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"Ground Zero" quelques jours après l'attentat du 11 septembre 2001 à New York.

Comment appréhender la mémoire d’évènements traumatiques et collectifs ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Vingt ans du "11 septembre", procès des attentats du 13 novembre, cette semaine, plusieurs tribunes questionnent l'approche mémorielle et le souvenir face au traumas...

"Ground Zero" quelques jours après l'attentat du 11 septembre 2001 à New York.
"Ground Zero" quelques jours après l'attentat du 11 septembre 2001 à New York. Crédits : Bruce Frankel, courtesy Ateliers Bergere 2021

Comment appréhender la mémoire d’évènements traumatiques et collectifs ? Comment les Etats Unis se souviennent-ils du 11 septembre ?

Dans le New York Times, l'écrivaine maroco-américaine Laila Lalami se questionne : L'un des problèmes auxquels les familles sont confrontées, analyse-t-elle, est que leurs souvenirs privés sont à jamais mêlés à la politique nationale. Leur tragédie a été noyée poursuit-elle dans le bruit de tout ce que le 11 septembre est devenu : un moment important de l'histoire ; une justification pour des guerres sans fin, (...) un commerce grossier de plusieurs millions de dollars ; (...) une blessure qui continue d'être grattée au lieu de guérir.

Et l’auteur de Les autres américains de comparer l’image emblématique de “l’homme qui tombe” devant la tour nord du world trade center le 11 septembre 2001 avec celle qui a circulé le mois dernier d’un jeune homme afghan, chutant du train d’atterrissage d’un avion d’évacuation quittant Kaboul.  “Le garçon et l’homme sont peut être séparés par le temps, le lieu et les circonstances, observe la romancière, mais ils sont liés par une chaine d'événements qui a commencé il y a 20 ans, dans le ciel clair d’un mardi matin. 

Alors comment construire une mémoire de cet évènement  qui puisse inclure une critique de ses conséquences ? Voilà le délicat problème auquel ne s’attache pas assez les musées mémoriels pour Laila Lalami qui déplore, je cite, que le souvenir du 11 septembre soit figé dans le temps, détaché de presque tout ce qui s'est passé avant ou après. 

L'histoire que l'Amérique a racontée sur elle-même après le 11 septembre était celle de l'héroïsme et de la résilience ; l'invasion et l'interruption du destin politique d’autres pays n'y avaient pas leur place.  Réconcilier cette contradiction est le travail que nous devons faire pour nous permettre à nous-mêmes, et aux autres, de guérir. conclut l’écrivaine Laila Lalami dans le New York Times. 

Et dans le monde, qui publie par ailleurs un cahier spécial dans son édition du week-end, l’auteur américain Garret M Graff revient sur la valeur des témoignages dans le récit des événements du 11 septembre 2001..  

“Il a fallu beaucoup de temps pour comprendre toute la portée et l’ampleur de cette tragédie, estime l’auteur de 11 septembre, une histoire orale paru cette semaine aux éditions des Arènes. “La vérité est que tout le pays a ressenti la peur et le chaos. Des gratte-ciel ont été évacués à Chicago, Los Angeles, Boston et dans d’innombrables autres villes – même Disney World a fermé ses portes, pour la première fois de son histoire.”

Et si le déroulement de l’évènement a été plusieurs fois retracé minutieusement et minuté, l’écrivain n’est pas certain que l’on s’en souvienne pour autant. “Nous ne nous souvenons pas - si tant est que nous ne l’ayons jamais su – de ce que c’était que de descendre les escaliers du World Trade Center ; de se tenir à l’extérieur et de réaliser que des gens en sautaient ; de sentir le grondement de l’effondrement des tours ; de chercher des personnes disparues. Nous ne nous souvenons pas du profond silence qui s’était installé sur l’Amérique cet après-midi-là, ajoute Garret M. Graff qui a également compilé dans son livre tous les témoignages des héros anonymes. Ceux qui ont aidé à évacuer Manhattan avec leur bateau de plaisance, les pompiers remontant en sens inverse les escaliers des tours ou ceux qui ont porté des inconnus sur leur dos au milieu des fumées. 

Et c’est ce mécanisme de résilience autour de figures héroïques qui distingue le 11 septembre 2001 aux attentats du 13 novembre 2015 pour l’historien Denis Peschanski… 

Le directeur de recherche au CNRS qui co-dirige le programme de recherche baptisé “13 novembre” sur les mémoires traumatiques répond aux questions du Figaro :Avec le 11 septembre, la mémoire se construit autour des victimes, mais indissociablement autour de héros pour rebâtir la société américaine. La mémoire du 13 novembre se concentre sur la figure de la victime et de la défense collective de valeurs partagées, la Révolution, et la laïcité” explique le chercheur qui situe la naissance de cette configuration mémorielle aux années 1980  lorsque la mémoire des héros résistants se délite avec celle, je cite, de “la France veule, de la France collabo”. Denis Peschanski note néanmoins que la figure du héros réemerge quand on écoute l'hommage d’Emmanuel Macron à Arnaud Beltrame : il dit que ce combat s'inscrit dans la continuité de celui de la Résistance et refuse qu'on se souvienne du nom de l'assassin.

Des assassins ou leurs complices qui sont depuis le début de la semaine devant le tribunal de Paris dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre qui s’est ouvert cette semaine. Dans The Conversation, le directeur de l'unité Neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine  de l’INSERM Francis Eustache revient sur ce que ce procès peut apporter aux victimes. “Au delà de l_’établissement des culpabilités et de l’attribution des peines, en faisant appel à la narration, il va participer, en approchant la vérité des faits, à la réécriture des événements dans leur mémoire.  D_es mécanismes que le neuropsychologue observe en recréant des conditions traumatiques et en observant les différents moyens que les sujets de ses études mettent en place pour y répondre. 

J’espère que ce nouveau récit partagé contribuera, lentement, à procurer non seulement un peu de réconfort, ajoute le chercheur, mais aussi à prendre de la distance par rapport à l’émotion exacerbée et au chagrin. Francis Eustache conclut : Sans pour autant oublier” .

Par Mattéo Caranta

Chroniques
8H34
26 min
L'invité(e) des Matins du samedi
Emission spéciale 11 septembre avec Grégory Phillips et Gregory Smithsimon
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