des grands desseins pour la France, c’est pour l’heure François FILLON qui marque les premiers points. Son ouvrage, sorte d’inventaire de l’ère sarkozyste, approche les 100 000 exemplaires. »

Quel résultat fera le grand œuvre de Nicolas SARKOZY et quelle en sera la teneur exacte. Le dessinateur WILLEM tente un résumé dans son dessin du jour dans Libération. L’ancien président dédicace son livre, l’un des acheteurs à sa table s’étonne : « Mais il n’y a que des pages blanches dans votre livre ». Nicolas SARKOZY répond : « C’est conceptuel ».

Et après les lettres… les chiffres…

Troisième… Seconde… Non, toujours pas…

Bon, les chiffres largement commentés par la presse aujourd’hui, ce sont les chiffres de la démographie française… pour la première fois, l’espérance de vie recule, le taux de natalité chute… et même si l’INSEE certifie que ces mauvais chiffres sont entièrement conjoncturels… rien n’y fait… vous journaux veulent à tout prix les faire parler et leur trouver un sens caché…

Le Figaro au premier chef, et Yves THREARD dans son édito, intitulé « La famille sacrifiée », qui incrimine la politique familiale du gouvernement depuis 2012… « Si le mariage pour tous a été la priorité des socialistes, écrit-il, la famille, elle, a fait les frais d’une politique incohérente et inconséquente, la privant de quelques 3 milliards d’euros. » Et Yves THREARD accuse : « si François HOLLANDE n’a pas réussi à inverser la courbe du chômage, il aura réussi à inverser celle de la natalité. » Et bim !

Voilà. Vous me direz, le Parisien n’y va pas non plus avec le dos de la cuiller sous le titre, « Du jamais-vu depuis la guerre », le journal détaille ces mauvais chiffres… « trois épisodes de très fortes chaleur », une « vague de froid brève mais inattendue » à la mi-octobre, plus une hausse de la mortalité sur les routes… bref, tous les indicateurs sont au rouge… la France reste l’un des pays les plus féconds d’Europe, avec l’Irlande, mais le taux de natalité passe sous le seuil des 2 enfants par femme… résultat, le solde naturel (la différence entre les décès et les naissances) est au plus bas depuis… 1976 !!

Rassurez-vous… la Croix est là pour rappeler que « les experts ne considèrent pas que le dynamisme de la démographie française est menacé, il se maintient à un niveau élevé », et « la tendance de fond à la hausse de l’espérance de vie n’est pas remise en cause ». Merci la Croix… j’en profite d’ailleurs pour indiquer que le journal inaugure aujourd’hui une nouvelle formule… fini le bandeau bleu, on passe au blanc partout, avec titre rouge-orangé, des pages débats avancées en page 4, juste après le dossier du jour… une maquette plus claire… pour un quotidien qui est l’un des rares à ne pas voir sa diffusion s’éroder…

Et on finit par une autre tournée de chiffres…

Des chiffres publiés en page Sciences du Figaro… les chiffres de la surpêche au niveau mondial… une enquête publiée dans Nature Communications et dont le journal se fait le relai montre que la moitié des prises de poisson depuis 1950 n’ont pas été déclarées aux Nations Unies… bref, que des millions de tonnes de poisson pêchées n’ont pas été répertoriées… conséquence, la prise effective s’effondre, pour cause de non-renouvellement des bancs de poisson…

Et ce sont évidemment les pays développés qui vont piller les eaux des pays pauvres… ainsi, la flotte chinoise volerait 92% de ses prises, et la flotte européenne 71%. Seule solution pour lutter contre ce phénomène, selon l’étude : que l’OMS coupe ses subventions à la pêche industrielle, qui ne tire ses bénéfices que des injections d’argent public… qui s’élèvent à 35 milliards de dollars par an.

Bon, comme ces chiffres ne sont pas très encourageants, je vous propose de refaire un petit tour de lettres… Consonne ?

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