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La lenteur en question

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À retrouver dans l'émission

La revue de presse des idées s'intéresse cette semaine à une question qui a donné du fil à retordre au gouvernement, celle du retard pris par la France dans sa « stratégie vaccinale »...

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Pourquoi un tel retard comparé à nos voisins européens, et comment y remédier ? 

Dans Libération, François Bourdillon accuse une « protocolisation de la santé à outrance ». Le fondateur de Santé Publique France estime, tout comme le conseiller d’État Jean-Eric Schoettl dans Le Figaro, que c’est d’abord « la peur » qui a guidé les décisions prises par le gouvernement. Peur des critiques, peur des anti-vaccins, peur d’éventuels contentieux judiciaires.

« C’est la première fois » nous dit François Bourdillon, « que l’on met en avant de façon aussi disproportionnée le consentement, oubliant que l’urgence est de vacciner. Il est demandé aux soignants de faire une consultation de pré-vaccination, d’attendre cinq jours avant de vacciner, de s’assurer de la traçabilité du consentement, (…) tout cela, conclu-t-il, ne fait que renforcer les doutes, (...) alors qu’il y a urgence » répète François Bourdillon.

Il n’y a pas eu de mots assez durs .

« Excès de prudence », « lenteur », « sabotage » « Scandale d’Etat », « tropisme technocratique », « désastre » « honte » « échec surréaliste » ou encore « État défaillant », vous l’aurez compris, l’étendue des critiques dans les éditos et les pages débats est inversement proportionnelle à celle des vaccinations sur le territoire français. 

Dans le Figaro, Antoine Levy développe longuement les causes de ce qu’il interprète comme un « symptôme de notre déclassement ». Pour cet économiste, chercheur au MIT, nous sommes je cite « dans la suite logique de notre gestion des masques, des tests, du traçage, et de l’isolation ». Antoine Levy souligne que la France est le seul État du Conseil de Sécurité de l’Onu a ne pas avoir été capable de développer un vaccin,  et le chercheur propose huit solutions pour accélérer la danse de la vaccination, je vous en donne quelques unes : selon lui, il faut  « affirmer le principe de La premiere dose avant tout, qui signifie de vacciner un maximum de citoyens même sans certitude de pouvoir fournir la seconde dose » il faut aussi « rendre la vaccination obligatoire pour les plus fragiles, et utiliser le consentement passif pour les autres », ou encore « mobiliser l’ensemble des forces capables d’inoculer un vaccins comme les aides soignants, les pompiers, les pharmaciens et les militaires. » 

Antoine Levy s’insurge contre la lente léthargie d’un Etat qu’il décrit "arrogant" et qui se refuse, selon lui, à mettre les mains dans le cambouis de la logistique et de l’organisation...  

La question de la logistique revient régulièrement dans les débats.

Alors qu’Alain Fischer, président du "conseil d’orientation de la stratégie vaccinale", admettait dans le JDD la semaine dernière « de ne pas être dans l’opérationnel » , le professeur de logistique Aurélien Rouquet souligne dans Le Monde l’intérêt d’intégrer les contraintes logistiques dans l’élaboration d’une stratégie, au risque de voir celle-ci, nous dit-il, "se fracasser contre le mur du réel"

« Alors qu’il était clair que la vaccination de tous les résidents des Ehpad allait prendre beaucoup de temps, nous dit Aurélien Rouquet, [il faillait] prévoir en parallèle un autre flux logistique afin de pouvoir écouler au plus vite les vaccins au fur et à mesure qu’ils sont livrés" dans des lieux comme les vaccinodromes. Le chercheur, qui déplore l’inemploi d’un vivier de savoir disponible en logistique, se souvient de la phrase souvent attribuée au général de Gaulle : « l’intendance suivra », mais il se souvient aussi de ses mémoires qu’il cite « c’est en respectant la logistique que « le général Eisenhower mena jusqu’à la victoire la machinerie compliquée et passionnée des armées du monde libre ». Autrement dit, dans cette guerre sanitaire, la bonne stratégie toute seule ne peut rien.

Mais comment faire, une fois la logistique déterminée et les vaccins disponibles, pour convaincre une majorité de citoyens à se faire vacciner et atteindre l’immunité de masse.

Montrer l’exemple.

L’économiste et mathématicien Olivier Gossner s’attarde dans L’Opinion sur un exemple historique qui illustre selon lui la méfiance vis à vis des innovations technologiques et scientifiques. Nous voici donc dans les années 1770, alors que la famine ravage l’Europe et que la pomme de terre figure comme solution miracle pour nourrir les population.  Mais voilà, nous raconte  Olivier Gossner, « le tubercule qui pousse sous terre est associé aux enfers et au Diable ». Il a donc fallu l’idée de génie d’Antoine Parmentier consistant à faire manger des patates à Louis XVI pour que le peuple en accepte la consommation. Si on traduit ce récit en 2021 à l’ère du vaccin et de la Covid, il faudrait que nos dirigeants politiques se fassent vacciner pour montrer l’exemple par le haut. 

Montrer l’exemple, c’est aussi ce qu’ont proposé de faire 200 figures du monde de la culture à travers un appel publié dans le Parisien. Ariane Ascaride, Grand Corps Malade ou encore Zabou Breitman se sont réunis autour du directeur du théâtre national de Strasbourg pour s’engager à se faire vacciner dès que possible afin de montrer l’exemple et qui sait, permettre peut être, la réouverture des lieux de culture. 

Et si l’exemple des politiques et des comédiens ne suffit pas alors que les mesures anti-covid se durcissent partout dans le monde, on peut lire dans Les Échos la proposition étonnante d’un chercheur du think tank américain Brookings reprise par le sociologue Julien Damon, proposition que voici : 

Vous voulez que les gens se vaccinent ? Payez-les

Le prix de l’immunité collective serait de 1000 dollars par tête. Selon l’auteur de l’étude, Robert Litan, ce principe permettrait au final de faire des économies comparées au sommes astronomiques des plans de relance induites par les confinements et il ajoute le principe de payer en deux fois, une fois au moment de l’injection, une deuxième lorsque l’immunité collective sera atteinte, le tout pour que chacun incite ses proches à la vaccination. 

Et le chercheur de Brookings conclue : « La vaccination deviendrait alors virale ». 

Par Mattéo Caranta

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