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Des policiers et des militaires font face aux manfestants du mouvement "Black Live Matter" le 5 juin à Rhode Island, Usa.

Du racisme et de la violence aux Etats-Unis et en France

5 min
À retrouver dans l'émission

Avec Laure Mandeville, David Theo Goldberg, James Nolan, Edwy Plenel, Virginie Despentes, Christian Delage....

Des policiers et des militaires font face aux manfestants du mouvement "Black Live Matter" le 5 juin à Rhode Island, Usa.
Des policiers et des militaires font face aux manfestants du mouvement "Black Live Matter" le 5 juin à Rhode Island, Usa. Crédits : AFP

Énormément de tribunes et de commentaires suites aux manifestations qui ont traversé les Etats-Unis depuis le meurtre de George Floyd par un officier de policier, des évènements qui ont eut également des conséquences en France. Y-a-t-il une violence policière systémique ? Comment penser le racisme, existe-t-il un « privilège blanc », peut-on comparer la situation en France et aux Etats-Unis ? Que valent les images dans la recherche de la vérité ? Autant de questions sous-tendues par un slogan, I can’t breathe je ne peux plus respirer, et un symbole, le genou à terre. 

Dans le Figaro, la journaliste Laure Mandeville revient sur un débat intellectuel qui agite la communauté noire américaine et qui suscite un regain d’intérêt depuis dix jours. Un débat autour de deux projets : projet 1619 vs projet 1776. Le premier, fondé en août dernier à l’initiative du New York Times, propose de relire l’histoire américaine à l’aune de l’esclavage. Selon ses partisans, nous dit la journaliste, l’esclavage serait plus que « le péché originel du pays », il serait son « origine », son élément fondateur. Une vision que conteste une autre partie de la communauté conservatrice noire américaine, qui y voit un projet de la gauche « racialiste » et souhaite maintenir la date de 1776 (déclaration d’indépendance) comme date fondatrice de l’histoire américaine. 

Mais le racisme ne fonde-t-il pas pour autant la société américaine ? Dans le média en ligne AOC, le directeur de l’institut des sciences humaines de l’université de Californie David Theo Goldberg répond par l’affirmative. Pour l’anthropologue, « l’assassinat de George Floyd, je cite, qui vient s’ajouter à une litanie de morts et d’indignités récentes impliquant d’une manière ou d’une autre la police, c’est l’assassinat de chaque personne noire. 

Elle met à nu, nous dit-il, la nature constitutive du racisme américain, l’indignité mortifère à laquelle le peuple noir d’Amérique est quotidiennement confronté, et l’attitude tenace des Blancs du « tout est permis. Et l’anthropologue de craindre que Donald Trump n’attise une guerre civile à caractère raciale, dont il décrit certains des partis, comme les boogaloos, ces milices d’extrême droite libertarienne qui organisent, selon lui, les pillages. La violence. Dans Libération,  le sociologue américain James Nolan  la décrit comme inhérente à la représentation de la fonction policière, basée sur le maintien de l’ordre et la repression plutôt que sur le lien social et communautaire. Les policiers ont une vision extrêmement étroite de leur rôle nous dit-il, ils intériorisent une vision du monde qui vient du jeu auquel ils jouent [...] : nous sommes les gentils et nous cherchons les méchants.

Le racisme et la violence, illustrée par  les images de la mort de Georges Floyd et du commissariat de Minneapolis en feu…

Mais cette violence et ce racisme ne seraient pas l’apanage de la société américaine... 

Comparaison n’est pas raison, mais parfois les destins se ressemblent et les luttes s’assemblent. Et c’est ainsi que les mouvements contre les violences policières en France, comme Droit et Justice pour Adama Traoré, se sont télescopés avec l’actualité américaine.  « Je ne peux plus respirer », car c’est le « racisme qui nous étouffe » selon le titre de la tribune publiée par le directeur de Mediapart Edwy Plenel, journal qui a révélé avec Arte et Streetpress des affaires mettant en cause des policiers ayant tenus des propos racistes dans des groupes Facebook ou Whatsapp. La France n’a aucune leçon à donner aux Etats-Unis, sinon de se lever pour en finir avec le racisme ici même, chez elle, écrit-il, avant d’ajouter combattre le racisme, c’est être du côté des « premiers de corvée ». Car pour Edwy Plenel, le racisme est une machine de guerre contre l’émancipation sociale, il est un cheval de Troie, je cite, de la soumission des classes populaires. 

Et si le racisme est un cheval de Troie la sœur d’Adama Traoré, Assa Traoré, est Antigone. C’est l’écrivaine Virginie Despentes qui nous le dit dans sa lettre lue chez nos confrères de France Inter et qui a provoqué quelques réactions. Je suis blanche écrit-t-elle. Je sors tous les jours de chez moi sans prendre mes papiers. Les gens comme moi c’est la carte bleue qu’on remonte chercher quand on l’a oubliée. Je suis née blanche comme d’autres sont nés hommes. Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche [...] En France, nous ne sommes pas racistes mais je ne connais pas une seule personne noire ou arabe qui ait ce choix". 

Le « privilège blanc » , cette expression clivante issue des prémices du mouvement des droits civiques au XXe siècle nous raconte La Croix, qui interview Daniel Sabbagh, directeur de recherche à Sciences-Po. Ce privilège, explique-t-il désigne le bénéfice psychologique associé à la «whiteness» - la «blanchité» - et qui fait que n’importe quel homme blanc, même extrêmement pauvre et subordonné à son patron, est au moins assuré d’une supériorité sur n’importe quel homme noir ». Pour savoir si ce concept se transpose avec justesse dans la société française, le journal donne la parole à Gwénaële Calves, professeur de droit public à l’université de Cergy qui affirme : “Il y a bien un problème de violences policières en France, mais lors des manifestations des Gilets jaunes, je n’ai pas vu l’avantage d’être «blanc» ».

Et pourtant, quatre paramètres justifient le parallèle franco-américain disait Didier Fassin, invité de la Grande Table des idées d’Olivia Gesbert cette semaine. « La sur-représentation de jeunes hommes issus de minorités ethno-raciales, l’impunité des auteurs de ces mises à mort, le déni aveugle par les autorités de ces violences, et la mobilisation croissante produites par ces dernières ». Mais ces procès mettent également en avant la question de la vérité et de la hiérarchie des crédibilités selon le professeur invité au Collège de France. Il n’y a pas de vérité, explique-t-il en citant Nietszche, puisque nous avons chacun une perspective différente sur les faits. Mais, plus on multiplie les yeux, ajoute Nietszche, plus on s’approche de la vérité objective. Et les yeux n’ont pas manqué dans l’affaire Floyd. 

Dans Le Monde, l’historien et réalisateur Christian Delage nous raconte comment ces images de mise à mort, qu’il juge « déshumanisantes », sont devenues essentielles dans la dénonciation des violences racistes. Et pourtant, constate-t-il, l’abondante présence de caméras lors de la mort de Georges Floyd n’a pas empêché qu’elle se produise. Et ces images, même prises en temps qu’éléments à charge, ne modifient pas, dans leur majorité, le cours des jugements éventuels des responsables de ces morts.

On repense alors aux mots du révérend AL Sharpton, figure de la lutte pour les droits civiques, s’adressant à Georges Floyd lors de la cérémonie funèbre cette semaine : « Tu as changé le monde ». Rien ne dit encore, vous l’aurez compris, de quelle manière.

par Mattéo Caranta

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