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Une autre histoire de la violence

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Cinq ans après la chute de BEN ALI, quel bilan tirer de la révolution tunisienne et des printemps arabes ? Un bilan bien sombre, qui raconte une autre histoire de la violence.
Dans la continuité de ce que disait Edouard LOUIS tout à l’heure… cette grande histoire de la violence contemporaine qu’écrit jour après jour la presse, c’est la narration continue du récit brutal, inhumain, cruel de l’actualité.

Au chapitre du jour, une histoire de la violence des pays arabes, cinq ans après la chute du dictateur BEN ALI en Tunisie… « Cinq ans de descente aux enfers », écrit Philippe GELIE dans le Figaro, ce qui donne le ton de ce chapitre aux accents que l’ont pourrait qualifier de dantesques s’il n’était pas malheureusement écrit dans le sang de révoltes étouffées ou préemptées par de nouveaux pouvoirs autoritaires…

Drapeau tunisien lors des commémoration en 2015
Drapeau tunisien lors des commémoration en 2015 Crédits : Reuters

« Lorsqu’on contemple aujourd’hui l’état du monde arabe, force est de constater que les « printemps » de 2011 ont bien mal tourné, écrit encore Philippe GELIE. A l’exception de la fragile expérience démocratique tunisienne, nullement immune du péril islamiste, ils se sont soldés au mieux par un retour de l’ordre ancien, comme en Egypte, au pire par un chaos plus ou moins total, comme en Syrie ou en Libye. Partout, l’intégrisme religieux s’est renforcé, le djihad a prospéré, les libertés ont reculé. »

« Cinq ans après la fuite de BEN ALI, le bilan du Printemps arabe est affligeant, estime également Laurent MARCHAND dans Ouest France. Lorsque la restauration autoritaire ne l’a pas emporté, c’est la violence djihadiste et le chaos de la guerre civile qui dominent. On ne parle plus de jasmin, mais de DAECH. Onze millions de Syriens ont dû fuir leur foyer. Le Yémen est en guerre. La Libye en ruines. L’économie de tous les pays arabes à terre. »

Et tous les titres de presse sont ce matin à peu près unanimes pour dresser un bilan fort sombre de ces cinq ans du début des printemps arabes. Ainsi trouverez-vous dans les Echos cette carte, et qui dit carte dit réalité implacable de la géographie, de la description du réel par l’espace, qui montre comment sur les cinq pays choisis, ce qui prévaut cinq ans après, c’est avant tout le chaos et l’autoritarisme… avec ce constat, tout aussi implacable : « la chute des régimes répressifs et corrompus n’a pas permis l’éclosion de l’Etat de droit. »

Il y a pourtant une exception à ce constat, c’est la situation en Tunisie.

Une exception, mais une exception bien fragile… c’est le titre de l’article de Michel de GRANDI dans Les Echos… « L’attribution du prix Nobel de la paix en 2015 au Quartet du dialogue national, largement célébré à l’étranger comme ayant fortement contribué à la transition démocratique de la Tunisie, ne peut masquer les blessures profondes du pays. »

Constat partagé par Georges MALBRUNOT dans le Figaro : « C’est la seule lueur d’espoir parmi tous ces échecs, reconnaît un diplomate, mais elle est fragile. » Déstabilisation à partir de la Libye voisine, faiblesse des forces de sécurité, djihadistes bien présents : les défis sont nombreux. »

Vous pourrez lire dans La Croix un reportage dans la ville de KASSERINE, une ville au cœur des régions déshéritées de l’intérieur du pays, devenue le symbole de la révolution… mais une ville qui elle aussi a abdiqué une partie de ses espoirs… comme le raconte l’envoyé spécial du journal, Thierry BRESILLON, qui a assisté à une cérémonie d’hommage aux victimes tuées par les policiers il y a cinq ans… « Le 10 janvier, la journée la plus sanglante de la répression, les images tournées à l’hôpital, de médecins essayant de sauver les émeutiers tombés sous les balles, avaient ému toute la Tunisie. Elles avaient probablement contribué à emballer la mobilisation qui, quatre jours plus tard, a conduit à la fuite de BEN ALI », raconte Thierry BRESILLON.

Mais aujourd’hui, « depuis la mort de leurs fils, tous les responsables policiers ont été libérés, et rien n’a sorti la région de son désenclavement. (…) Un travailleur sur quatre n’a pas d’emploi, un foyer sur trois n’a pas accès à l’eau potable, le taux d’analphabétisme atteint 32%, contre 12% à Tunis. »

« La désillusion semble avoir engourdi Kasserine, conclut le journaliste, mais la colère est toujours là. « S’il faut une deuxième révolution pour que les choses changent, avertit Salha BASSOUSSI, la mère d’une des victimes de janvier 2011, je suis prête à envoyer mes cinq fils à la rue. »

Il n’y a guère que l’Humanité qui tente une approche un soupçon plus optimiste, sous la plume de Jean-Paul PIEROT, toujours à propos de la Tunisie… Depuis 5 ans, « les forces progressistes ont résisté aux tentatives de déstabilisation ourdies par tous les ennemis de la démocratie. (…) Les attaques terroristes n’ont pas découragé les forces sociales, la jeunesse, les femmes, les syndicalistes. Elles n’ont pas empêché les Tunisiens de se doter d’une Constitution dont ils sont légitimement fiers. D’autres combats attendent le peuple pour surmonter d’immenses difficultés. Mais le jasmin de la révolution est toujours en fleurs. »

Des lueurs d’espoir malgré tout bien maigres…

Et oui Guillaume, la voilà, cette histoire de la violence qui s’écrit sous nos yeux, depuis cinq mais depuis bien plus longtemps en fait… une histoire qui se propage, qui gagne nos terres, par la route, par la mer… cet exode massif dont nous sommes les témoins impuissants depuis plusieurs mois… et c’est dans ces jungles, dans ces espaces de relégation que l’on peut trouver d’autres petites lueurs d’espoir, paradoxalement… comme nous le montre Le Parisien ce matin dans un reportage à Calais… ou des bénévoles anglais font le trajet vers la France, pour venir en aide aux familles de réfugiés…

Dans un vaste hangar à la périphérie de la ville… « les boites de porridge s’entassent à côté des haricots blancs tandis que la sono enchaine les tubes de Blur et de David Bowie. (…) Depuis trois mois, cet entrepôt de 1700 m² accueille les dons qui affluent massivement d’outre-Manche pour secourir les migrants. Un formidable élan de générosité qui s’est doublé de l’arrivée de nombreux bénévoles anglais, désormais largement majoritaires dans la jungle. » « Il faut bien reconnaître que sans eux, je ne sais pas comment nous aurions tenu… Nous étions débordés, fatigués, nous n’avions plus de stock ni d’argent », confie un membre français de l’Auberge des migrants.

Vous pourrez également lire le portrait d’un autre de ces bénévoles anglais, Rob LAWRIE dans Libération… cet ancien militaire, qui faisait des allers-retours vers Calais pour construire des abris… jusqu’à cette nuit d’octobre, où à la demande d’un réfugié afghan, il prend sa petite fille de quatre ans avec lui et la cache dans sa voiture, pour la faire passer en Angleterre. Rob LAWRIE va être jugé aujourd’hui en France comme passeur. Il risque 30 000 euros d’amende et 5 ans de prison. Deux pétitions qui réclament la clémence pour LAWRIE ont recueilli plus de 118 000 signatures en France, et 53 000 au Royaume Uni.

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