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Le vaccin contre le Covid-19 peut-il devenir un "bien public mondial ?" (photo d'illustration)

La notion de "bien public mondial" peut-elle avoir raison de impératifs économiques ?

3 min
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A l'heure où la vaccination est présentée comme le remède essentiel contre la pandémie de Covid-19, peut-elle être érigée en "bien public mondial" et dépasser les égoïsmes nationaux ? Analyse avec Claire Legros, Maïka Sondarjee, Sébastien Treyer.

Le vaccin contre le Covid-19 peut-il devenir un "bien public mondial ?" (photo d'illustration)
Le vaccin contre le Covid-19 peut-il devenir un "bien public mondial ?" (photo d'illustration) Crédits : Joël PHILIPPON - Maxppp

La notion de bien public mondial est née en parallèle de la société mondialisée. On l'a vu émerger, croître et embellir dans les années 1980, conceptualisée d'abord par des économistes rappelle Claire Legros dans les pages Opinions du journal Le Monde. La journaliste cite les économistes américains : Isabelle Grunberg, Inge Kaul et Marc Stern qui ont théorise ce concept dans un ouvrage de référence : Les Biens public mondiaux. La coopération internationale au XXIème siècle, paru en 1999.

Dans ce livre, explique Claire Legros, les trois Américains définissent les biens publics mondiaux comme des "biens qui profitent à tous les pays, tous les groupes de populations et toutes les générations".  A ce titre, on pourrait y faire entrer beaucoup de choses et c'est la raison pour laquelle les Nations-Unies avait proposé une classification.

Pour faire simple, il y a d'abord les "biens" produits par les humains : les connaissances scientifiques, internet par exemple. Il y a ensuite les "biens" que l'on pourrait qualifiés de "naturels" : la biodiversité, le climat, l'espace. Enfin, les "biens" qui découlent des politiques et qui relèvent des droits humains et du respect de la dignité humaine : la paix, l'éducation et, bien sûr, la santé.

Le danger d'un "apartheid vaccinal"

A l'heure où cette pandémie est le « mal public mondial » qui a stoppé nette la vie de millions d'habitants à travers le monde qui a mis un coup d'arrêt brutal à l'économie, on se souvient du président Français, Emmanuel Macron, assurant que le vaccin n'appartiendrait à personne, mais à tous.

Et bien à l'heure où les vaccins sont disponibles, ils ne sont pas un bien public mondial mais un bien marchand que chaque pays veut jalousement s'approprier pour sa propre population.  C'est ce que déplore Maïka Sondarjee, professeure à l’École de développement international et mondialisation, chercheuse associée à l’Université de Montréal. Elle signe une longue tribune dans le quotidien Québécois Le Devoir où elle plaide pour éviter un "apartheid vaccinal" reprenant le terme de l'économiste indienne Jayati Ghosh.

Car malgré la mise en place d'un système de solidarité internationale – Covax – qui permet le don de doses aux pays les plus modestes, la coopération reste encore très timide. "130 pays n'ont reçu aucune dose" rappelle la chercheuse pendant que d'autres – les plus riches - se félicitent des millions d'injections déjà réalisées et des stocks accumulés.

Des considérations d'argent, de propriétés intellectuelles, de brevets sont mise en avant. Les laboratoires ont pourtant largement bénéficié de subventions publiques pour mettre au point ces vaccins.  Mais pas question pour l'heure de les rendre plus facilement disponibles. Les freins sont incompréhensibles estime la chercheuse canadienne qui plaide pour la création d'un système semblable à celui qui avait été adopté pour produire des traitements contre le Sida. Car on voit mal en effet comment sortir d'une crise globale par des postures individualistes et protectionnistes.

De la pandémie à la lutte contre le réchauffement climatique

Cette question de la solidarité internationale se pose presque dans les mêmes termes quand il s'agit de lutte contre le réchauffement climatique. Au lendemain d'un sommet mondial initié par les Etats-Unis, la question de la collaboration internationale est essentielle. C'est d'ailleurs l'idée même de ce genre de sommet : réunir et allier les Etats sur un projet commun. En l'occurrence, contrecarrer les dérèglements climatiques.

Et pour que cela fonctionne, il faut donc de la coopération analyse Sébastien Treyer, directeur de l’Iddri, l’institut du développement durable et des relations internationales qui répond aux questions du quotidien La Croix dans ses pages Débat. Car des engagements ont été pris notamment en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre mais pour qu'il soit tenus, encore faut-il éviter les distorsions de concurrence et donc donner un prix au carbone analyse Sébastien Treyer. Parallèlement, il ne faut pas oublier de rendre attractifs les investissements  « verts » sans s'arrêter encore une fois aux frontières nationales. La coopération commerciale et financière internationale est donc un prérequis indispensable. Car même si la conquête spatiale continue de nous faire rêver, il n'y a à ce jour pas de planète B, mais une seule terre, bien public mondial s'il en est.

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