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Une allée du cimetière du Père-Lachaise, à Paris

Comment rendre hommage aux morts de la Covid-19 ?

3 min
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Cette semaine nous revenons sur le seuil de 100 000 morts du Covid-19 franchi cette semaine en France, avec cette question sous-jacente, comment leur rendre hommage... Avec Octave Larmagnac-Matheron, Matthieu Orphelin, Marie Frédérique Bacqué, Tanguy Châtel...

Une allée du cimetière du Père-Lachaise, à Paris
Une allée du cimetière du Père-Lachaise, à Paris Crédits : Daniel Candal - Getty

La barre symbolique des 100 000 morts 

100 000, c’est effectivement la barre symbolique qui a été franchie cette semaine et dans Philosophie Magazine, Octave Larmagnac-Matheron se pose la question : “pourquoi ce chiffre nous paraîtrait-il plus terrible que 99 999 morts ? Le mort qui vient de nous faire passer le seuil fatidique est plus qu’un “simple” mort qui s’ajoute aux autres : son décès nous fait passer dans une autre réalité”, et le journaliste se tourne vers la Logique de Friedrich Hegel,où le philosophe allemand s’interroge sur les rapports entre “qualité” et “quantité” : “il semble au début écrit Friedich Hegel, que ce changement de la quantité n’exerce aucune action sur la nature essentielle de l’objet”. Traduction de philo-magazine, si je vous enlève un cheveu, vous n’Êtes pas chauve pour autant. Seulement, poursuit le philosophe, cela est vrai “jusqu’à un certain point”. “Cette limite franchie, la qualité change”, et pas seulement de manière graduelle mais aussi par des sauts, des basculement d’une réalité à l’autre, si je vous enlève tous vos cheveux vous finirez bien par être chauve.. Et cette logique n’est pas seulement matérielle pour le philosophe, mais peut Être morale ou politique, je cite : “L’un-peu-moins et l’un-peu-plus constituent la frontière au-delà de laquelle la légèreté cesse d’être légèreté pour se transformer en quelque chose d’absolument autre : en crime.  Octave Larmagnac-Matheron conclut “l’accumulation des morts de covid devient, à un moment donné, tellement lourde à porter qu’elle nous fait entrer dans une nouvelle réalité”. 

Comment appréhender cette nouvelle réalité ? 

L’hebdomadaire l’Express se pose la question : « Faut-il créer une journée d’hommage national pour les victimes du covid » ? Oui répond le député écologiste Matthieu Orphelin qui porte une proposition de loi à l’Assemblée Nationale sur ce thème et qui explique : « il semble plus que jamais nécessaire de rendre hommage à toutes ces personnes qui sont parties dans l’anonymat sans que leurs proches n’aient pu leur tenir la main ou leur dire au revoir convenablement (...), lorsque l’on interroge les associations de victimes poursuit le député, le terme de « deuil empêché » revient très règulierement. Commémorer pour Matthieu Orphelin, c’est aussi un moyen de « prendre une pause, celle du temps de la réflexion » sur notre système de santé notamment. De son côté, le sociologue Tanguy Châtel, cofondateur du Cercle vulnérabilités et société répond non. « Prendre le parti de rendre hommage spécifiquement aux victimes du Covid risque d’instaurer implicitement une forme de hiérarchie dans la mort y compris dans la souffrance répond-il à l’hebdomadaire. Et il ajoute, « Le temps de la consolation et de l’hommage est-il réellement venu. Si je crois utile et souhaitable que la nation exprime formellement son émotion et son soutien, il me paraît hautement préférable de les manifester plus à l’égard des familles endeuillées qu’à l’égard des défunts du Covid ». 

Le deuil en question 

Et la question des défunts et du deuil est au cœur de l’interview donnée par Marie Frédérique Bacqué au journal Le Monde_...  La psychanalyste et directrice du Centre international des études sur la mort répond au journaliste Stéphane Mandard. Selon elle, « Si la France comme entité collective souhaite récupérer de cette crise sanitaire, il semble nécessaire qu’une célébration des morts et des vivants ait lieu, (...)Si nous ne parlons pas de nos morts, leur deuil sera difficile, voire impossible ». La professeure de psychopathologie clinique à l’université de Strasbourg se penche également sur les « familles qui n’ont pas pu formuler leurs adieux », « qui n’ont pas pu organiser une cérémonie qui leur procure les bienfaits des rites funéraires_ ». « On constate le manque d’une caractéristique anthropologique de l’espèce humaine, explique Marie Frédérique Bacqué, nous avons besoin de nous réunir autour de nos morts ». La psychanalyste conclut : « la mort est affective et culturelle. [Elle] passe par l’échange symbolique avec le groupe familial, par la culture dans son annonce collective et sa reconnaissance publique. La fin de la vie ne peut pas être édulcorée et les émotions liées à la perte étouffées ».

Par Mattéo Caranta

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