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Felicity Finch et Tim Bentinck sont Ruth et David Archer.

Un ami qui vous veut du bien

7 min
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Le conseil départemental du Haut-Rhin a voté une délibération pour conditionner le versement du RSA à 7h d'activité bénévole par semaine. Une décision qui relance le débat sur l'assistanat et sur la notion de "vouloir du bien".

Felicity Finch et Tim Bentinck sont Ruth et David Archer.
Felicity Finch et Tim Bentinck sont Ruth et David Archer. Crédits : BBC

Si on pousse un peu la paronymie… en jouant avec le signifiant, on pourrait aller jusqu’à dire : « Haut-Rhin, un ami qui vous veut du bien »… et oui, parce que le conseil départemental du Haut-Rhin a voté une délibération qui conditionne le versement du RSA, le Revenu de Solidarité Active, à une activité bénévole de 7 heures.

Pourquoi est-ce que le fait de vouloir conditionner la délivrance d’un minima social à la pratique de travaux d’intérêts généraux signifierait-il « vouloir du bien » aux populations défavorisées…

Et bien tout simplement parce que c’est étymologiquement ça, le bénévolat… de bene et volens… vouloir du bien à autrui… et par extension, favorable, bienveillant (qui est construit sur la même racine)…

Or, comme le rappelle Bernard MAILLARD dans le Républicain Lorrain : « Conditionner l’octroi du RSA à 7 heures hebdomadaires de bénévolat constitue une somme d’erreurs. C’est d’abord une méconnaissance de la langue française. Est « bénévole » celui ou celle « qui remplit de bonne grâce et sans but lucratif des fonctions librement choisies ». Méconnaissance du RSA ensuite. Le droit à un revenu minimum est déjà assorti de devoirs, notamment celui de chercher un emploi. »

Il faut dire que la presse en général, à de rares exceptions près, n’est pas très emballée par cette délibération. « Des études ont montré l’intérêt pour des personnes restées longtemps éloignées du monde du travail d’exercer une activité bénévole, écrit Dominique GREINER dans la Croix. Pourtant, une chose est de proposer à des bénéficiaires de minima sociaux de consacrer quelques heures chaque semaine à une activité bénévole ; une autre est d’en faire une condition pour pouvoir accéder à ces prestations. »

« L’intention de départ est louable, pour Olivier PIROT de la Nouvelle République, mais elle comporte un certain nombre de risques. Le 1er est que cette obligation à bénévolat ressemble à des travaux d’intérêt général. Une sorte de double peine, pour des personnes en difficulté. Ces bénévoles forcés risquent de créer une brèche dans le monde du travail et d’instaurer une concurrence avec des emplois réels. »

« Cette décision, impossible à appliquer selon la ministre des Affaires sociales, relève d’une certaine démagogie selon Alain DUSART de l’Est Républicain. Une société qui stigmatise ainsi ses pauvres ne se révèle-t-elle pas malade ? »

Cette affaire oublie enfin « la fonction des Départements, qui ne sont en cette matière que des guichets distributeurs, conclut Bernard MAILLARD. Elle illustre au fond la frustration des élus départementaux, qui aimeraient tant faire la loi quand ils ne sont que des gestionnaires. C’est dommage pour leur égo, mais c’est heureux pour la cohésion nationale ».

C’est un peu facile de réduire ce débat à « vouloir du bien » ou « vouloir du mal » ?

Disons que c’est un parti pris… L’économiste Nicolas BOUZOU ne dit pas autre chose dans sa tribune dans le Figaro… « cette décision ouvre un débat central pour l’avenir de notre pays : celui de l’efficacité des politiques de lutte contre la pauvreté. (…) Les observateurs qui opposent à cette décision une posture du type « on stigmatise les bénéficiaires du RSA » passent à 25 kilomètres du problème. (…) Ceux qui, comme l’auteur de ces lignes – Nicolas BOUZOU donc, sont favorables à la dégressivité des indemnisations chômage en faisant observer que tous les pays qui sont revenus au plein emploi ont adopté ce type de mesure, passent pour des gens « méchants ». Au fond, il s’agit de l’éternel combat entre les bons sentiments et le rationalisme. Il faut faire avec. »

Vous voyez donc que l’on revient à cette question de « vouloir du mal » ou « vouloir du bien », une pensée sacrifiée sur l’autel du rationalisme économique, puisque pour Nicolas BOUZOU, « si nous laissions les régions et départements mener les politiques publiques qu’ils considèrent comme les plus pertinentes pour leurs territoires, nous verrions émerger les meilleures pratiques qui, espérons-le, seraient imitées par d’autres. »

Pour conclure, si « cette décision relance le débat sur l’efficacité des politiques de lutte contre la pauvreté »… on pourra signaler à ce titre cette actualité contiguë : « Travailleurs pauvres, la prime d’activité fait recette », c’est le titre de l’article des Echos. « La nouvelle prestation sociale de soutien aux travailleurs pauvres démarre sur les chapeaux de roues » - une prime de 170 euros en moyenne par foyer qui se substitue au RSA socle et à la prime pour l’emploi, et a touché 1 million et demi de foyers… soit 50% des foyers concernés, là où seuls un tiers percevaient le RSA… C’est donc un succès incontestable, notamment pour les jeunes de 18 à 25 qui étaient jusqu’à présent exclus du dispositif.

Et pour conclure… une fiction qui vous veut du bien…

Sur France Culture… cette fiction bienveillante (bene volens – c’est la même étymologie, je vous le rappelle)… c’est Tintin et les cigares du pharaon… tous les soirs de la semaine à 20h30… et de l’autre côté de la Manche, sur Radio 4… la radio de la BBC que l’on pourrait apparenter à France Culture… cette fiction bienveillante donc, c’est The Archers… une fiction qui rassemble chaque soir 5 millions d’auditeurs… et qui a fêté en janvier ses 65 ans… et son 18 000ème épisode (chaque épisode durant un quart d’heure, il faudrait plus d’un an pour tout réécouter à raison de 12 heures d’écoute par jour).

C’est une histoire à lire dans les Echos ce matin… « Tout a commencé le 1er janvier 1951. A l’origine, l’idée est d’utiliser le format de la fiction pour éduquer le public après la guerre et en particulier d’encourager les paysans à accroître leur production alors que le rationnement n’avait pas encore cessé. « The Archers », un couple de fermiers, sont bombardés héros d’un « soap opéra agricole » sans fin. »

« Les héros de « The Archers » sont inconnus du grand public, mais des célébrités font des apparitions » comme les Pet Shop Boys ou Margaret, la sœur de la reine. « Les grands événements font des pics d’audience. La mort de Grace Archer en 1955 a été écoutée par 20 millions de Britanniques. »

20 millions d’auditeurs, c’est tout le bien qu’on souhaite à Tintin et aux fictions de France Culture. Bene Volens. CQFD.

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