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L'École Nationale d'Administration (ENA), à Strasbourg

L'Ena, c'est le mépris ?

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Cette semaine nous revenons sur la décision d’Emmanuel Macron de vouloir supprimer l’Ecole Nationale de l’Administration dans le cadre de la réforme de la haute fonction publique...

L'École Nationale d'Administration (ENA), à Strasbourg
L'École Nationale d'Administration (ENA), à Strasbourg Crédits : PEC Photo - Getty

Cette semaine nous revenons sur la décision d’Emmanuel Macron de vouloir supprimer l’ENA (l’Ecole Nationale de l’Administration) dans le cadre de la réforme de la haute fonction publique... 

Une décision qui a fait le "Une" de nombreux quotidiens vendredi suite à la déclaration du chef de l’État. Une « révolution profonde » selon ses mots, avec la constitution d’un corps unique d’administration, le regroupement des filières administratives ou la mise en avant de l’expérience dans la carrière...  Exit l’ENA donc, place à « l’ISP », l’Institut du Service Public. 

Alors à quoi répond cette fermeture ? Fait-elle les frais d’un climat politique qui la dépasse ? Qu’est devenu le sens du service de l’Etat ?  Voici quelques unes des questions qui ont émaillées la presse ces derniers jours. 

Pour Jean-Pascal Lanuit, interviewé par la revue Acteurs publics qui consacre un numéro spécial à la question, « L’ENA est née comme un symbole, et va mourir comme un symbole ». L’ancien élève de l’École soutient la réforme dans son ensemble mais selon lui l’enjeu se trouve autre part, il s’agit, je cite « de garantir à la nation une élite administrative intègre et efficace dans un monde à la complexité croissante et inévitable ». Pour le président de l’Usac-Unsa, l’un des deux syndicats des administrateurs civils, la création d’un corps unique d’administration permettrait d’aller dans ce sens avec un double bénéfice : d’une part de « piocher des agents motivés et au fait des réalités de l’administration, pour les grands corps de contrôle de l’État » comme la Cour des comptes ou l’inspection des finances. D’autres parts de « mieux faire accepter la hiérarchie et les décisions prises par le reste de l’administration » et donc d’en améliorer l’efficacité. 

Mais dans l’Opinion, la philosophe Monique Canto-Sperber  ne se fait pas d’illusion, pour elle « cette décision est un peu démagogique, en ce qu’elle semble offrir la tête de l’ENA à l’insatisfaction populaire. L’idée qu’une aussi petite école puisse être responsable de ce que l’on s’accorde à désigner comme « le mal français » est extravagant » s’agace l’ancienne directrice de l’Ecole Normal Supérieur qui convient d’un problème de fond au sein de l’institution : L’ENA n’est pas du tout à l’image de la société d’aujourd’hui. La France devrait (...) introduire beaucoup plus de recherche dans la formation, des stages (...) et surtout ne plus déboucher sur cette oligarchie de la haute fonction publique qu’on retrouve ensuite dans tous les postes politiques à responsabilité (...). C’est cela qui bloque en partie la société française ». 

Alors suffit-il de supprimer l’ENA pour mettre fin à ces dérives ?

C’est la question que se pose Auriélien Colson dans le journal d’opinion et d’analyse The Conversation. Le professeur en « négociation dans l’administration publique » à L’ENA revient sur son expérience au sein de l’établissement pour balayer d’une main les procès en « élitisme » qui sont portés contre l’école. Non pour lui, si on peut évidemment repenser le système de classement et d’orientation directe vers les grands corps de l’Etat en sortie de formation, « le problème se situe ailleurs, c’est à dire après l’ENA, dans ce qu’Edgar Pisani décrivait ainsi : « l’État, c’est le mépris » ». Aurélien Colson explique : « l’Etat n’écoute pas assez les corps intermédiaires, dont il se méfie depuis la loi Le Chapelier de 1791 interdisant les groupements professionnels. Le pouvoir d’un fonctionnaire français est inversement proportionnel à la probabilité qu’il a de croiser ses contemporains à un guichet, dans le métro, ou en faisant ses courses à l’hypermarché. Il conclu : « Dans une société qui « s’horizontalise » au détriment des normes et des injonctions volontiers verticales, contraindre devient de moins en moins efficace, convaincre de plus en plus nécessaire. Il n’est donc pas sûr que supprimer l’ENA suffise à convaincre. » 

Et cette défiance de nombreux français vis à vis du pouvoir public a questionné trois jeunes diplômés de l’ENA dans la revue Esprit du mois d’Avril... 

« Pourquoi servir l’Etat ? La question mérite d’être posée » nous disent Antoine Gobin Pauline Hot et Benjamin Huin-Morales, tout juste sortie en octobre dernier de la promotion Hannah Arendt de l’ENA. Les trois jeunes énarques listent d’abord les bonnes raisons de ne pas servir l’Etat voire de s’en méfier et décrivent les tares d’un Etat qui pourrait apparaître comme « vidé de sa substance face aux institutions européennes », à la puissance publique « affaiblie par la logique budgétaire » et par « l’efficacité de certains acteurs émergents comme les ONG’s ». Alors dans ces conditions comment faire face aux préoccupations de ce siècle : « le péril écologique, et les inégalités socio-économiques et territoriales »

Pour Antoine Gobin Pauline Hot et Benjamin Huin-Morales, « la puissance publique est le meilleur outil pour faire face à ces menaces. L’administration de l’État est la plus à même de mettre en place les politiques publiques de crise comme elle l’a fait depuis mars dernier ». « Parce qu’il détient les leviers régaliens, ajoutent-ils, l’État est également le seul à pouvoir réduire les inégalités. Enfin par son ancrage dans le temps, l’État participe à la stabilité de notre démocratie. », Ainsi les trois énarques développent les idées d’un renouvellement de la culture de l’action publique pour, je cite, une « république démocratique, écologique, et sociale ». 

À lire leurs propositions, il y a fort à parier que l’esprit de l’ENA survivra au « nom » de l’ENA. Comme le titrait le journal Libération en Une ce vendredi,  “l’ENA est morte, vive l’ENA”

Par Mattéo Caranta

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