LE DIRECT
Jérôme CAHUZAC

Il ment, nous mentons, vous mentez, ils mentent

6 min
À retrouver dans l'émission

Le procès de Jérôme CAHUZAC est avant tout le procès du mensonge, un quart des salariés poussés à mentir par leur employeur, et les menteurs éhontés de l'après 13 novembre : "mentir" se conjugue à toutes les personnes.

Jérôme CAHUZAC
Jérôme CAHUZAC Crédits : Benoit Tessier - Reuters

Ce matin, les journaux reviennent largement sur l’affaire CAHUZAC… le procès de l’ex-ministre du budget pour fraude et blanchiment de fraude fiscale s’ouvre aujourd’hui… Or, plus que le procès d’un ex-ministre… c’est avant tout « Le procès d’un menteur », titre le Parisien.

« Au-delà de ces chefs de prévention, c’est surtout le procès d’un énorme mensonge, affirme également Baptiste LAUREAU dans Paris Normandie. Celui d’un ministre de la République qui, pris le doigt dans le pot de confiture, a menti honteusement pendant des semaines, des mois, en affirmant n’avoir jamais détenu de compte bancaire à l’étranger. « Les yeux dans les yeux » pour reprendre sa propre expression, Jérôme CAHUZAC a menti aux Français. Menti à la presse. Menti à la représentation nationale. Menti au président. »

Voilà… si vous en doutiez encore… c’est ce mensonge éhonté, les yeux dans les yeux, qui condamne presque d’avance l’ancien ministre du budget… « C’est sur ce point qu’il est le plus condamnable, insiste Baptiste LAUREAU, d’autant plus qu’il était en charge de la lutte contre la fraude fiscale ».

« L’affaire CAHUZAC dépasse – et de loin ! – les seuls reproches à l’encontre du ministre déchu, estime également Jean-Claude SOULERY dans la Dépêche du Midi. (…) Il faut d’abord retenir (de cette affaire) l’impact considérable laissé dans la conscience collective, comme un terrible venin instillé dans le crâne des Français et qui empoisonne toujours leur regard sur la politique. » « La triste rengaine du « tous pourris » accompagnera aujourd’hui son entrée au tribunal » écrit aussi Frédéric VEZARD dans son édito dans Le Parisien.

Mais le paradoxe de cet énorme et impardonnable mensonge… c’est que si Jérôme CAHUZAC « par son acharnement à masquer sa fraude, est un bouc émissaire que beaucoup rêvent de voir au bagne et enchaîné », selon Didier ROSE des Dernières Nouvelles d’Alsace… il a néanmoins « servi à quelque chose : à renforcer la lutte contre l’évasion : la loi et les peines ont été durcies depuis. Y compris pour les élus. Ses boniments éhontés ont conduit à bannir toute indulgence pour les petits-maîtres en entourloupes fiscales. »

« Cela faisait 20 ans qu’on tergiversait dans ce domaine, explique un magistrat spécialisé dans la lutte anti-corruption dans les colonnes de la Croix. L’affaire CAHUZAC a donné un coup d’accélérateur inédit à la lutte contre la fraude. »

Un gros mensonge pour un gros progrès contre le mensonge ? Peut-être… en tout cas c’est ce matin un gros emballement pour un procès qui a de fortes chances de ne pas avoir lieu… « Le procès CAHUZAC risque d’être reporté dès son ouverture » titrent les Echos… les avocats de l’ex-ministre devraient déposer plusieurs questions prioritaires de constitutionnalité, ce qui va conduire selon toute logique au renvoi du procès… « et l’ancien ministre du budget [pourra] garder, encore pour un temps, ses mensonges et ses secrets »…

Beaucoup d’agitation donc pour un procès reporté… mais que voulez-vous… le prince du mensonge est connu pour son pouvoir de fascination…

Quand le mensonge s’épanouit en entreprise…

Que faire lorsqu’on est salarié, et que l’on est confronté à la tricherie ou à la duplicité de la part de ses dirigeants… L’Humanité consacre ce matin une double page à cette question : « Citoyens dans l’entreprise : à quand un vrai statut protecteur »… article consacré au statut de lanceur d’alerte, et qui commence par ces chiffres assez ahurissants… « Un tiers des salariés ont été confrontés à des décisions ou pratiques frauduleuses dans leur entreprise. » Selon cette étude du cabinet Technologia, un quart des salariés interrogés « ont même été encouragés par leur supérieur à tricher ».

L’Humanité qui pose donc cette question ce matin « Peut-on réellement se comporter en citoyen dans son entreprise, alors qu’une directive européenne sur le secret des affaires vient encore assombrir le paysage démocratique ». L’article s’appuie sur plusieurs exemples, dont celui d’Antoine DELTOUR… auditeur dans le cabinet PriceWaterhouseCoopers… C’est lui qui « découvre des documents détaillant avec précision l’évasion fiscale et bancaire de 300 entreprises en accord avec l’administration luxembourgeoise des impôts. Un journaliste de l’émission Cash Investigation révélera l’affaire LuxLeaks en préservant son anonymat. Mais après deux ans d’enquête, Antoine DELTOUR est démasqué puis inculpé par la justice luxembourgeoise. »

Une proposition de loi doit être déposée prochainement, et prévoit « une protection en amont du salarié lanceur d’alerte, avec « un référé conservatoire d’emploi », c’est-à-dire que le salarié pourrait (…) obtenir le quasi-statut d’un salarié protégé avec le maintien dans l’emploi jusqu’au procès. (…) Mais quel sera son poids si la directive « secret des affaires » est adoptée ? »

Le prince du mensonge n’a pas encore joué sa dernière carte…

Et pour finir, on plonge un cran plus bas dans l’infamie

Oui, le prince du mensonge n’a pas que les atours d’un ancien ministre chirurgien capillaire… il peut avoir le visage du pire, et c’est ce que raconte Anne JOUAN dans son reportage intitulé « Les vautours du 13 novembre » dans le FIGARO…

« Psychologues aux méthodes douteuses, mouvements sectaires, avocats aux pratiques non-conformes à la déontologie et uniquement intéressés par l’appât du gain : les attaques terroristes de novembre 2015 ont réveillé les margoulins. » Margoulins étant un gentil euphémisme pour dire les ordures.

Vous y lirez, entre autres, comment, « alors qu’en France, le démarchage physique est interdit pour les avocats et qu’ils n’y étaient pas invités par les familles, des hommes de loi n’ont pas hésité à se rendre dans les hôpitaux parisiens où séjournaient les blessés des attentats, ni à pousser les portes des chambres pour proposer leurs services. » Et, lorsque le serpent (encore lui) se mord la queue… « Un ancien ministre aujourd’hui avocat a même pris la plume pour contacter une famille endeuillée après le 13 novembre »…

Mais outre les avocats, les psychologues « aux techniques bidons », les mouvements sectaires et autres ex-ministres… le beau tableau que voilà… « Les vautours du 13 novembre, ce sont aussi parfois les médias, conclut Anne JOUAN. La famille de Stéphane se souviendra longtemps de la dizaine de photographes plantés à la sortie de la cathédrale pour les obsèques de son fils de 23 ans tombé au Bataclan. « Alors, ça va ? Vous souffrez ? Ca se passe comment ? »

Alors : il ment, nous mentons, vous mentez… tout le monde ment… mais il paraît qu’« un mensonge bien fait vaut mieux qu’une méchante vérité »…

Chroniques

8H55
2 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Lundi 8 février 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......