LE DIRECT
Ted Cruz embrasse sa femme après l'annonce de sa victoire

A la maison blanche

4 min
À retrouver dans l'émission

La campagne présidentielle américaine a à peine débuté qu'elle envahit déjà la presse, et est traitée à la manière d'une série télévisée dont on attend avec impatience l'épisode suivant.

Ted Cruz embrasse sa femme après l'annonce de sa victoire
Ted Cruz embrasse sa femme après l'annonce de sa victoire Crédits : Jim Young - Reuters

Je ne sais pas si vous avez suivi cette très bonne série américaine… The West Wing en version originale, avec Martin SHEEN dans le rôle du président… une série qui s’est étalée sur 7 saisons… ou si vous êtes plutôt amateur de la version noire, House of Cards avec cette fois Kevin SPACEY dans le rôle titre de l’aspirant président manipulateur… série qui elle, est toujours en cours… on pourrait également citer l’hilarante série Veep, Madam Secretary, ou encore Political Animals avec Sigourney WEAVER dans les habits d’une clône d’Hillary CLINTON…

Bref… le pouvoir et la conquête de la Maison Blanche ont donné lieu ces dernières années à d’innombrables adaptations télévisuelles… et je fais ici volontairement l’impasse sur le cinéma… parce que c’est ce découpage sériel qui est aujourd’hui devenu tellement prégnant qu’il finit par en affecter la réalité médiatique…

Il suffit pour s’en rendre compte de regarder le traitement qui est fait du caucus de l’Iowa, et donc du début officiel de la course à la présidence américaine, dont l’épisode final sera diffusé le 8 novembre…

Rappelons qu’il ne s’agit même pas encore de la campagne officielle… mais bel et bien des primaires de chaque parti… On est donc vraiment dans l’antichambre de la conquête du pouvoir… et pourtant, le storytelling tourne à plein régime, cette histoire nous est racontée comme après une longue attente d’une série trop longtemps suspendue et dont le suspens est insoutenable… Tenez, l’édito du Monde par exemple prend des accents de résumé de programme télé : « La bonne tenue des insurgés est-elle durable ? Dans les deux camps, l’establishment est bien décidé à soutenir massivement ses candidats. (…) Au terme de ce galop d’essai dans la prairie du Midwest, les candidats de l’élite traditionnelle tiennent le coup face à ceux de l’insurrection antisystème »

Et le retournement inattendu du résultat de ce premier caucus fonctionne à ce titre également comme un cliffhanger de série… le cliffhanger, c’est le twist scénaristique final, celui qui relance le suspens… « Si pour Hillary CLINTON, c’est là le scénario du pire, pour Donald TRUMP, c’est tout simplement un cauchemar. (…) Débordé sur son extrême droite par Ted CRUZ, il est clairement menacé par Marco RUBIO qui pourrait bien mettre tout le monde d’accord, écrit Pascal COQUIS dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. (…) Les choses sérieuses ne font que commencer »… conclut-il, à la manière d’un « to be continued » qui vient sanctionner la fin de l’épisode... en attendant le « previouvsly » qui débutera le suivant…

Sébastien LACROIX de l’Union ne s’y trompe pas ce matin, quand il se demande, « sauf le respect que nous leur devons, comment les Américains en sont-ils arrivés à produire des campagnes électorales aussi grotesques ? La première puissance mondiale, ange tutélaire de la démocratie, nous fait vivre tous les quatre ans, par médias interposés, une sorte de télé-réalité de la politique mettant en scène des candidats dont on se demande parfois s’ils n’ont pas juste été choisis pour leur capacité à faire de l’audimat. (…) Le cirque est loin d’être terminé, puisque l’élection aura lieu le 8 novembre. D’ici là, la démocratie américaine nous promet des rebondissements pittoresques. » To be continued… donc.

Cet extrême storytelling… ce serait pourtant ce qui nuit à la presse…

Oui si on en croit le baromètre annuel TNS La Croix sur la crédibilité des médias que le journal publie ce matin… une crédibilité en baisse comparée à l’année dernière… même si la radio en tête, et la presse écrite juste derrière restent les deux médias auquel les personnes interrogées portent le plus de crédit…

« L’an dernier, les résultats avaient fait apparaître une nette amélioration. Mais l’enquête avait été réalisée juste au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, ce qui avait amené les personnes interrogées à affirmer davantage leur attachement à la liberté de la presse, affirme dans son édito Guillaume GOUBERT. Un an après, donc, la défiance est de retour. »

Et ce qui m’a paru intéressant dans cette enquête… c’est la perception du traitement d’un certain nombre de faits d’actualité de l’année 2015… Ainsi pourrez-vous lire dans La Croix que l’affaire de la sextape de Valbuena, le scandale de la FIFA ou encore le FN au premier tour des élections régionales font partie des sujets auquel les médias ont accordé trop de place, selon les personnes interrogées… trois événement qui ont pour point commun d’avoir été structuré à la façon d’un récit fantasmatique – fantasmatique dans le sens où les journalistes qui le traitent pensent que ce sont des sujets « qui font vendre »… un storytelling du plus pur jus dans l’acception qu’en fait Christian SALMON…

A l’inverse, les trois sujets dont les médias n’ont pas assez parlé – et vous allez voir que c’est assez parlant… des sujets que les mêmes personnes interrogées auraient aimé voir plus et mieux traités sont : la réforme du collège et les classes bilangues, l’attaque de l’université de Garissa au Kenya qui a fait 147 morts, et l’attentat de Beyrouth en novembre, qui a fait 37 morts. Des sujets certainement plus âpres, moins susceptibles de donner lieu à la construction d’un récit fictionnel.

Donc pour conclure, vous passez à la fiction pure

Oui, au lieu de poursuivre à décrire la narration du roman noir de l’actualité… autant se rassasier à la source… chez Rivages/Noir, la collection créée par François GUERIF chez Payot, qui fête ses 30 ans d’existence et son millième titre. C’est à lire ce matin dans les Echos.

Le millième titre en question, c’est « Gravesend » de William BOYD… « Le choix d’un total inconnu symbolise le perpétuel renouvellement du genre » confie François GUERIF, qui a contribué à faire découvrir au public français James ELLROY, Jim THOMPSON ou plus récemment David PEACE.

Avec environ 30 titres par an, et un chiffre d’affaire de 4 millions et demi l’an dernier, Rivages/Noir a trouvé son rythme de croisière… même si le secteur de l’édition du roman noir frôle la saturation… « Chaque maison d’édition peut désormais se targuer d’avoir sa propre collection, écrit Véronique RICHEBOIS. La surproduction guette le marché. Tandis que les indépendants, comme Sonatine ou Gallmeister, creusent activement leur sillon. »

Il est toujours temps, donc, en cette période de storytelling électoral américain, de relire plutôt que de revoir une série… la trilogie Underworld USA d’ELLROY, à commencer par American Tabloïd. Si vous n’avez jamais exploré ces contrées… vous m’en direz des nouvelles.

Chroniques

8H55
2 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Mercredi 3 février 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......