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La course au vaccin signe-t-ele un renouveau de la coopération internationale ?

Vers un nouvel ordre mondial ?

4 min
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Alors qu’un vif débat a opposé certains pays de l’Union Européenne sur le partage des nouvelles doses de vaccin, nous revenons sur des articles qui analyse les transformations de la coopération internationale en ces temps de crise...

La course au vaccin signe-t-ele un renouveau de la coopération internationale ?
La course au vaccin signe-t-ele un renouveau de la coopération internationale ? Crédits : Oliver Helbig - Getty

Retour au jours heureux du multilatéralisme ? 

 Le conflit qui a opposé l’Autriche, la Slovénie et la République Tchèque au reste de l’UE n’est pas du ton de la tribune publiée cette semaine dans Le Monde et de nombreux quotidiens étrangers où ce sont 26 chefs d’État et de gouvernements qui signent avec le directeur de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus un appel à la création d’un nouveau traité international sur la préparation et la riposte aux pandémies. 

S’inscrivant dans l’esprit multilatéral de coopération de l’après seconde guerre mondiale, les signataires dont Emmanuel Macron et de nombreux dirigeants européens s’engagent « à garantir un accès universel et équitable à des vaccins, à des médicaments et à des produits de diagnostic sûrs, efficaces, et abordables ». Les signataires, qui comptent également beaucoup de chefs d’État de pays en développement reconnaissent les vaccins comme un « bien public mondial » et proposent de reconnaître également le principe d’une « seule santé » (one health), qui relie, je cite « la santé des humains, des animaux et de notre planète ». 

La pandémie de COvid-19 "n'a pas révolutionné la géopolitique"

Mais selon Cyrille Bret et Florent Parmentier sur la plateforme Telos, la pandémie de Covid-19 « n’a pas révolutionné la géopolitique » :  « Loin de susciter un regain de coordination et de coopération, expliquent-ils, la lutte contre le virus a avivé les rivalités et renforcé les positions de la Chine et de la Russie. Les puissances eurasiatiques se sont affirmées, dans les médias et sur le terrain, comme des alternatives sanitaires à l’Occident. Désormais, le but des deux puissances est de saisir l’occasion de cette pandémie pour consacrer la « désoccidentalisation du monde. » Discrédit de l’OMS, retrait des États-Unis version Trump de certains traités, concurrence au résultat des modèles autoritaires sur les modèles démocratiques, Cyrille Bret et Florent Parmentier reviennent ainsi sur les éléments qui ont donnés à la Chine et à la Russie, selon leurs analyses « le triple statut d’industriels mondiaux de la santé, de pionniers scientifiques et de fournisseurs d’aide humanitaire ». « Si le monde d’après est déjà là, ajoutent-ils, ce n’est pas nécessairement celui optimiste d’il y a un an, ni nécessairement « le même mais en pire » : La Covid fait apparaître un monde plus concurrentiel, où les grandes puissances affirment leur rôle pour voir émerger un monde post-occidental ». 

L'impact du déficit vaccinal sur l'action climatique

Et sur le média en ligne Project Syndicate, le directeur du Forum de Paris sur la paix Justin Vaïsse s’inquiète que le déficit vaccinal ne mette en péril l’action climatique

Oui voilà qui pourrait être une des conséquences inattendues des différences de pénétration des vaccins entre les pays du Nord et du Sud. Justin Vaïsse s’interroge : « Les négociations sur le climat pourraient devenir les victimes collatérales du nationalisme vaccinal ». Si « les pays du Sud ont accepté le principe de responsabilités communes mais différenciées dans la lutte contre le changement climatique il y a 30 ans » prévient l’historien, ils pourraient considérer l'égoïsme du Nord en matière de vaccins comme un signe d'irresponsabilité sur la question vitale et immédiate de la santé – et refuser de s'engager dans le jeu des concessions réciproques nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique. »

En plus de ces questions morales s’ajoute la question de la dette des pays en développement, qui s’alourdit avec la crise sanitaire. Pour le fondateur du forum de Paris pour la paix, il faut « proposer au Sud n un « pacte de solidarité » englobant la distribution de vaccins, l'allègement de la dette et les objectifs climatiques, dans le but d'obtenir des efforts justes et équilibrés de la part de tous les gouvernements sur ces trois fronts. » « À dangers exceptionnels, mesures exceptionnelles » conclue Justin Vaisse 

« Des dangers exceptionnels qui nous donnent le sentiment de « faire humanité » »

C’est en tout cas ce qu’avance Jean Viard dans l’hebdomadaire le 1 qui consacre son numéro de cette semaine au Climat et à ce que sera la France en 2050... 

Le sociologue, interviewé par Éric Fottorino, perçoit dans la lutte contre la covid 19 « un renversement de l’opposition entre nationalisme et ultralibéralisme vers le couple coopération et frontières »: « après la pandémie, on ne voudra pas avoir souffert pour rien nous dit Jean Viard, Une vague va déferler, qui touchera de nombreuses vies, avec des séparations, des déménagements, des démissions mais aussi des licenciements. Pourtant poursuit-il, on sera également en présence d’un sens nouveau du commun, qui permettra de fonder la civilisation dont nous avons besoin pour être armés dans le combat contre le réchauffement climatique »..

Alors à quoi ressemblera la France en 2050 ? Jean Viard nous en donne une vision plutôt optimiste, une société articulée autour de l’école, de la mairie et des petites entreprises, des terres arables sanctuarisés. « Entre la métropole et les terres arables, il y a ce que j’appelle la ville jardin et les villes moyennes. Des tiers lieux partouts, (...) et un territoire de vie et de démocratie redessiné ». Quant au degré et demie de hausse des températures auquel nous n’échapperons pas, Jean Viard répond : « ce n’est pas dramatique d’avoir le climat d’Alger en France » . Il faut aller chercher les savoir-faire historiques des cultures plus au sud pour s’adapter : l’art de l’ombre l’art de l’eau, la végétation. » Et il conclue « La Terre évolue, c’est à la fois angoissant et extraordinaire »

Par Mattéo Caranta

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