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Emmanuel Macron dans un "bain de foule" à Valence le 8 juin 2021 lors de son passage dans la Drôme, quelques heures avant "la gifle".

Y-a-t-il plus de violence en politique ?

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La gifle reçue par Emmanuel Macron est-elle un symptôme de l'augmentation de la violence en politique ?

Emmanuel Macron dans un "bain de foule" à Valence le 8 juin 2021 lors de son passage dans la Drôme, quelques heures avant "la gifle".
Emmanuel Macron dans un "bain de foule" à Valence le 8 juin 2021 lors de son passage dans la Drôme, quelques heures avant "la gifle". Crédits : PHILIPPE DESMAZES / POOL / AFP - AFP

De quoi cette gifle est-elle le nom ? Quelle importance lui donner ? Sommes nous témoins de l’accroissement de la violence en politique ? Voilà les questions qui traversent les tribunes conséquentes à l’agression du chef de l’Etat dans le Drôme ce mardi. 

Dans le figaro, Maxime Tandonnet y voit, je cite, « Une désintégration de la société Française », « un chaos moral ». « Un tournant qui renvoie à la période profondément troublée de la présidence Émile Loubet (victime d’un coup de canne en 1899)  quand les Français se haïssaient entre dreyfusards et antidreyfusards. La France, poursuit l’essayiste, est de nouveau profondément déchirée entre deux sociétés qui ne se supportent plus, celle d'une bourgeoisie à l'aise dans la mondialisation et la « France périphérique ».

Dans le même journal, Benjamin Sire prolonge la réflexion et y voit un symptôme de la société de  « l’individu roi où chacun se croit en droit de défier l’autorité de l’Etat et de ses représentants ». Le membre du conseil d’administration du Printemps Républicain y voit une forme de « syndrome jeu vidéo où des personnes ne font plus la différence entre la fausse impunité offerte par leur connexion internet et la vie réelle »

Mais pour le politologue Xavier Crettiez dans le journal Le Monde cette « agression subie par Emmanuel Macron ne nous dit pas grand chose sur la violence en politique... 

Selon le chercheur, « Non seulement la violence n’est pas nouvelle, mais elle fut même bien pire dans les années d’entre-deux-guerres et ses affrontements d’anciens combattant communiste royaliste et fasciste, ou dans les années 70 et son sillage d’affrontements idéologiques ». Et Xavier Crettiez de rappeler les tentatives d’attentats dont furent victimes De Gaulle, Blum, ou plus récemment Chirac. Nous sommes loin d’une société politique gangrenée par la violence. Si cette gifle ne dit pas grand chose de la violence en politique, elle répond néanmoins d’une triple logique pour le chercheur :  la première est la désacralisation du corps politique orchestrée au plus haut sommet de l’Etat (...) Désormais, c’est le corps physique du président qui apparaît pleinement, par opposition au corps intouchable et sacré de De Gaulle ou Mitterrand. 

La deuxième logique aujourd’hui à l’œuvre est la désintermédiation du politique. Le politique ne représente plus un parti mais lui même, il est donc à la fois la source de ses décisions mais aussi l’objet des critiques, enfin le chercheur pointe « le narcissisme politique qu’encouragent les réseaux sociaux poussant élus et puissants à rechercher des « like » et des « amis », signes d’une visibilité publique jugée indispensable ».  Voici désormais la recette de la violence en politique conclue Xavier Crettiez dans Le Monde. 

Une recette amplifiée par la culture du clash selon le professeur associé à la Sorbonne Arnaud Benedetti dans l’hebdomadaire Marianne... 

Selon le redacteur en chef de la revue politique et parlementaire, « les amortisseurs que l’intermédiation de l’espace public prénumérique opérait sont de toutes parts grevés par les entreprises d’exacerbation et de radicalisation. Il poursuit : Les marges mènent la danse en quelque sorte, fournissent fournissent la matière première à la société de l’infotainment et contribuent à libérer potentiellement des passages à l’acte.

Pour le politologue, L’agression à laquelle Emmanuel Macron a été exposé est au point de jonction de nombreux facteurs ; elle condense tout à la fois la crise de l’esprit public, du politique et du lien social : de l’esprit public par l’extension du domaine de la transgression, du politique dans la double désacralisation de la fonction présidentielle, et du lien social par l’exaspération des identités. Le corps du monarque malmené, conclut Arnaud Benedetti, est un acte de déliquescence qui dit entre autres que la « société liquide » fabrique avant tout le solide amer de la violence. 

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