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Guerres

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François HOLLANDE a déployé hier son "plan d'urgence économique et social" dans un registre martial, de "guerre contre le chômage". La mort de Michel TOURNIER et tentative d'explication de l'hécatombe de ce mois de janvier dans la monde du spectacle.
Nous sommes en guerre, cela ne vous aura pas échappé… le gouvernement s’emploie à nous le répéter jour après jour… et le Premier Ministre court même les plateaux télé pour s’assurer que le message passe bien… nous sommes en guerre, et une guerre qui va durer, dont on ne connaît pas la fin… contre le terrorisme bien sûr… mais pas que…

François HOLLANDE hier devant le CESE
François HOLLANDE hier devant le CESE Crédits : Reuters

Nous sommes en guerres, au pluriel… puisque le chef de l’Etat hier a déployé dans son plan d’urgence de lutte contre le chômage un vocabulaire martial… même s’il ne semble pas avoir convaincu grand monde à la lecture de la presse ce matin… Pas Jean-Francis PECRESSE des Echos en tout cas, qui écrit « Dans la guerre qu’il fait mine de livrer au chômage depuis quatre ans, le chef de l’Etat a endossé hier sa tenue de camouflage. Le plan d’urgence pour l’emploi qu’il a laborieusement exposé devant le CESE laisse certes espérer quelques réformes structurelles depuis longtemps attendues par les employeurs afin d’embaucher. (…) Pour l’essentiel, toutefois, c’est bien à une opération de dissimulation que se livre le chef de l’exécutif. »

Jean-Francis PECRESSE fait référence à la formation de 500 000 chômeurs, qui vont de facto sortir de la catégorie A… et donc disparaître provisoirement des statistiques…

Mais je voudrais revenir sur ce champ lexical martial… François HOLLANDE a bien insisté là-dessus hier… « Avec la sécurité, l’emploi est la seule question qui vaille, a plaidé le chef de l’Etat, décrétant l’état d’urgence économique et social. » « On l’excusera d’avoir cédé à la facilité rhétorique de « l’état d’urgence économique et sociale », en espérant qu’il ne s’inspire pas des lois d’exception sécuritaire pour faire baisser le chômage », écrit à ce propos Gaspard KOENIG dans sa tribune dans Le Figaro.

On est bien dans le registre de la guerre, un registre très anxiogène mais qui sert à caractériser une détermination qui serait « sans faille »… rappelons à toutes fins utiles que l’urgence, martelée encore et encore par le président, vient du latin urgeo et du registre militaire, urgeo c’est presser en avant, dépêcher ses troupes, attaquer vivement. Et, en bon communiquant politique qu’est François HOLLANDE, à défaut de convaincre par ses propositions, il arrive à faire passer ce message à connotation autoritaire… consciemment ou inconsciemment, ce registre martial se retrouve partout dans la presse… il n’est question que de mobilisation – on mobilise les troupes – de capitulation, d’un arsenal de mesures… je vous cite la Croix, et l’édito de François ERENENWEIN qui commence ainsi : « C’est son talon d’Achille, le terrain où le président de la République s’est le plus exposé. »… on est encore dans le domaine de la tactique militaire… et j’vous rappelle au passage que le talon d’Achille renvoie directement à la guerre de Troie et à la faiblesse mortelle du héros grec…

Bref, même si les mesures présentées par le chef de l’Etat sont largement critiquées ce matin… trop tardives pour la droite, trop à droite pour la gauche… la tonalité martiale, l’effet saisissant et anxiogène de l’urgence décrétée et martelée… tout cela est passé, et bien passé… la preuve dans l’édito de Grégoire BISEAU dans Libération : « HOLLANDE ne veut pas qu’on lui reproche d’avoir abandonné cette urgence sociale, qui reste la première préoccupation des Français. Il répondra aux autres critiques : trop tard, trop court, trop à droite, pas assez à gauche. Mais pas à celle de la capitulation ». Le chef de l’Etat combat mais ne capitule pas. CQFD.

Autre sujet, quelques journaux rendent hommage à Michel TOURNIER

Oui, quelques rares journaux, ceux qui bouclent le plus tard puisqu’on a appris la mort de l’écrivain hier soir vers 21h30… Le Parisien a pu caser un petit encart, le Figaro lui a eu le temps de publier un beau portrait de l’auteur, ainsi qu’un entretien qu’il avait accordé en juin dernier à Etienne de MONTETY… entretien dans lequel Michel TOURNER raconte qu’il tient encore un journal… je le cite « Je tiens un journal que je relis souvent, où je note des souvenirs, des observation, des appels de mes amis. Tenez (il lit sur un bloc note une anecdote sur Barack OBAMA, puis ceci) « Plus on est vieux, plus la mort est douce, rapide et facile… » On n’en est pas là, Michel TOURNIER lui répond Etienne de MONTETY. TOURNIER, 90 ans, lui rétorque : « A la fin de sa vie, on peut évaluer sa vie à partir de six critères : le physique, la famille, l’époque, les amitiés, l’amour, la profession. Mon bilan est plutôt bon, avec même ce sommet que représente le prix Goncourt. Le point faible, c’est l’époque où j’ai vécu… »

Avec la disparition de Michel TOURNIER, ce mois de janvier 2016 est une hécatombe…

En effet, et sans partir dans la théorie du complot sur les Michel (DELPECH, GALABRU, TOURNIER maintenant) ou celle des 69 ans… on peut ajouter qu’hier, Dallas TAYLOR, le batteur de CROSBY, STILLS & NASH est mort lui aussi, à l’âge de 66 ans… et que ça commence à faire beaucoup de décès dans le monde du spectacle…

Ce qui, somme toute, serait assez normal… en tout cas, statistiquement, si on en croit Libération ce matin… à la question « Pourquoi meurt-on plus en janvier ? », le journal apporte un semblant de réponse… que l’on pourrait résumer ainsi : on meurt plus en janvier, parce qu’on meurt plus en janvier.

Statistiquement, il y a une surmortalité en janvier en particulier, et pendant les mois d’hiver en général… autour de 10%... alors qu’à l’inverse, on meurt moins entre juin et septembre. Et parfois de façon assez significative, hein… mortalité supérieure de 18% en janvier 2015 par rapport à la moyenne de l’année… et même de 30% en janvier 2009.

Mais vous allez me dire… que l’on meure plus en hiver, ça semble logique… le froid, la grippe, etc. Et je vous répondrai : peut-être, mais il n’y a aucune explication scientifique ferme sur cette surmortalité hivernale. Uniquement des suppositions… un certain sens commun qui indique que ce serait « logique »… sauf que lorsqu’on s’y penche d’un peu plus près, eh bien justement tout ça n’a rien de logique… aux Etats-Unis, le 1er janvier est le jour le plus meurtrier sur une période qui va de 1979 à 2004… et principalement pour des causes « naturelles », donc pas liées au climat… et y compris dans les états du sud où le temps est plus doux.

Donc soyez vigilants hein… la grande faucheuse rôde pendant encore une bonne dizaine de jours. Un conseil : restez au chaud chez vous avec un bon bouquin, je suis sûr que votre patron comprendra.

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