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Université La Sorbonne, Paris.

Quels liens entre sciences sociales et politiques ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Avec Bruno Karsenti, Juliette Rennes, Camille Riquier...

Université La Sorbonne, Paris.
Université La Sorbonne, Paris. Crédits : Gamma-Rapho - Getty

Cette semaine vous revenez sur les liens entre sciences sociales et idéologies, entre morale et politique...

Dans la revue en ligne AOC, le philosophe Bruno Karsenti détourne le débat sur l’islamo-gauchisme en réfléchissant à la question sous-jacentes que ce débat pose : l’articulation entre sciences sociales et idéologies.

Il est important, écrit-il, que ces liens ne soient jamais rompus :  il y a des sciences sociales parce qu’il y a des idéologies. [Et celles-ci] n’auraient à vrai dire aucun sens si elle ne se rapportaient pas à elles.

L’autre point essentiel ajoute Bruno Karsenti, c’est qu’il y a des sciences sociales parce qu’il y a des problèmes sociaux, et que ces problèmes sociaux sont tels, dans les sociétés complexes que nous formons, qu’ils se ramènent nécessairement à des conflits sociaux traversés par des positionnements idéologiques.  Pour Bruno Karsenti, la question de fond est celle de la manière dont les sciences sociales rapportent et se rapportent aux idéologies. Le philosophe pose trois opérations nécessaires selon lui à la pratique « scientifique » des sciences sociales : ressaisir les positions idéologiques en relation les unes aux autres, déterminer le ou les problèmes sociaux exacts autour desquels tournent [ces idéologies], et restituer en chacune son rapport à la société prise comme un tout.

C’est dans cette mesure, conclut-il, que les études postcoloniales, les études de genre ou de race font partie intégrante des sciences sociales. Ce ne sont pas elles qui inventent des conflits ou produisent des fractures : elles en font état, les réfléchissent et les reconduisent à leurs causes et raisons sociales.

Et le journal Le Monde s’intéresse à une autre catégorie d’étude sociale... 

Oui, la journaliste Valentine Faure s’entretient avec la sociologue Juliette Rennes sur un concept écrit elle, “qui n’a pas connu la même diffusion que les concepts de racisme et de sexisme, et qui permet pourtant une réflexion sur notre rapport au vieillissement » : L’âgisme. Il désigne, nous explique Juliette Rennes, le fait de « juger un individu trop jeune ou trop vieux pour accéder à un bien social et s’applique principalement aux stéréotypes et aux discriminations envers les vieilles personnes ». 

Et la maitre de conférence à l’Ehess souligne « l’ambivalence révélée du rapport à la vieillesse depuis le début de la pandémie de covid-19.  D’un côté, explique-t-elle, la restriction de circulation et de rassemblement a été justifiée par l’impératif de protection et la solidarité intergénérationnelle, de l’autre, « l’épidémie a mis en mis en lumière le manque criant de moyens des Ehpad et la gestion à moindre coût de la grande vieillesse ». 

 Et la sociologue observe un autre fait, sémantique celui ci : « On entend à la radio que « nous » (sous-entendu les non-vieux) pourrons visiter « nos anciens » dans les Ehpad ; on débat sur la manière dont « nous » devons interagir avec « nos aînés », plutôt que de nous demander ce que nous voulons quand nous deviendrons vieux ou ce que veulent celles et ceux qui, parmi nous, sont plus vieux. »  « La vie, souligne Juliette Rennes, ne peut pas être réduite au maintien en vie ».

A la crise sanitaire s’ajoute donc une crise morale et politique, une question sur laquelle se penche le philosophe Camille Riquier dans la revue Esprit : Comment choisir ses morts.

Et le professeur à l’Institut Catholique de Paris part du dilemme théorique posé par la philosophe Philippa Foot dans les années 60 dans lequel le conducteur d’un tramway sans freins peut décider de qui doit mourir en fonction de la voie qu’il choisira. La question, d’un d’un point de vue morale, est irrésoluble. 

Et aujourd’hui, nous dit Camille Riquier, on s’aperçoit combien la tragédie qui nous frappe lui ressemble.  La pandémie de Covid-19 et l’engorgement des hôpitaux incarnent ce dilemme dans des corps agonisants (...) et choisir entre eux était impossible. Il était inadmissible que la société française décide de sacrifier, délibérément, un certain pourcentage de sa population pour préserver son confort.  Le confinement était inévitable.

Seulement, poursuit le philosophe, s’il était impossible de détourner les yeux des hôpitaux en mars dernier, nous le faisons au quotidien et continuons de le faire aujourd’hui en détournant les yeux des misères et des morts collatérales à la pandémie. Au fond nous dit Camille Riquier : « _aussi longtemps que la misère existe, choisir ses morts est une nécessité inhérente à toute société humaine ».  « _ll est dès lors légitime de se demander si là n’est pas le propre du politique, poursuit le philosophe,: prendre le relais de la morale dans les moments critiques et trancher là où elle ne peut pas trancher. Autrement dit encore : choisir qui doit vivre en priorité et, conséquemment, qui il faut laisser mourir ». 

Et de la question morale Camille Riquier passe à la question politique : « on veut juger le gouvernement comme si les morts de la Covid-19 devaient seules lui être imputables, Comme si les autres morts ne comptaient pas, Comme s’il n’y avait pas de sacrifice réel auquel consenti. C’est ce sophisme auquel nous ne pouvons consentir. (...) Car pendant ce temps, les pauvres pleuvent par millions en France et dans le monde

Du grain à moudre à venir pour les sciences sociales... 

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