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"La crise, accélératrice des tendances". Oui, mais lesquelles ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Avec Nathalie Bajos, Antoine Foucher, François Nicolle...

C’est devenu presque un adage depuis le début de la pandémie : « La crise accélère les tendances » politiques, économiques, ou sociales.

Dans une interview donnée à Libération, la sociologue Nathalie Bajos, qui dirige une étude suivant la vie de 200 000 personnes face à l’épidémie, nous le confirme. Selon elle : « la crise accentue les inégalités sociales et les différents facteurs socio-économiques ont un effet cumulatif dans l’exposition à la maladie et dans à l’accès au soin et au vaccin. »

Lieu d’habitation, densité de la ville, type de logement, transport quotidien utilisé, santé mentale, genre, possibilité d’effectuer son travail à distance, « toutes ces dimensions sont distribuées de manière très inégalitaire » souligne la directrice de recherche à l’INSERM, qui note que si l’incidence de la maladie a fortement baissé après la mise ne place du premier confinement et qu’il a été en ce sens profitable, il a davantage bénéficié aux classes les plus favorisées. 

Il faut intégrer les dimensions sociales comme des dimensions fondamentales dans le paradigme biomédical de lutte contre l’épidémie

"Il faut intégrer les dimensions sociales comme des dimensions fondamentales dans le paradigme biomédical de lutte contre l’épidémie" ajoute la sociologue. "La même question se pose pour l’accès aux tests et aux vaccins" conclut Nathalie Bajos, qui souligne la situation précaire des personnes qui assurent le nettoyage des bâtiments hospitaliers : souvent en sous-traitance, ils cumulent des facteurs de risques socio-économiques et ne sont pas prioritaires au vaccin.

Dans les échos, Antoine Foucher s’interroge. Que restera-t-il de notre modèle après l’épidémie ? 

Pas grand chose si l’on en croit cet ancien directeur de cabinet de la Ministre du Travail Muriel Pénicaud, qui constate que les quatre grands principes du néolibéralisme sont bel et bien enterrés par la covid 19. Nous serions entrés, selon lui, dans "la troisième grande période macroéconomique post 1945".

"D’abord, depuis le début des années 1980, l'État était considéré comme le problème : c'est redevenu une partie de la solution. Ce n’est pas le marché mais bien l’État qui protège l’économie réelle du risque d’effondrement et qui est le garant d’une souveraineté sur les biens et services essentiels." Ensuite, les banques centrales. "Elles devaient être indépendantes et limiter leur offre de monnaie rappelle-t-il, elles sont de fait sous l'autorité politique des Etats et créent de la monnaie comme jamais". Troisième point que soulève Antoine Foucher, le commerce mondial, appelé à s’intensifier, et "qui se régionalise depuis 10 ans". Enfin, l’obsession du rendement à court terme pour les actionnaires des entreprises. Gouvernements, salariés et clients lui enjoignent désormais d'intégrer l'intérêt général dans son activité analyse Antoine Foucher. Il n'est pas donc pas excessif de penser que la Covid a précipité la fin du néolibéralisme pour nous faire entrer dans une nouvelle ère. Il conclut : "Rien, dès lors, ne serait plus inadapté que de raisonner avec nos schémas d'hier pour tracer un nouveau chemin."

Et c’est encore une autre évolution qu’analyse François Nicolle dans The Conversation... 

Le chercheur au CNAM s’intéresse en effet à l’évolution, je cite, de "l’appréciation de l’intérêt général par les décideurs publics". Il revient ainsi sur deux traditions, l’une française l’autre anglo-saxonne, l’une Rousseauiste, l’autre influencée par Thomas Bentham. 

Dans la première, "l’intérêt général est considéré comme supérieur aux intérêts individuels, transcendant ces derniers. Ici l’intérêt général dépend de la collectivité et non des individus qui la composent. Chez Bentham et les travaux utilitaristes, on suppose qu’il correspond à la somme des intérêts particuliers. Là, le décideur public visera à maximiser le bonheur individuel de la majorité". Ainsi poursuit François Nicolle, « lorsque le premier confinement a été déclaré, l’intérêt général était perçu dans une logique rousseauiste : assurer la survie et la santé des citoyens « quoi qu’il en coûte » ».  « Nous sommes désormais dans une logique plus anglo-saxonne analyse le chercheur, où l’intérêt général correspond à la somme des intérêts particuliers ». 

Et aux intérêts particuliers des  étudiants, des commerçants, des artisans, des hôteliers, ou  de l’industrie s’ajoute cette semaine celui des acteurs Culture, qui tentent de faire entendre leur voix, notamment dans le journal Le Monde et dans la revue Télérama.

Alors que le Théâtre de l’Odéon est occupé depuis jeudi soir à Paris, plus de 800 professionnel du cinéma exhortent le président de la République, sur le mode impératif, à rouvrir les salles de cinéma. « Le cauchemar que vit l’industrie du cinéma n’est pas tnat celui de l’année 2020, mais bel et bien celui des deux voire trois années à venir » précisent les signataires qui rappellent que les salles de cinéma sont deux fois plus sûres que les supermarchés : « rouvrez les salles ! Maintenant ! » concluent ces grands noms du cinéma parmis lesquels Jacques Audiard, Marion Cotillard, Clairde Denis ou Betrand Bonello...

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