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Pas de fumée sans feu

6 min
À retrouver dans l'émission

Journée noire pour Renault suite à la révélation de perquisition de la direction des fraudes, réflexions sur la dissimulation et la causalité jusque dans la disparition du comédien Alan RICKMAN et le lien putatif avec un joueur de football d'Arsenal.
Pas de fumée sans feu… c’est l’expression universelle de la causalité… l’une des rares expressions qui trouve une traduction idiomatique dans à peu près toutes les langues… à part les chinois, qui préfèrent contempler l’océan… et dire « il n’y a pas de vague sans vent ».

Alan RICKMAN en 2011
Alan RICKMAN en 2011 Crédits : Reuters

Il n’y a pas de fumée sans feu donc… et, si l’on remonte ou plutôt si l’on descend la chaîne causale… il n’y a pas de gaz à effet de serre sans fumée… pourrait-on dire en 2016, réchauffement climatique et tropisme post COP21 oblige…

Et si on suit le fil de ce raisonnement implacable… il n’y a pas de voiture sans émission de gaz à effet de serre… et, ne nous arrêtons pas en si bon chemin… pas de constructeur automobile sans tentative de trafiquer les tests antipollution…

Bon, ok, j’ai sauté quelques étapes… néanmoins, depuis le scandale Volkswagen… les constructeurs automobiles sont suspects… tous suspects… et ce qui s’est passé hier chez Renault en est la preuve… « Renault pris la main dans le pot d’échappement », titre le Parisien… « Le constructeur français a vécu une journée noire hier avec la révélation de perquisitions par la Répression des fraudes et de taux de pollution trop élevés de ses moteurs ».

Conséquence immédiate (de la cause), le titre Renault a plongé en bourse, entraînant avec lui celui de Peugeot. Ce qui a conduit à une réaction immédiate de la ministre de l’écologie, Ségolène ROYAL pour éviter l’effondrement du constructeur français… « La fraude chez Renault n’existe pas, les actionnaires peuvent être rassurés, les salariés peuvent être rassurés » a déclaré hier la ministre sur tous les tons, rapporte ce matin l’Opinion… mais « est-ce la ministre de l’écologie ou le porte-parole de l’Etat, détenteur de 19,4% du constructeur, qui commente la séance boursière infernale vécue hier par Renault » s’interroge le journal… parce qu’à ce titre Ségolène ROYAL ressemble peu ou prou au pompier pyromane… celui qui met le feu et qui l’éteint… complexifiant très nettement ma chaine de causalité jusque là si parfaite…

En effet, Renault est à la fois au centre des investigations de la direction des fraudes… donc de Bercy… à la recherche d’un logiciel truqueur comme chez Volkswagen… mais aussi de tests menés par une commission technique indépendante missionnée par le ministère de l’Energie… une certaine Ségolène ROYAL, rappelle le Parisien… tiens donc… tests qui concernent TOUS les constructeurs… mais qui, pour Renault, ne sont pas bons… mais alors pas bon du tout.

« Nous avons reçu les premiers résultats et Renault affiche des résultats très supérieurs » en matière d’émission de CO02 et d’autres gaz polluants, selon un conseiller de Bercy cité par les Echos. Le nouvel Espace, par exemple, rejette plus de 2000 mg/km, là où la norme est de seulement… 80 mg/km…

Pas de fumée sans feu donc… et pas de visibilité dans la fumée…

Oui, autre rapport de causalité implacable : quand on est enfumé, on ne voit rien… et c’est bien d’enfumage dont il est question pour Renault… « Clairement, les constructeurs ont une ardente obligation de transparence, ce qui n’a pas toujours été leur qualité première, écrit Gaëtan de CAPELE dans le Figaro. Qu’on le veuille ou non, le dépassement des normes d’émission de Renault et de certains de ses confrères, qui se présentaient jusqu’ici comme irréprochables, pose tout de même quelques questions. »

Alors que les contrôles de la répression des fraudes étaient en cours, « le groupe de Carlos GHOSN a visiblement cru que les perquisitions pourraient rester secrètes, écrit Laurent BODIN dans l’Alsace. En son temps, les inventeurs du logiciel réduisant les émissions de polluants des véhicules Volkswagen étaient aussi persuadés que le stratagème ne serait jamais mis au jour. Renault paye cher sa stratégie d’évitement, voire d’étouffement. »

« Certes, ils ne commettent sans doute rien d’illégal, analyse David BARROUX dans son billet dans les Echos. Ils biaisent et jouent avec les lignes. Ils rappellent en cela le monde de la finance, qui, pour ne pas avoir à enfreindre les règles, a appris à inventer de nouveaux produits en profitant des failles juridiques. S’ils ne veulent pas devenir aussi impopulaires que les banquiers, il faudrait tout de même que les industriels arrêtent de croire que tout ce qui n’est pas interdit est de facto autorisé. »

Vous voulez pousser un cran plus loin la quête de causalité ce matin…

Oui, il faut parfois trouver des causes pour ordonner le monde, lorsqu’il devient trop chaotique… lorsque les effets s’enchaînent de façon trop brutale, il faut remonter leur chaîne et retrouver un peu d’ordre de façon à mieux pouvoir les appréhender… bref, chercher, encore et toujours, des causes lorsque les conséquences nous échappent…

Et comment ne pas se sentir démuni face à la mort d’Alan RICKMAN hier… « le bad guy préféré des anglais », titre Libération… Alan RICKMAN que l’on connaît essentiellement en France pour son rôle de « prof de potions au look embarrassant de fan tardif des Cure, Severus Rogue »… « Son roulement d’yeux et l’indolente onctuosité de sa voix pleine de langueurs ouvragées du bout des dents enlumineront des personnages aux données morales et capillaires très diverses », comme le vilain Hand GRUBERT de Piège de Cristal ou l’alter ego de monsieur Spock, le très dépressif docteur LAZARUS dans Galaxy Quest…

Mais Alan RICKMAN était avant tout un acteur shakespearien, habitué des planches et célèbre outre manche pour cela… devenu célèbre au sein de la prestigieuse Royal Shakespeare Company en 1988 pour sa version de l’infréquentable vicomte de VALMONT dans les Liaisons Dangereuses.

Alan RICKMAN est donc mort hier à l’âge de 69 ans… 69 ans, encore… comme David BOWIE… comme Michel DELPECH… vous la voyez la causalité, là... mais il y a encore plus troublant… c’est ce que révèle ce matin David CARZON dans Libération : la malédiction d’Aaron RAMSEY … qui est Aaron RAMSEY allez-vous me dire… eh bien c’est un joueur de football, qui évolue dans le club d’Arsenal… Aaron RAMSEY qui a marqué un but la veille de la mort d’Alan RICKMAN… ça vous fait une belle jambe, allez vous me dire… certes… Mais si je vous dis qu’Aaron RAMSEY a aussi marqué un but la veille de la mort de David BOWIE… la veille de la mort de Robin WILLIAMS… de celle de Whitney HOUSTON… de KHADAFI, de Steve JOBS… et même de Ben LADEN…

Coïncidence allez vous me dire… eh bien moi je vous dis : causalité… et puis tenez, tant qu’on y est… Donald TRUMP a 69 ans. Mais aussi Gérard HOLTZ. Et Sylvester STALLONE. CHER. Ou Patti SMITH… non pas Patti SMITH… si Patti SMITH… bref… 69 ans en 2016… numérotez vos abattis !!

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