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Comment distinguer le vrai du faux sur les origines de la Covid-19 ?

Comment distinguer le vrai du faux ?

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Cette semaine retour sur la notion de complotisme, alors que le président des États-Unis Joe Biden a ravivé une théorie jusque là considérée comme telle : la covid-19 pourrait bien être issue d’un accident de laboratoire...

Comment distinguer le vrai du faux sur les origines de la Covid-19 ?
Comment distinguer le vrai du faux sur les origines de la Covid-19 ? Crédits : Andriy Onufriyenko - Getty

Le Sars-cov-2 est-il issu d'un laboratoire ?   

Une thèse jusque là majoritairement jugée comme conspirationniste, au point que Facebook signale tous les contenus s’y référant comme étant des « fakes news ». Facebook a donc fait marche arrière cette semaine, l’origine humaine du virus sera désormais autorisée sur ses plateformes, tandis que Pékin accuse Washington de propager des théories complotistes... Devant ce retournement soudain, comment ne pas accréditer d’autres thèses dites alternatives, comment faire confiance, qui croire...

Dans la revue AOC , l’anthropologue Patrick Gaboriau et l’ethnologue Christian Ghasarian s’intéressent à l’opposition entre « science » et « croyances » et prennent, eux, l’exemple des pros et des anti vaccins. « Pour valider une position, la référence à une rationalité et une méthode (…) d’expérimentation est souvent opposée aux croyances, jugées irrationnelles » constatent les deux chercheurs, qui décortiquent ce dont est fait le savoir scientifique : des controverses, beaucoup de désaccords, des savoirs souvent de seconde main à travers des publications dans des revues, à travers des discussions lors de colloques et de séminaires. Un savoir, qui par nature, admet des ignorances. « En revanche, poursuivent Patrick Gaboriau et Christian Ghasarian, les croyances reposent sur des certitudes, des prises de parti qui tranchent, et en cela elles l’emportent sur la connaissance méthodique, par définition hésitante. Tout est donc question de confiance sur la nature de la source d’information, une forme de croyance donc, et c’est bien là le dilemme pour les deux chercheurs qui insistent sur le besoin de croire : les croyances (...) sont indispensables. Devant des données multiples et parfois contradictoires, les choix opérés assurent la continuité de la vie. Ainsi n’y a-t-il pas de dualisme simpliste entre les sciences et les croyances, car les premières s’articulent sur les secondes dont elles sont elles-mêmes une expression sociale. La fiabilité de nos convictions concluent-ils repose toujours sur une part de confiance dans les autres, où résonne toujours une part de croyances. 

Au début du siècle, George Bernard Shaw écrivait : « Ce n’est pas  l’incrédulité qui est dangereuse dans notre société, c’est la  croyance. » Auquel Marcel Pagnol répondait : « Telle est la faiblesse de  notre raison : elle ne sert le plus souvent qu’à justifier  nos croyances. »

Le numéro d’été de la revue Zadig consacre son dossier central à la question du complotisme… 

Comment détecter un discours complotiste vis-à-vis d’un autre ? Comment les limiter ? Peut-on en dessiner une géographie ? La revue Zadig plonge au cœur du complotisme. La chercheuse Coralie Le Caroff remonte à la racine de ses croyances et propose une définition : « le discours complotiste se caractérise par l’explication de phénomènes divers et complexes par une cause unique, il  prête à la minorité cachée une maitrise démesurée ».  Attention toutefois à ne pas tomber dans le mur des stéréotypes prévient la sociologue qui précise : « complotiste » tend à devenir une catégorie fourre-tout, stigmatisante et sans nuances ». La maitresse de conférence à l’Université de Paris revient sur le travail qu’elle a effectué avec Mathieu Foulot sur «l’adhésion au complotisme » saisie à partir du commentaire facebook » et nous en livre quelques unes des conclusions : « les hommes interrogés se revendiquent tous d’une posture critique, d’un doute méthodique (...) Ils cherchent à comprendre le monde, se questionnent sur la fabrique de l’information et sur le pouvoir des élites. Bien sûr, poursuit-elle,  ce serait rassurant de penser que les complotistes sont des gens tout à faire différents de nous, délirants et irrationnels,. En réalité, les gens basculent dans le complotisme justement parce qu’ils ont besoin d’une pensée critique. Se croyant lucides, il se fourvoient. Et passent par exemple à cotés des causes structurelles de la pandémie comme la surexploitation des ressources ou la surconsommation.  Quel Dommage » conclue Coralie Le Caroff

Alors comment faire pour éviter l’exposition aux messages complotistes ?

C’est la question que se pose le directeur de recherche au CNRS Thierry Poibeau sur le site The Conversation. Le spécialiste des langues naturelles et humanités numériques s’interroge : les technologies informatiques permettent-elles de détecter automatiquement les fake news ? Le chercheur décrit les techniques existantes comme la comparaison d’un texte avec une base de données ou le repérage de documents-types qui indiquent par leur mise en page ou les illustrations qui les accompagnent qu’ils pourraient contenir des fakes news, mais il constate leurs limites comme celles des autres techniques déjà utilisé par les services de décodages dans la presse. « On peut se demander si l’enjeu essentiel n’est pas ailleurs » poursuit Thierry Poibeau, La défiance à l’égard des autorités, politiques et médiatiques notamment, est telle que n’importe quelle vérité alternative est bonne à prendre. Dans ce contexte, il n’y a sans doute pas d’autre solution que d’essayer de faire primer les faits sur les fables. 

Alors si on peut espérer que les recherches à venir apportent la lumière sur l’origine de la diffusion du Sars-Cov-2, « accident de laboratoire versus zoonose », une information est en tout cas désormais solide et vérifiée : les pangolins sont innocents. 

par Mattéo Caranta

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