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Gouverner, c'est écrire

5 min
À retrouver dans l'émission

Le verbe de Napoléon à la rescousse de l'analyse de la presse du jour : le code du travail contre la Recherche du temps perdu, Nicolas Sarkozy et les trois catégories de migrants, et la drogue au travail.
« Gouverner c’est écrire, gouverner c’est parler », je cite dans le texte Laurent JOFFRIN dans Libération qui invite ce matin à un « cours de rattrapage par Napoléon », à l’occasion de la parution du « Monde selon Napoléon », de l’historien Jean TULARD aux éditions Tallandier.

Le cognac Courvoisier "Napoléon"
Le cognac Courvoisier "Napoléon" Crédits : Reuters

Jean TULARD qui propose dans cet ouvrage de lire Napoléon dans le texte, en triant dans les citations le bon grain vérifié de l’ivraie apocryphe. Je vous propose donc de suivre ce matin ce fil napoléonien pour vous conduire dans le chemin broussailleux cette revue de presse.

Et puisque comme l’écrit Laurent JOFFRIN, gouverner c’est écrire, difficile de ne pas sombrer ce matin en lisant les journaux dans la métaphore biblique liée au code du travail, ce code qui est « une bible sociale » selon Bruno DIVE de Sud Ouest, « une bible qu’il serait blasphématoire d’alléger » selon Patrice CHABANET du Journal de la Haute Marne.

Et dans Bible, on entend bien sûr texte sacré, texte immarcescible, mais aussi texte épais et complexe, si épais, qu’il est agité comme un repoussoir. Jacques FORTIER dans les Dernières Nouvelles d’Alsace a même fait le compte : « La 77ème édition du Code du Travail chez l’éditeur juridique DALLOZ compte 3809 pages, et pèse 1kilo 422 » ; mais à la Bible, il préfère convoquer une autre œuvre en comparaison : le code du travail, « c’est 60% de plus qu’A la Recherche du Temps perdu, dans la collection Quarto chez Gallimard. On peut préférer Proust, certes, mais faut-il forcément ironiser sur l’épaisseur et l’illisibilité du Code du Travail – s’interroge Jacques FORTIER. Ce code, qui est le fruit de lois votées par le Parlement, de règlements rédigés par les gouvernements, et qui a une fonction essentielle « poser les garde-fous qui empêchent de léser, exploiter ou asservir l’homme dans un contrat de travail par nature inégalitaire ».

Soit dans la réforme du code du travail comme dans toute autre réforme, comme l’écrivait Napoléon « Il faut être lent dans la délibération, mais vif dans l’exécution »

Gouverner c’est écrire… mais gouverner, c’est aussi parler

Et oui si « gouverner c’est parler », plongeons-nous alors dans le verbe de Nicolas SARKOZY, qui a accordé un grand entretien au journal le Figaro ce matin. Entretien dans lequel il est principalement question des réfugiés : « Il faut refonder la politique migratoire européenne » plaide Nicolas SARKOZY.

On lira dans cet entretien son opposition aux quotas imposés par l’Union Européenne, ainsi que la distinction entre trois types de migrants : les migrants économiques, ceux qui sont supposés venir chercher du travail chez nous, et qui doivent, selon le président du parti Les Républicains, être renvoyés chez eux ; les réfugiés politiques, c’est-à-dire les demandeurs d’asiles, qui eux peuvent être accueillis selon notre « grande tradition humaniste » ; et une nouvelle catégorie, un nouveau statut que Nicolas SARKOZY aimerait voir créé rapidement, celui de réfugiés de guerre - ce sont les syriens et les irakiens qui sont en ce moment au centre des préoccupations européennes - ces réfugiés de guerre qui auraient eux vocation à être accueillis, mais de façon temporaire, jusqu’à la fin de la guerre donc, avant d’être renvoyés chez eux une fois le conflit terminé (ce qui, soit dit en passant, risque de poser quelques problèmes aux analystes et aux géographes qui ont bien du mal à définir précisément ce qu’est « la paix »).

Mais passons… Nicolas SARKOZY plaide par ailleurs pour un durcissement du traitement de ceux qui, quelques lignes plus tard, redeviennent indistinctement des « immigrés ». Un entretien aussi intéressant, au moins que son analyse signée Guillaume TABARD, toujours dans le Figaro, il suffit de tourner la page ; Guillaume TABARD qui évoque « la porte étroite de la droite » entre le PS et le FN sur ces questions migratoires.

La ligne du parti Les Républicains est bien difficile à lire, coincée entre l’humanité affichée du PS et la fermeté et l’inhumanité présumée du FN, avec qui plus est les conservateurs allemands et le pape lui-même qui exhortent à la générosité… quelle place pour la droite française dans cet étau, entre le marteau et l’enclume ?

Un mot peut-être de Napoléon pour montrer le chemin ? « Le cœur d’un homme d’Etat doit être dans sa tête »

Et pour finir : « sniffer en travaillant »

Napoléon a eu beau interdire à ses hommes de consommer le haschich pendant la campagne d’Egypte, il faut croire que l’injonction n’a pas été suffisante pour prévenir le déferlement de drogue sur le vieux continent, et jusque dans les bureaux, figurez-vous…

C’est le dossier de L’Obs cette semaine, signé David CAVILIOLI, la drogue au travail : il y a le chichon bien sûr mais aussi la cocaïne, « la petite ligne de coke pour attaquer le client raconte Alain par exemple », les médicaments, les amphétamines… bref une petite pharmacie complète. Des chiffres sujets à cautions parlent de 10 à 13% des salariés qui consommeraient des substances illicites sur leur lieu de travail.

Et un paragraphe a particulièrement sollicité mon attention Guillaume, celui sur les travailleurs en horaires décalés, allez savoir pourquoi, avec ce petit conseil pour vous : truc et astuces pour contourner les tests de contrôle, notamment les tests urinaires, des salariés des Aéroports de Paris ont eu l’idée d’interchanger les échantillons… ce qui a valu au cours d’un dépistage à UN salarié cette bonne nouvelle de la part du médecin : "monsieur, vous êtes enceinte".

Prudence, donc, et discernement en toute chose… puisque comme le disait Napoléon « Le vrai caractère perce toujours dans les grandes circonstances ».

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