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Une terrasse à Marseille, mercredi 19 mai 2021.

Réouverture : des terrasses, de la culture, et des masques...

4 min
À retrouver dans l'émission

En cette semaine de réouverture des terrasses et des lieux de culture partout en France plusieurs articles s’interrogent sur ce qui restera, ou pas, des contraintes sanitaires dans nos habitudes…

Une terrasse à Marseille, mercredi 19 mai 2021.
Une terrasse à Marseille, mercredi 19 mai 2021. Crédits : Nicolas TUCAT - AFP

L'ère du "Re"

Comme le souligne Thierry Spencer dans Les Échos, “la France va entrer dans l’ère du “re”. Re comme Retrouvailles, Recommencer à vivre, raccommoder des relations interrompues, refaire des gestes dont nous avions perdu l’habitude, mais aussi réapprendre à vivre ensemble, ou réinvention des relations sociales. 

À cette liste de RE nous pouvons évidemment ajouter la Réouverture des terrasses de café, des restaurants, des magasins, des salles de cinéma et des musées... Et dans Le Figaro, Jérémie Peltier, directeur des études de la Fondation Jean-Jaurès, nous invite lui à Re-nouer avec les plaisirs de la culture... 

D'abord, écrit-il, le retour dans salles de cinéma, musées ou théâtres peut venir combler le sentiment de «ramollissement existentiel» des individus contemporains observé par le sociologue Jean-Claude Kaufmann, une apathie généralisée face au confinement, une certaine tendance à se laisser tomber, « fatigués d'être eux-mêmes et fatigués d'exister » ajoute Jérémie Peltier : « Face à cette fatigue existentielle, la culture a ce pouvoir de nous remettre debout, notamment car elle nous donne accès à des choses plus grandes que notre petit être, nous donne à penser, à voir et à ressentir des choses, La culture est aussi l'un des poumons d'une ville, ce qui lui permet de respirer et de tenir debout. »

Une culture idéalement loin des bruits de l’actualité pour ce chercheur du Think tank la fondation Jean Jaurès qui paraphrase Alain Corbin évoquant les cathédrales, « les espaces de culture sont de formidables « réserves de silence ». 

La culture, vraiment essentielle ? 

Peut être ! mais  dans la revue Esprit, Emmanuel Laurentin, l’ami producteur du Temps du Débat sur France Culture s’interroge : La culture changera-t-elle encore la vie ?

Emmanuel Laurentin se souvient, quarante années après l’accession de la gauche au pouvoir en 1981, comment la culture était devenue essentielle à la vie de toute une génération, les FNAC, l’apparition d’une nouvelle chaine, Arte, le prix unique du livre, l’explosion des festivals et l’ouverture de Centres nationaux et de réjouissances pour tous les arts. Mais voilà, constate-il, que « soixante ans après l’invention du ministère de la Culture, vint la pandémie. On dut rapidement fermer les lieux de culture, comme tous les autres lieux publics. (...) Et le Président a appelé le monde de la culture à se réinventer.  Mais comment [faire] si nous, avides de culture, finissons par nous faire à cette situation  ? Était-elle si centrale cette culture vivante, cette culture de la rencontre, quand elle pouvait disparaître devant la crise sanitaire ?

Emmanuel Laurentin poursuit :  Ces dernières décennies, personne n'avait encore expérimenté une telle suspension de la fréquentation collective des lieux d'art et de spectacle. Nous pourrions dès à présent nous interroger sur ce bouleversement intime qui a si rapidement chamboulé nos certitudes (...).  À qui ce manque a-t-il été insupportable ? Qu'est-ce qui nous a manqué et comment ? Voilà quelques questions que nous devrions nous poser 

Avant de continuer à en convaincre ceux qui ne le sont pas conclut Emmanuel Laurentin dans la revue Esprit. 

Sociologie du masque

Et dans la revue AOC, le sociologue Frank Cochoy s’intéresse lui à un objet devenu, lui, très vite essentiel à notre quotidien... 

D’abord perçu comme un obstacle et une menace pour le lien social voici qu’il est devenu la condition de nos interactions et des déconfinements. Il s’agit bien sûr du masque. Pour Frank Cochoy, qui propose je cite, « une brève sociologie du masque », cet objet comporte plusieurs ambivalences. D’abord, Il « laisse passer l’air et le son et retient le virus, mais en même temps, il se voit ostensiblement, il change notre apparence, il s’intercale » remarque le sociologue.  Ensuite, explique-t-il en reprenant les mots du sociologue allemand Georg Simmel, « le masque est à la fois porte et pont ». Porte, « puisque qu’il est la dernière limite qui me sépare de l’espace public », de l’inconnu, «Pont »,  puisqu’il est en même temps la condition pour aller vers les autres ». Troisièmement, le masque serait je cite une ruse égoïste de l’altruisme. « Alors qu’il protège ceux qui en sont démunis avance Frank Cochoy, nous avons tendance à penser que c’est nous que nous protégeons en le portant. Résultat, tout le monde ou presque porte un masque. 

Enfin, le masque serait un « aiguillage vers le monde d’après ». Il contient en effet pour le chercheur les tensions futures du XXIe siècle. « L’opposition entre masque jetable marchand et masque fait maison pose assez bien l’alternative entre solutions durables et poursuite du gaspillage, entre surconsommation et économie circulaire, entre préservation des ressources et société du jetable, entre société solidaire et économie marchande.

Frank Cochoy conclut : Le masque ne fait qu’illustrer de façon pédagogique et spectaculaire d’autres choix que la pandémie a rendu sensibles. 

Et en attendant, en terrasse, on peut toujours enlever son masque...

par Mattéo Caranta

Chroniques

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