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La levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid19 permettrait-elle une accélération de leur production ?

Levées de brevets sur les vaccins : réelle avancée ou véritable coup de com' ?

3 min
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Cette semaine, retour sur les déclarations inattendues de Joe Biden prônant la levée temporaire des brevets des vaccins anti-Covid-19...

La levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid19 permettrait-elle une accélération de leur production ?
La levée de la propriété intellectuelle sur les vaccins anti-Covid19 permettrait-elle une accélération de leur production ? Crédits : Gevende - Getty

Faut-il faire des vaccins anti-covid des biens mondiaux ? Et cette notion peut-elle avoir raison des impératifs économiques ? 

Voilà des questions que nous nous sommes souvent posées à ce micro et qui trouvent un nouvel écho alors que le président américain a pris de court ses partenaires mercredi en se prononçant pour la proposition que l’Inde et l’Afrique du Sud portent depuis le mois d’octobre devant l’OMC : suspendre la propriété intellectuelle au nom de la santé mondiale.  Et si la position de Biden a infléchi celle de nombreux pays comme la France, l’Allemagne reste retranchée sur ses positions. 

Dans le magazine Der Spiegel, Gerd Muller, Ministre allemand du développement, justifie longuement la position de son gouvernement par des raisons avant tout techniques et logistiques :  « la libération des brevets ne peut pas nous aider à atteindre notre objectif de produire plus rapidement des vaccins pour tous, parce que le brevet seul ne suffit pas. Nous devons également savoir comment le produire. C’est pourquoi il faut de toute urgence renforcer la production sous licence et le transfert de technologies de manière ciblée » explique le ministre Gerd Muller qui appelle plutôt au renforcement de la plateforme mondiale de vaccination Covax et à l’augmentation des dons dès lors qu’un pays se trouve en situation excédentaire, situation, il n’oublie pas de le préciser, des Etats-Unis... 

En France la presse accueille les déclarations de Joe Biden avec circonspection...

« Trop fort Joe Biden » s’exclame Le Monde dans son édito qui titre « Héros à peu de frais » alors que dans Les échos Dominique Seux salue « un beau coup politique », une « belle dose de com qui ringardise l’Europe ». « Avec une idée simple poursuit l’économiste, le locataire de la maison blanche s’assure un succès planétaire, tout en faisant oublier que son pays est le seul à  n’avoir quasiment exporté aucun vaccin tout en bloquant la sortie d’ingrédients importants ». Au total conclue-t-il sur une note en demie-teinte, Joe Biden donne un « coup de pied dans la fourmilière  qui va pousser les laboratoires et les pays du Nord à partager davantage leurs doses [ mais qui ne changera rien à court terme] ». 

Alors est-il seulement question d’une stratégie pour reprendre le « leadership global » comme l’analyse le journal américain USA TODAY ?

Dans philosophie magazine, Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction, se pose la question : s’agit-il d’une petite révolution philosophique, celle de l’abandon, je cite, du cadre dominant de la pensée politique et morale dans le monde ? Le philosophe parle ici de l’utilitarisme, cette pensée selon laquelle je cite, il faut maximiser son utilité et son bien-être individuel et collectif en créant des arbitrages rationnels. Arbitrages par exemple sur les bénéfices d’une stratégie donnant la priorité à la santé ou à la croissance économique ou l’inverse. Il semblerait bien selon Alexandre Lacroix que la décision américaine ait été justifié par une conviction éthique. L’idéal avant la maximisation du profit. 

Et dans Médiapart, Pauline Londeix décrit la décision américaine comme « historique ». 

Pour la cofondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, la lenteur de la décision est terrible : tous les moyens auraient dû être mis, depuis le début de la crise, pour que la population mondiale ait accès aux vaccins le plus vite possible et au meilleur prix. L’activiste, qui déplore la logique consistant pour chaque pays à défendre son champion industriel, rappelle les investissements publics dont ont bénéficié ces laboratoires, les bénéfices exorbitants déjà tirés de ces six premiers mois de vaccination, et l’évasion fiscale massive dont ils se rendent parfois coupable comme c’est le cas de Pfizer aux Etats-Unis . L’activiste souligne enfin le danger qu’il y aurait à ne pas partager les doses et les brevets :  « Aujourd’hui, rappelle-t-elle,  l’Inde est un des premiers producteurs de matières premières pharmaceutiques. Et le monde entier est aujourd’hui en risque de pénurie, parce que l’industrie pharmaceutique indienne est ralentie par le Covid : les ouvriers tombent malades. La stratégie des pays riches est consternante poursuit-elle: ils se servent d’abord et voient ensuite ce dont les pays pauvres ont besoin, sans aucun plan. Ce n’est pas une stratégie de santé mondiale conclue Pauline Londeix dans Médiapart. 

Voilà bien des questions qui devraient être soulevées ce midi alors que les dirigeants de l’Union Européenne, rassemblés à Porto, rencontrent en visio le Premier Ministre Indien Narendra Modi.

par mattéo caranta

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