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Un mal, des mots

6 min
À retrouver dans l'émission

Chômage de masse, pessimisme endémique : les maux de la société française vus à travers le prisme du "Blue Monday", le troisième lundi de janvier, jour censé être le plus déprimant de l'année.
Vous vous souvenez certainement de ce slogan, « un mal, des mots »… slogan était celui d’une célèbre chaine d’écoute téléphonique à l’attention des personnes isolées et malheureuses…

Demandeurs d'emploi dans une agence
Demandeurs d'emploi dans une agence Crédits : Reuters

Et un petit coup de fil à SOS Amitiés… c’est tout ce que l’on peut souhaiter à la lecture de la presse ce matin… la presse qui déplore, dans son ensemble ce mal français… lequel me direz-vous… eh bien il y en a plusieurs… « le masochisme français est inépuisable, déplore Laurent JOFFRIN dans Libération… Il est désormais possible qu’à la fin des fins, et contre tant de sinistres prophéties, la courbe du chômage s’inverse en France. (…) Il n’en faudra pas moins pour que le résultat ainsi obtenu soit aussitôt dénigré. Pour la droite et l’extrême gauche, le gouvernement a échoué quoi qu’il arrive, quand bien même il aurait commencé à améliorer – un peu – la situation. Sous HOLLANDE, quelque chose pourrait aller mieux ? Horreur ! »

Voilà, selon Libération, le mal français est celui-ci : le dénigrement, le pessimisme… on pourra d’ailleurs être assez surpris par le titre et la photo choisis, à côté de cet édito, et qui semblent dire tout l’inverse de ce qu’écrit Laurent JOFFRIN : « chômage, une baisse au forceps »… et surtout cette incroyable photo du chef de l’Etat, en pleine page… une photo prise au cours d’une visite d’entreprise, François HOLLANDE traverse un rideau en plastique… le visage inquiet, sans lunettes, le front soucieux et le regard perdu… avec un strabisme qui rend son visage presque méconnaissable…

Et il faut bien donner raison à Laurent JOFFRIN… parce qu’à part lui, il n’y a aucun éditorialiste qui se montre optimiste sur ce plan pour l’emploi que doit annoncer le chef de l’Etat aujourd’hui…

Ainsi le Parisien et le Figaro l’analysent à peu près de la même façon, avec une bonne dose de cynisme : « Comment HOLLANDE veut sauver son emploi », pour le Parisien… « Chômage, le plan de HOLLANDE pour être candidat », titre le Figaro. « De ce que l’on sait, le plan d’urgence contre le chômage bricolé à la hâte par le chef de l’Etat, auquel personne n’accorde le moindre crédit, risque lui aussi de finir aux oubliettes. Comment pourrait-il en être autrement ? s’interroge Gaëtan de CAPELLE dans son édito. La réalité est que, davantage qu’en faveur de l’emploi, il s’agit d’un plan d’urgence pour François HOLLANDE lui-même ».

Etienne LEFEBVRE dans les Echos est un chouya moins négatif… « Certes, le plan de formation de 500 000 chômeurs supplémentaires va dans la bonne direction, de même que la prime de 2000 euros envisagées sur les nouvelles embauches dans les entreprises de moins de 250 salariés. (…) Mais ce plan, qui devrait coûter 2 milliards d’euros aux finances publiques, n’est pas susceptible, en soi, de remédier au mal français qui se caractérise par de très faibles créations de postes dans le secteur privé, (…) conduisant à un chômage de masse même en période d’embellie économique. »

Le chômage de masse, l’autre grand mal français… après le pessimisme et le masochisme… bonjour, bon réveil, bon lundi à tous…

Il faut dire que ce lundi est un lundi particulier…

Oui, le troisième lundi de janvier… c’est le Blue Monday… le lundi du blues, ou le jour le plus déprimant de l’année, selon le calcul fumeux d’un psychologue gallois payé en 2005 par une compagnie aérienne voulant vanter les mérites d’un voyage au soleil…

Le calcul fumeux est le suivant : la météo additionnée au différentiel entre les dettes contractées avant Noël et l’incapacité de les rembourser, le tout multiplié par le temps écoulé depuis les fêtes, puissance celui écoulé depuis nos résolutions de la nouvelle année, divisé par le manque de motivation et le besoin d’agir… résultat : ça va pas être facile facile aujourd’hui…

Donc si vous avez un peu le moral dans les chaussettes ce matin, faut pas vous en faire, c’est normal … et tenez, du coup, je suis allé à la recherche de quelques points de vue positifs dans les journaux ce matin… La Croix ose ainsi titrer en Une : « Former les chômeurs ? chiche ! ». Le journal a donné la parole à plusieurs chômeurs qui témoignent de l’importance de la formation dans leur retour vers l’emploi… Des témoignages plutôt encourageants, donc… « Quand l’Allemagne forme 2 chômeurs sur 10, nous c’est un sur 10, l’Autriche 4 sur 10 », rappelle la ministre du travail Myriam EL KHOMRI. Or, « près de 2 millions de demandeurs d’emploi n’ont pas le niveau bac, près de 680 000 ont un niveau inférieur au niveau CAP ».

Autre point de vue, différent mais non moins intéressant… c’est celui de l’économiste Baptiste MYLONDO, interrogé dans Libération… Il explique que « L’emploi n’est qu’une manière de travailler parmi d’autres ». Partisan de l’expérimentation du revenu universel qui permettrait « d’arrêter de survaloriser l’emploi et de mieux reconnaître les autres activités utiles socialement. » « A l’heure actuelle, nos sociétés produisent déjà trop. Alors pourquoi faudrait-il travailler plus pour produire plus ? Quant au sentiment d’exclusion, c’est un peu une construction sociale, explique l’économiste. Certes, l’emploi est une source de reconnaissance, d’estime de soi et de lien social, mais ce n’est pas la seule. D’autres activités associatives ou collectives jouent ces rôles. Malheureusement, on ne les voit pas ainsi. Si on veut vraiment lutter contre le chômage, il faut reconnaître leur utilité sociale. »

Barbara ROMAGNAN propose également des solutions dans sa chronique dans l’Humanité, pour lutter contre le pessimisme français endémique, via le livre de Guillaume DUVAL « La France ne sera plus jamais une grande puissance, tant mieux ! ». « On sait que les Français sont parmi les plus pessimistes au monde, écrit-elle. S’il y a lieu d’être inquiet des 5 millions de chômeurs, de la désindustrialisation, du climat de méfiance à l’égard des autres, l’auteur pense que cela vient avant tout d’un sentiment de déclin par rapport à un âge d’or fantasmé. » Or, « notre avenir collectif n’est pas forcément sombre, comme cela est trop souvent affirmé. En effet, on peut bien vivre sans s’imposer au reste du monde, comme le montre notamment l’exemple des pays scandinaves. (…) Il rappelle que nous bénéficions d’une démographie équilibrée, d’infrastructures et d’une protection sociale de qualité, que les salariés français restent parmi les plus productifs au monde, (…) et enfin que nos rapports avec le sud de la Méditerranée sont des atouts pour nous insérer dans le monde. »

Alors vous allez tirer les rideaux, mettre votre plus gros pull, un bon morceau de musique dans les oreilles et hop ! Sortez de chez vous, vous allez voir, ce Blue Monday… il va passer crème.

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