LE DIRECT
Umberto ECO en 2000

Que vive le journalisme critique !

5 min
À retrouver dans l'émission

Hommage à Umberto Eco, qui livre sa vision du journalisme dans un entretien accordé au Monde ; et la presse du jour se déchire sur les négociations autour de l'assurance chômage qui s'ouvrent aujourd'hui.

Umberto ECO en 2000
Umberto ECO en 2000 Crédits : STR New - Reuters

"Que vive le journalisme critique !" ; cette formule est celle d’Umberto ECO… Le romancier, sémiologue et journaliste avait accordé au journal Le Monde en mai 2015 un entretien sur sa vision de la presse… entretien réalisé par Nicolas TRUONG, pas toujours très amène avec les journaux et les journalistes, comme vous allez l’entendre, republié, donc, dans l’édition datée de dimanche lundi et dont je vous livre ce matin quelques extraits…

« Je lis au moins deux journaux tous les matins et je jette un œil sur une grande partie de la presse chaque jour. Je ne peux prendre mon café ni commencer une journée sans m’y plonger. Je suis fidèle à l’idée de HEGEL selon laquelle la lecture des journaux reste « la prière quotidienne de l’homme moderne. »

Après cette déclaration d’amour liminaire, Umberto ECO poursuit sur un ton nettement plus critique : « Mais je ne regarde bien souvent que les titres des articles, car la presse s’acharne trop souvent à répéter le matin les nouvelles révélées depuis la veille. (…) La presse s’échine encore à reprendre, sans grande valeur ajoutée, des informations qui sont diffusées en boucle par les radios et les chaînes de télévision en continu. C’est une crise énorme qui date presque de la naissance de la télévision. (…) La question n’est pas mince : comment remplir 40 ou 50 pages lorsque l’essentiel de l’information, comme (…) la prise de Palmyre par l’Etat islamique, par exemple, circule partout depuis la veille ? »

A ce regard critique, Umberto ECO avance ses solutions : « Les principales informations peuvent se réduire à une seule colonne du journal, comme le fait le New York Times. C’est pour cette raison que la presse exigeante doit approfondir l’actualité, faire de la place aux idées. (…) Oui, il faut réhabiliter le journalisme critique, augmenter même son champ d’action, notamment au Web. (…) On ne devrait pas renoncer à forger le goût du public. Le journal peut être un filtre critique et démocratique. Dans ma jeunesse, certains poèmes envoyés par des lecteurs étaient évalués par un grand critique. Ce fut déterminant pour ma formation littéraire. »

Et pour conclure, lorsque Nicolas TRUONG interroge Umberto ECO sur le recours aux poncifs par les journalistes et à l’uniformisation du style dans les médias… il répond ceci : « On dit que la littérature sert à tenir en exercice le langage, mais la presse devrait avoir le même but. Le poncif paralyse la langue. »

Ceci étant posé… est-ce que le journalisme critique vit dans la presse du jour

Je me garderai bien de répondre à cette question chausse-trappe, Guillaume… tout juste puis-je vous signifier que la question de la réforme de l’assurance chômage a aiguisé quelques plumes…

Et notamment celle de Jean-Emmanuel DUCOIN dans l’Humanité… sous le titre « Dérive morbide », il écrit comme avec une pointe de lame : « Soyons réalistes et lucides, deux vertus essentielles lorsqu’il s’agit de regarder l’Histoire – avec un grand H – droit dans les yeux. La bataille sociale qui s’engage (…) s’avère tellement importante qu’elle pourrait ébranler, voire détruire deux piliers constitutifs de la République telle que nous l’exaltons : le traitement du chômage et les droits élémentaires des travailleurs. (…) Pour le chômage, les solutions imaginées sont éloquentes, écrit Jean-Emmanuel DUCOIN : raccourcir encore la durée d’indemnisation, réintroduire la dégressivité, etc. En somme, si le chômage ne baisse pas (…) c’est sûrement que les sans-emploi eux-mêmes portent une responsabilité. (…) Le problème n’est plus le chômage, mais les chômeurs ! »

Dans un style moins critique, mais tout aussi lucide, les Echos rappellent que « Le léger repli espéré du chômage en 2016 sera loin de suffire et le patronat ferme la porte à toute hausse de cotisations au nom de la compétitivité : il faudra donc un recul notable de tout ou partie des droits des chômeurs. De quoi faire vaciller un nouveau totem à gauche et y accentuer les dissensions. »

Ainsi Etienne LEFEBVRE, toujours dans les Echos, essaye de dégager les pistes qui pourraient aboutir à un consensus : « une modification du régime des plus de 50 ans (jusqu’à 36 mois d’indemnités), une borne d’âge qui ne correspond plus vraiment à la notion de senior. (…) L’allocation chômage pourrait être calculée sur la base du revenu mensuel moyen et non, comme aujourd’hui, sur la base du salaire moyen des jours travaillés. (…) Et du côté des entreprises, la taxation des CDD pourrait être accrue. »

Dans l’Humanité, les propositions de la CGT ne vont pas tout à fait dans le même sens… Eric AUBIN, chargé des questions d’emploi, suggère « une surcotisation qui inclurait les contrats d’usage, les CDDU, et les contrats d’intérim. Cela permettrait, selon lui, d’économiser 600 à 700 millions. (…) [ainsi que] le déplafonnement des contributions et des allocations. (…) Au-delà, de 12 000 euros de salaire par mois, il n’y a pas de cotisation à l’assurance chômage. (…) Selon l’Unedic, 133 000 personnes seraient concernées par une hausse de cotisation et 1200 par l’augmentation des allocations. Tout cela ferait entrer plus de 700 millions d’euros. »

Bref, on voit bien que, comme l’annonce le Figaro dans ses pages éco, la négociation va se dérouler « sous pression »… et comme le conclut Dominique GRENIER dans son édito dans la Croix : « Et puisque la réforme du droit du travail semble aller dans le sens d’une plus grande flexibilité, ne faudrait-il pas renforcer les droits sociaux des travailleurs en contrepartie des concessions qu’ils seraient amenés à faire, au lieu de les réduire ? Ce qui suppose de penser l’indemnisation et la formation des chômeurs, non pas d’abord comme des dépenses, mais comme des instruments au service de la fluidité du marché du travail, susceptibles de faciliter les transitions d’un emploi à un autre, dans un univers économique en pleine transformation. »

Chroniques

8H55
3 min

La Séquence des partenaires

La Séquence des partenaires : Lundi 22 février 2016
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......