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Plateau du jeu "Qui est-ce ?"

"Qui est-ce ?"

6 min
À retrouver dans l'émission

Sur le plateau des personnages du jeu "Qui est-ce ?", le chef de l’État et le gouvernement brouillent les pistes politiques, tandis que le vieux clivage droite/gauche apparaît clairement dans la presse sur la réforme des 35 heures ; et hommage à Andrzej ZULAWSKI.

Plateau du jeu "Qui est-ce ?"
Plateau du jeu "Qui est-ce ?"

Vous vous souvenez certainement de ce jeu de société… « Qui est-ce ? », c’est un jeu qui consiste, sur un plateau avec différents visages, qui ont tous un certain nombre de points communs, à deviner celui qui a été tiré par l’adversaire… ainsi pour les différencier, posera-t-on un certain nombre de questions, comme « est-ce que la personne a des lunettes… des cheveux longs… des boucles d’oreilles »… bref, la mécanique du jeu est ainsi faite qu’on se concentre sur les légères différences pour identifier la singularité.

Et c’est à ce jeu, « qui est-ce » que le gouvernement semble ce matin, à la lecture de la presse, exceller… exceller dans le sens où il trouble les pistes à tel point qu’il devient quasi impossible de trouver ce qui le distingue des autres personnages du plateau de jeu politique… et notamment avec ce projet de loi EL KHOMRI sur la réforme du droit du travail… et son principal étendard, le symbole qui cristallise toutes les passions depuis plus de 15 ans en France : les 35 heures…

« Ce n’est peut-être pas le « grand soir » du libéralisme, pour Jean-Francis PECRESSE dans les Échos. Mais c’est au moins un « petit soir » que l’économie française va vivre si la ministre de l’emploi, Myriam EL KHOMRI, parvient à faire voter par une majorité parlementaire de gauche son projet de réforme de la législation du travail, un texte qu’aurait pu – et qu’aurait dû – rédiger la droite. » Idem sous la plume de Grégoire BISEAU dans Libération : « A entendre la droite, [les 35 heures] seraient la signature d’un mal hexagonal. La vitrine d’une France en déclin qui a décroché dans la compétition internationale. Plus surprenant, le gouvernement de Manuel VALLS n’est pas loin de penser la même chose ». Et Jean-Francis PECRESSE ajoute : « surtout si l’on y ajoute la sécurisation légale du licenciement économique »

Parce qu’il n’y a en effet pas que la fin des 35h dans ce texte…. Mais tout un arsenal de mesures assumées comme libérales… Et « Qui est-ce » qui a rédigé ce texte ? « Qui est-ce » donc… Patrick APEL-MULLER dans l’Humanité y perd son latin… « Mais que restera-t-il à Nicolas SARKOZY ? Je n’évoque pas là ses malheurs judiciaires, écrit l’éditorialiste, mais le pillage en règle dont il est victime. Après lui avoir ôté la part de copropriété qu’il détenait avec Marine LE PEN sur la déchéance de nationalité, voilà que François HOLLANDE et Manuel VALLS lui dérobent son libéralisme forcené. La loi qu’ils ont chargé Myriam EL KHOMRI de présenter est une véritable bombe placée au cœur du monde du travail, pulvérisant le droit au repos, démantelant le droit syndical (…) hachant menu les protections contre les licenciements. » Et, comble de l’horreur et de l’insulte aux yeux de Patrick APEL-MULLER : « Le site du Figaro hier soir éprouvait un ravissement au bord de la pâmoison et même de l’épectase », « épectase » étant utilisé ici non pas comme le « progrès de l’homme vers Dieu », mais dans son acception de « décès pendant l’orgasme ».

Heureusement, personne n’est mort à la rédaction du Figaro !

Non seulement personne n’est mort… mais Patrick APEL-MULLER n’a pas fini de s’étouffer, à la lecture de l’édito du Figaro ce matin, édito signé Gaétan DE CAPELE, et intitulé « La fin d’une calamité » POINT D’INTERROGATION… la nuance est de taille… Je vous en livre un passage…

« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? François HOLLANDE ayant strictement interdit que l’on remette en cause les sacro-saintes 35 heures, le gouvernement se découvre une ingéniosité sans bornes pour les vider sans le dire de leur substance (permettez moi un rapide aparté pour interroger, en toute impartialité, la notion de « sans le dire », surtout à la lecture des cris d’orfraie et des étranglements d’une partie de la presse et de la classe politique ce matin… mais je reprends). Adopté tel quel, (le texte) donnerait aux entreprises mille et une possibilités de déroger à la règle. (et c’est là où j’attire l’attention de Patrick APEL-MULLER s’il nous écoute, en lui suggérant d’avaler sa gorgée de café ou de finir de mâcher sa biscotte pour ne pas s’étouffer) : à une nuance près, qui n’est pas mince, écrit Gaétan de CAPELE : la moindre exception à la durée légale du temps de travail nécessitera un accord majoritaire avec les syndicats, pour le moins hostiles à un tel charcutage. Bon courage aux audacieux… » conclut l’éditorialiste.

Autant le gouvernement brouille les pistes comme on l’a vu dans sa partie de « Qui est-ce » politique… autant sur ce totem que représentent les 35h, il est toujours assez savoureux de constater que dans la presse, la bonne vieille mécanique du clivage tourne à plein régime… avec d’un côté, un Grégoire BISEAU dans Libération qui écrit qu’on « a du mal à comprendre comment un allongement du temps de travail pourrait, à court terme, stimuler la création d’emplois. (…) Un ministre confie, effondré : « Notre problème, ce n’est pas les 35 heures. Si politiquement on veut absolument briser des tabous de la gauche, il serait plus opportun de réfléchir au contrat de travail. »

J’ose à peine vous parler de la réaction de Gérard FILOCHE, membre de la direction du PS, qui évoque dans les colonnes de l’Huma « la plus importante contre-révolution depuis un siècle. C’est une attaque à la bombe thermonucléaire contre l’ancien Code du Travail », tandis que Jean-Francis PECRESSE conclut lui, pour sa part, qu’il ne faut pas « qualifier de révolution libérale cette réforme de la législation du travail, [notamment parce que] ce gouvernement, n’échappant pas totalement à son vieux travers de l’équilibre permanent, a glissé dans son texte un épouvantail à chefs d’entreprise : l’augmentation considérable du volume d’heures de délégation syndicale. »

Comme quoi, si on lit clair dans le clivage partisan de vos journaux ce matin… à la partie de « Qui est-ce » politique, François HOLLANDE et Manuel VALLS gagnent, eux, haut la main.

On finit par un autre « Qui est-ce »… mais cinéma ou littérature cette fois…

Oui, qui était vraiment Andrzej ZULAWSKI, un cinéaste ou un écrivain… un réalisateur littéraire ou un romancier et poète happé par l’image ? Vous trouverez ce matin deux très beaux hommages à ZULAWSKI, qui nous a quitté hier à l’âge de 75 ans… dans le Figaro sous la plume d’Armelle HELIOT et l’Humanité ; sous celle de Sophie JOUBERT… je vous en cite deux extraits.

« S’il avait choisi le cinéma pour s’exprimer, Andrzej ZULAWSKI était sans doute, d’abord un homme de lettres et sa vie durant, en poèmes et récits, en romans inspirés souvent de faits réels et transfigurés, il aura écrit. »

« Excessif, disciple autoproclamé d’un « cinéma qui n’existe plus », celui de KUROSAWA, WELLES et FELLINI, il était aussi un amoureux de la littérature et citait volontiers NAIPAUL, KAFKA et HEMINGWAY. (…) Son dernier film, Cosmos, était adapté du roman éponyme de son compatriote Witold GOMBROWICZ. Littéraire, jusqu’au bout. »

Chroniques

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La Séquence des partenaires : Jeudi 18 février 2016
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