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Le débat est devenu la norme sur les plateaux télévisés. Mais s'agit-il vraiment de débat ?

Le débat en question

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Depuis la rentrée et à quelques mois de l’élection présidentielle, le mot débat fait lui même débat : peut-on débattre avec n’importe qui ? L’injonction au débat met-elle en péril la démocratie ?

Le débat est devenu la norme sur les plateaux télévisés. Mais s'agit-il vraiment de débat ?
Le débat est devenu la norme sur les plateaux télévisés. Mais s'agit-il vraiment de débat ? Crédits : Bertrand GUAY / POOL / AFP - AFP

Depuis la rentrée et à quelques mois de l’élection présidentielle le mot débat fait lui même débat, beaucoup de quotidiens et de revues s’interrogent sur sa qualité, “Le choc des idées”  titre le numéro de rentrée de la revue Sciences Humaines, “peut-on débattre avec n’importe qui?” s’interrogeait Libération la semaine dernière “, l’injonction au débat met-elle en péril la démocratie, autant de questions qui trouvent un écho particulier cette semaine après les débats de la primaire écologiste et celui très médiatique affrontant Jean Luc Mélenchon et Eric Zemmour...

Dans le Monde, l’ancienne ministre de la Culture Aurélie Filipetti constate selon elle “l’effondrement du débat public français” 

Elle s’étonne de l'asymétrie de la qualité de la parole publique entre l’Allemagne et la France. D’une part une “démocratie mature”, de l’autre “la déliquescence du débat public sous l’effet du cynisme conjugué des responsables politiques et médiatiques”. Elle poursuit : “Aujourd'hui dans notre pays on peut tout dire sauf que tout ne peut pas se dire”. Et l’ancienne ministre ne parle pas de la censure mais bien de l’acceptation de certains discours comme aussi légitimes que d’autres, malgré leur caractère racistes, xénophobes ou mysogynes. Aurélie Filipetti ajoute,  “Il ne s’agit pas de parler au nom du peuple, mais de l’entraîner toujours plus loin en s’adressant non plus à sa raison, mais à sa haine. Faire de « politiquement correct » une insulte, c’est oublier que le politiquement correct est moralement juste”. Elle conclut : Il serait temps de revivifier l’exigence morale de la vie politique française. De la débarrasser du cynisme qui l’entache aux yeux du monde”.

Alors comment revivifier le niveau du débat en France ?

La Croix Hebdo que je citais déjà la semaine dernière dans cette revue de presse propose un petit manuel, 10 engagement pour un débat “honnête _et sincère”_selon les mots de l’édito. Parmi ces 10 propositions qui peuvent sembler à la fois évidentes et inatteignables à l’heure des réseaux sociaux : “s’abstenir de relayer les informations dont on ignore la source”, “Ne pas utiliser l’anonymat pour biaiser le debat”, “Ne pas enfermer les interlocuteurs dans des identités figées” ou “Écouter le point de vue de l’autre jusqu’au bout”. 

Des propositions pour un  débat apaisé qui n’était pas, selon Raphael Enthoven interrogé par l’Express, le mot adéquat pour décrire le choc médiatique  opposant Jean Luc Mélenchon et Eric Zemmour où l’enjeu, je cite, “n’était pas de se servir de la raison mais d’avoir raison de l'autre en montrant les muscles de sa propre culture”. Pour le philosophe “il ne suffit pas de se disputer pour débattre, ni de s'opposer pour discuter, ni d’attendre que l’autre ait fini de parler pour avoir écouté ce qu’il a dit. Le débat est avant tout un partage.” 

Un partage et des espaces communs de débats au cœur du dossier en Une de la revue Regards… 

“L’Ère du Bruit”, c’est la Une de la revue où le journaliste Pablo Pillaud Vivien constate la part de l’émotion dans l'appréhension du débat public. Un débat public analyse-t-il  qui s’est amalgamé avec le débat scientifique depuis le début de la pandémie de Covid-19. D’un côté analyse le responsable éditorial de la revue Regard, jamais les spécialistes d’un sujet n’ont autant été mis en avant. De l’autre s’est constitué et affirmé un « alter-savoir », souvent en complète contradiction avec celui des spécialistes et affranchi des règles de la démonstration et du raisonnement qui fondent la science. Pire, poursuit Pablo Pillaud Vivien, dans une logique éminemment délétère, les médias sociaux comme traditionnels ont organisé un dialogue quasiment à égalité entre ces deux pôles. Il ajoute, Dans le concert tonitruant de nos médiations cannibales, n’arrivent à surnager que les cris les plus déterminés, pas les questionnements et les nuances.

Et en matière de nuances ou en tout cas de dialogue je me permets de vous conseiller la lecture d’un débat sur papier dans le magazine l’Obs de cette semaine qui fait rencontrer l’essayiste Alain Finkielkraut et l’élue et militante féministe Alice Coffin. Deux visions opposées et adeptes des échanges musclés qui acceptent, le temps d’un débat, de faire leur la phrase de Jacques Lacan cité par Cécile Prieur dans le magazine : “Ce que je cherche dans la parole, c’est la réponse de l’autre”.

Par Mattéo Caranta

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